Défendre la République sociale

Jamais un gouvernement n'aura autant mis à bas notre modèle social. Ils sapent les fondements de notre démocratie notamment sociale oubliant que depuis les débuts de la République, il y a toujours eu des compromis entre le mouvement ouvrier et les gouvernements en place quelle que soit leur couleur politique (Travailleur alpin de janvier 2020)

Défendre la République sociale

Notre modèle républicain est issu d’un compromis entre les forces politiques de la IIIème République et le mouvement ouvrier. Les conquêtes sociales ont toujours été le résultat de luttes opiniâtres, et souvent violentes, y compris avec les forces de gauche comme en atteste les victoires du Front populaire[1]. Le programme du Conseil national de la Résistance en en a été une étape particulièrement importante.

Or, depuis 30 ans, sous la poussée d’un ultralibéralisme de plus en plus déchainé, nous assistons à la déconstruction des conquis sociaux et de l’Etat providence dans la plupart des pays d’Europe occidentale. La chute du mur de Berlin et l’effondrement du Bloc soviétique ont conduit à des divisions profondes de la Gauche rendant impossible l’espoir d’un modèle alternatif et ont permis de donner libre cours à un capitalisme financier de plus en plus débridé. Comment peut-on accepter qu’en 2018, 26 personnes dans le monde (contre 43 en 2017) disposent d'autant d'argent que la moitié de la population de la planète et que la fortune des milliardaires ait augmenté de 900 milliards de dollars, soit 2,5 milliards par jour. Dans le même temps, les revenus de la moitié la plus pauvre de la population ont chuté de 11%[2].

Mais en 30 mois de mandat, ce gouvernement a fait pire que tous ces prédécesseurs réunis : code du travail, allocations chômage, services publics, asile…. On ne compte plus les coups de boutoirs portés à la solidarité dont les plus vulnérables sont les premières victimes. On n’a jamais compté autant de femmes et d’enfants à la rue depuis des dizaines d’années. Les Gilets jaunes ont exprimé cette colère que rien n’a pu arrêter pas même la brutalité de la répression policière.

Alors la réforme des retraites est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. C’est la énième illustration du décalage entre de beaux discours humanistes et la réalité de froides régressions sociales. Non ce n’est pas une réforme de justice sociale. Non 1 000 euros de retraite assurée pour toute carrière complète, ce n’est pas une mesure de solidarité dès lors que c’est en deçà du seuil de pauvreté. Non cette réforme n’est pas favorable aux femmes dès lors que son montant serait désormais calculé sur toute la carrière professionnelle ce qui désavantagera ceux et surtout celles qui ont des carrières hachées. Et oui sous couvert d’âge d’équilibre, c’est un nouveau recul de l’âge de départ qui est proposé.

Le gouvernement a une belle réussite à inscrire à son actif : celle d’avoir réuni un front syndical d’une ampleur méconnue depuis fort longtemps ; seul le MEDEF soutient le projet.

Depuis le 5 décembre, une forte mobilisation s’est emparée de la France comme nous n’en avions pas vu depuis fort longtemps. C’est une formidable source d’espoir au seuil de cette nouvelle année.

 

[1] Aucune des conquêtes de 1936 ne figurait dans le programme du Front populaire

[2] Sources : Rapport OXFAM 2019

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