Au rassemblement du Trocadero: soutien à Danièle Obono

Samedi 5 septembre, j'ai représenté la LDH pour apporter notre soutien à Danièle Obono et annoncer que la LDH se constituerait à ses côtés dans la plainte qu'elle a déposé contre Valeurs actuelles. Cette publication est ignoble, révisionniste, négationniste et d'un racisme ignoble. Mes mots me semblent dérisoires par rapport à ce qu'il faut dénoncer : un racisme de plus en plus décomplexé.

Dans Valeurs actuelles, nous sommes habitué.e.s à voir des Unes islamophobes, anti migrants, anti Roms, misogynes et antiféministes, et même anti écolo… Anti tout ce qu’ils rejettent.

On a pu y lire des titres comme : « Roms l’overdose » ; «  Les islamo- collabos » ; « Le poison gauchiste » (et ils ont une vision assez large de ce terme) ; «  L’invasion qu’on nous cache » ; « La nouvelle terreur féministe » ; Ou encore «  La terreur vegan » (beaucoup de gens les terrorisent semble-t-il !) ; «  La tyrannie des biens pensant » (et donc notamment nous qui soutenons Danièle Obono,  nous sommes tou.te.s des « bien-pensants » puisque nous ne sommes pas d’accord avec eux)

Ils s’attaquent aussi aux personnes au-delà de leurs idées : Edwy Plenel, Najet Ben Kassem, Lilian Thuram, Assa Traoré et d’autres connus ou moins connu.e.s  en ont fait les frais notamment les exilé.e.s et les migrants ou les femmes voilées le plus souvent représentées en tchador ou en hijab ce que nous ne voyons quasiment jamais en France.

Ils s’attaquent à tout ce qui n’est pas eux, tout ce qui n’est pas blanc, tout ce qui ne relèverait pas d’un soi-disant héritage chrétien, tout ce qui ne correspond pas à leurs valeurs rétrogrades venant d’autres siècles.

Ils ont été condamnés à de multiples reprises pour incitation à la haine ou aux discriminations

Et le président de la République a osé les légitimer en disant que c’était un bon journal et en leur donnant une interview sur… les migrations (excusez du peu).

Ce journal dérive depuis des années vers l’extrême droite et sert de pont avec une droite de plus en plus décomplexée.

Leurs Unes en témoignent en faisant les louanges de Marine Le Pen, de sa nièce ou de soi-disant intellectuels qui répandent leur haine sur les médias mainstream comme celui qui intervient sur CNews et qu’ils ont même proclamé homme de l’année.

Mais là, avec sa soi-disant fiction dont Danièle Obono est l’héroïne, on atteint les sommets de l’ignoble. On est au niveau de Je suis partout et de Gringoire.

Depuis son élection, Danièle Obono fait l’objet d’attaques racistes et sexistes comme avant elle Christiane Taubira également citée plusieurs fois dans LE feuilleton. Leur point commun ; elles sont toutes deux femmes et « noires.

Les femmes sont plus souvent la cible de ces discours de haine, de ces harcèlements, de ces discriminations racistes car la haine raciale se double alors d’une misogynie viscérale vis-à-vis de celles qui ne savent pas rester à leur place. Alors quand elles sont noires, il est impensable qu’elles soient députées ou ministres.

Je me souviens de cette émission où Danièle Obono a été sommée de dire « J’aime la France ».  A quel homme politique aurait-on oser faire la même demande ?

Danièle sait réagir avec la forme et les mots qui la caractérisent : ceux d’une femme de conviction et nous ne pouvons que saluer son courage.

Leurs soi-disant excuses et regrets de l’avoir blessé n’en sont pas car ils servent en réalité à justifier leur texte, à expliquer en quoi elui-ci n’est pas raciste comme si « Danièle Obono au temps de l’esclavage, c’était comme Zemour et Waterloo, Fillon et la Révolution, Dupond-Moretti et Philippe Le Bel.

De fait, ce texte est raciste et pire, il banalise l’esclavage et la responsabilité des Occidentaux en la matière puisqu’ils ne sont même pas cités sauf un vaillant religieux français qui finalement vient délivrer l’esclave. *C’est un texte négationniste et revanchard.

Cela s’intègre dans une campagne pour réécrire l’Histoire et dédouaner les Blancs de leur rôle dans l’esclavage. C’est le retour du bon Blanc apportant sa civilisation aux sauvages. Il n’est question que d’esclavage oriental.

Danièle est censée « expérimenter la responsabilité des Africains dans les horreurs de l’esclavage » afin de mieux comprendre le bonheur de vivre en France aujourd’hui.

C’est un combat pour inverser les rôles comme avec le racisme antiblancs.

Ce feuilleton, ou plutôt ce torchon, a été publié dans un numéro dont la Une portait sur « l’ensauvagement » avec le sous-titre « 60 jours dans la trace des nouveaux barbares ».

Ceux qui utilisent ce vocabulaire ignoble sont les héritiers de ceux qui, dans les années 30, dénonçaient le particularisme des Juifs comme ils dénoncent aujourd’hui le communautarisme, l’indigénisme ou le séparatisme.

Les mots ont un sens.

Le racisme peut prendre différentes formes mais c’est un combat universel.

La 2ème Guerre mondiale nous a appris que ce combat comprenait le respect de chaque être humain et de sa dignité. Cela été écrit dans la DUDH (Déclaration universelle des droits de l’Homme) de 1948.

Le racisme anti blancs n’existe pas car le racisme s’inscrit dans une longue Histoire qui est d’abord celle d’un rapport de domination.

Valeurs actuelles fait partie de ces médias qui gangrène l’opinion publique. Au nom de la liberté d’expression, ces porteurs de haine sont invités dans les médias mainstream pour déballer leurs théories racistes, pour faire de l’audimat.

Disons-leur : Ça suffit !

La liberté des uns commence là où s’arrête celle des autres.

A la LDH, nous n’aimons pas la censure des fictions pas plus que les interdictions de journaux car s’il peut paraitre adéquat et facile d’interdire un tel torchon, cela peut se retourner au nom de ce fichu discours selon lequel les extrêmes se rejoignent.

Mais nous sommes pour qu’on les traine en justice aussi souvent que nécessaire (même si cela épuise nos avocats).

C’est pourquoi la LDH a décidé de se constituer aux côtés de Danièle Obono dans sa plainte contre Valeurs actuelles.

Je veux, pour finir, témoigner une fois encore à Danièlle Obono toute mon amitié et lui exprimer au nom de la LDH et de toutes ses militantes et militants notre solidarité pleine et entière.

Marie-Christine VERGIAT

Vice-présidente de la LDH

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