Nous sommes sortis du confinement « total » et alors !

J'ai écrit cet article fin mai plus ou moins 3 semaines après la sorite du confinement constatant notre incapcité à tirer de façon collective les leçons de la crise sanitaire Je la publie aujourd'hui même si elle n'est plus d'actualité (encore que) afin de donner une forme de cohérence avec celui que je viens d'écrire sur la COVID19

Nous sommes toujours en état d’urgence sanitaire et le gouvernement s’est donné les pleins pouvoirs pour prendre des mesures liberticides, sécuritaires et anti-sociales dont les conséquences à plus ou moins long terme risquent d’être particulièrement graves.

Je ne suis pas d’un naturel pessimiste (encore que je me sens de plus en plus en plus gramscienne[1]) mais quand je vois la multiplication des appels invitant tous au rassemblement pour construire le monde de demain, je suis de plus en plus sceptique.

C’est quand demain ? N’y-a-t-il pas urgence à se rassembler pour lutter contre cette machine infernale du néo libéralisme qui brûle tout sur son passage ?

Cette crise n’a-t-elle pas suffisamment mis en évidence les conséquences du démantèlement de l’Etat providence et de la casse des services publics ? Elle a exacerbé inégalités et discriminations qu’elles soient raciales, sexistes, sociales ou territoriales ; les unes et les autres se cumulant largement entre elles.

Je vais partir de l’exemple de la Seine saint Denis, le département le plus pauvre, le plus jeune et le plus « racisé » de France dont la population a été particulièrement exposé au risque sanitaire (la mortalité y a fortement augmenté).

Pourquoi, parce que ce département où s’additionnent les territoires oubliés de la République est aussi celui des « petites mains », des invisibles, celles et ceux qui ont fait tourner le pays : ce sont bien sûr les agents hospitaliers, les caissières, les éboueurs et tous les agents des services publics notamment des transports) ou encore les manutentionnaires en tous genre... Ils ont continué à travailler et n’ont d’ailleurs souvent pas eu le choix quoiqu’il leur en coûte, quels que soient les risques encourus. Et ils ont payé le prix fort malgré la solidarité et le dévouement de beaucoup d’autres.

C’est aussi le département des précaires, celles et ceux qui multiplient les petits boulots y compris au noir, celles et ceux qui ont été confinés dans des appartements étroits, quelques fois insalubres, quand ils avaient un toit et où les taux de vulnérabilité sanitaire sont très élevés (l’âge ne fait pas tout).

Mais c’est aussi le département qui a subi le plus fort taux de contraventions (10 % de celles délivrées au niveau national) alors que le Préfet du département a déclaré que le confinement y était plutôt bien respecté.

La Seine saint Denis n’est pas une exception mais plutôt le révélateur de ce qui se passe, de ce que subissent les quartiers populaires mais aussi des lieux où fourmillent les initiatives de solidarité.

Alors au début du confinement, on nous a promis la lune, il serait temps de voir que c’est maintenant qu’il faut agir si on ne veut pas que demain soit pire qu’hier. Sinon 2022 pourrait être une bataille bien dérisoire…

 

  • Lettre d’Antonio Gramsci à son frère Carlo écrite en prison, le 19 décembre 1929 : « Je suis pessimiste par l'intelligence, mais optimistepar la volonté » que je traduis par voir les choses comme elles sont sans jamais cesser d’agir pour les changer

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