Police : un impensé républicain

Cet article a été écrit début juillet au moment où un vent de marée mondiale attirait l'attention sur les violences policières après le meurtre de Georges Floyd aux USA En France, la mort d'Assa Traoré devenait le symbole des vilences policières J'ai été alors frappée de voir nombre de gens chercher à différencier ces violences policières dans les deux pays. D'où ce petit papier

La mort de Georges Flyod aux Etats-Unis a agi comme une sorte de détonateur mettant une nouvelle fois en avant les comportements racistes de la police. En France, les mobilisations ont pris une ampleur jusqu’alors inconnue mais des voix s’élèvent pour refuser le parallèle entre les Etats unis et la France. Pourquoi donc ? Certes la violence et le racisme sont encore plus structurels aux USA qu’en France mais notre pays ne devrait-il pas faire le ménage devant sa porte ? Les bateaux français n’ont-ils pas participé au commerce triangulaire et transporté des centaines de milliers d’esclaves vers le Nouveau monde ? Le code noir édicté en 1685 ne faisait-il pas des esclaves des biens meubles ? Napoléon 1er n’a-t-il pas rétabli l’esclavage avant tout dans l’intérêt des colonies françaises ? Et si la colonisation française a commencé au XVIème siècle, n’est-ce pas la IIIème République lui a donné son essor au nom de la « mission civilisatrice » de la France. Le Général de Gaulle n’a-t-il pas demandé de « blanchir » les troupes françaises lors de leur entrée dans Paris en août 1944 gommant ainsi le rôle des troupes « coloniales » dans la Libération de la France. Et peut-on oublier qu’il a fallu attendre le procès Papon en 1997 pour que le massacre de dizaines d’Algériens par la police parisienne le 17 octobre 1961 sorte de l’ombre. Et tout cela ne construirait pas chez un certain nombre de nos concitoyens, et notamment des membres de la police, un impensé raciste, pas si éloigné de ce qui se passe dans la tête de certains citoyens aux USA même si les violences racistes n’existent pas dans les mêmes proportions. On doit pouvoir parler de tous ces faits sans que le Président de la République prétende que cela dévoie le combat de l’antiracisme et le « transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé ». Qui nie les réalités ? Les violences policières sont aujourd’hui suffisamment documentées pour qu’elles ne puissent plus être niées et es jeunes des quartiers populaires en ont été les premières victimes. Ces violences sont aujourd’hui systématisées mettant en cause la paix sociale. Il faudrait le reconnaitre et sanctionner les coupables plutôt que de chercher à diviser la société entre partisans de l’ordre et défenseurs des droits et libertés. La police serait garante de l’ordre républicain, selon une formule du chef de l’Etat ? Formuler les choses ainsi c’est mettre en avant une République plus proche de celle de Thiers que celle de Jaurès, partisan de la République sociale. Il ne s’agit de réécrire l’Histoire mais d’essayer de la comprendre car le passé est la clé de la porte de l’avenir et c’est la jeunesse qui nous en ouvre la voie en se mobilisant sans craindre sa « diversité ».

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