Des violences de plus en plus insupportables

Cet article date de fin novembre après le démantèlement violent du campement de la Place de la République. Cette manifestation, organisée par des associations dont la LDH, avait pour objet d'attirer l'attention sur l'absence de solutions d'hébergement pour nombre d'exilés, hallucinante en période de confinement, après le démantèlement du camp de la porte de Paris à Saint Denis

En cette période de confinement, le 17 novembre dernier, un camp de plus de 3 000 exilés a été démantelé. Comme d’habitude, les tentes et la plus grande partie des affaires des exilés ont largement détruites. Les exilés sont cependant montés dans les bus pour être mis à l’abri, normal en période de crise sanitaire.

Mais, malgré les promesses faites, un millier de personnes n’a pu monter dans les bus en nombre insuffisant et a été dispersé et poursuivi à coup de gaz lacrymogènes tout au long d’une avenue de cinq kilomètres.

Pour attirer l’attention sur la situation de ces personnes laissées à la rue, des associations ont décidé de faire un camp « sauvage » en plein cœur de Paris quelques jours plus tard. Ce type d’occupations est récurrent mais jamais la police n’était intervenue aussi vite (à peine une heure après le démarrage de l’opération) et surtout avec une telle violence.

Ces faits ont eu lieu en pleine mobilisation contre la proposition de loi sur la sécurité globale dont l’article 24 interdit quasiment de diffuser des images de policiers. Le même style de violences a eu lieu à quelques mètres de l’Assemblée nationale y compris contre des journalistes, très nombreux à manifester contre le texte. On imagine ce qui se passera si la loi est adoptée.

Au moment où j’écris ces lignes, des marches pour les libertés sont prévues samedi 28 novembre un peu partout en France mais la manifestation de Paris est déjà interdite ; la Préfecture a demandé sa transformation en rassemblement. On peut prévoir ce que cela signifie. Le plus probable est que les manifestants seront nassés et une fois de plus matraqués et dispersés à coup de gaz lacrymogènes. J’aimerai tant me tromper.

Depuis plusieurs mois, ce sont des forces anti-émeutes telles que le BAC qui sont envoyés en première ligne. Celles-ci n’ont rien à voir avec le maintien de l’ordre. Mais elles ne peuvent être là que sur ordre. Et à Paris, on sait d’où ils viennent.

Quel pays devenons-nous si les libertés de la presse, d’association, de culte, les libertés académiques sont bafouées tout comme les droits sociaux. Et le projet de loi sur le(les) séparatisme(s) désormais nommé « défense des valeurs républicaines » nous fait craindre que cela va empirer.

Mon propos n’est pas de dire que notre pays a jusqu’alors été parfait. Loin de là. Nous le savons tous. Mais les dérives autoritaires du pouvoir actuel sont de plus en plus inquiétantes. Sa seule préoccupation semble être de couper la France en deux entre les partisans de l’ordre et les autres. Pas sûre de l’efficacité de ces petits calculs électoralistes.

La mobilisation sur ces questions doit se faire comme sur les questions sociales car « le silence des pantoufles » peut s’avérer pire que le bruit des bottes ».

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.