Stupeur !

J'ai écrit cet article quelques jours après l'assassinat de Samuel Paty, une fois le moment le moment d'horreur qu'a généré à juste titre cet horrible assassinat et le moment de recueillement indispensable qui en a suivi, stupéfaite par la récupération de certains politiques y compris au gouvernement ont attisé la haine plutôt que de pacifier le climat

L’assassinat de Samuel Paty a provoqué une vague d’effroi.

Comment, en France, au XXIème siècle, un professeur d’histoire, a-t-il pu être décapité en peine rue pour avoir fait son métier en parlant à ses élèves de la liberté d’expression ?

La première réaction d’horreur passée, une vague d’émotion a submergé notre pays et des hommages ont eu lieu un peu partout y compris à la Sorbonne où un collègue et ami de Samuel Paty a lu la très belle lettre de Jean Jaurès aux instituteurs.

On peut s’interroger sur le contexte de ce meurtre. Était-il prévisible ? Aurait-il pu être évité ? Comment ce jeune Tchétchène a-t-il pu en arriver là, lui dont la famille avait fui les horreurs de la guerre ?

Pour mieux appréhender les faits, il faudra sans doute des mois d’enquête et nous ne saurons probablement jamais la vérité y compris parce que, l’assassin ayant été tué par la BAC, son procès n’aura pas lieu.

Mais l’effroi fait place à la stupeur quand on voit la fièvre qui semble avoir saisi un certain nombre de femmes et d’hommes politiques ainsi que de soi-disant journalistes et intellectuels.

Florilège : il faudrait abandonner l’Etat de droit, sortir d’un certain nombre de conventions européennes et internationales, faire porter à tout le monde un prénom français, expulser tous ceux qui ont la double nationalité, rétablir le service militaire et mieux le bagne[1] (si, si) et bien d’autres propos tous plus hallucinants les uns que les autres[2].

Il faut aussi interdire certaines associations comme Baraka City, le CCIF mais aussi l’UNEF, la LDH, la Ligue de l’enseignement, la FASTI et d’autres car ces « islamogauchistes[3] » arment les terroristes et non pas ceux qui entretiennent des relations avec des pays comme l’Arabie Saoudite et le Qatar qui ont envoyé à leurs frais en France tant d’imans wahhabites.

L’ineffable Jean Pierre Darmanin n’a pu s’empêcher d’en rajouter en demandant la suppression des rayons hallal et casher (pourquoi donc s’arrêter en chemin, l’antisémitisme n’est jamais loin).

En quelques heures, de multiples interpellations, perquisitions, « visites » d’associations, fermeture de mosquées ont eu lieu comme en 2015 sans vraiment d’enquêtes. « Il faut faire passer le message », dit le ministre. A qui ?  Une nouvelle fois, c’est l’ensemble des musulmans qui est montré du doigt et tous ceux qui dénoncent la montée de la Haine à leur égard. Pourquoi des mesures n’ont-elles pas été prises plus tôt contre Abdelhakim Sefrioui, connu pour ses prêches antisémites, dans les radars de la lutte antiterroriste depuis 15 ans. ?

Comment ne pas être inquiet de ce climat délétère qui rappelle de plus en plus celui des années 30 ? Et que penser du fait que les répliques qui devraient largement être partagées se trouvent confrontées à des divisions basées sur des points de vue qu’on a du mal à croire dans la bouche de gens se revendiquant de gauche.

Il y a urgence à agir pour mettre en branle toutes celles et tous ceux qui savent encore quelles sont les « vraies » valeurs de la République.

 

[1] Certains ont même proposé de l’installer aux Kerguelen ; Cayenne ayant désormais mauvaise réputation

[2] Pour plus de détails, voir l’excellent papier publié dans Télérama, intitulé « Après le meurtre de Samuel Paty, le concours Lépine des idées d’extrême droite » (disponible gratuitement en ligne)

[3] Terme qui n’est pas sans rappeler celui de judéobolchevicks en d’autres temps

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.