La crise des "Droits de l'Homme ?"

Depuis quelques années, les droits de l'Homme (de l'Humain.e) sont régulièrement mis en cause. Ils seraient inséparables du libéralisme, responsables de l'individualisme, seraient manipulé. Or, attention à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Il est important de revenir aux fondamentaux non par nostalgie du passé mais au contraire pour mieux réinventer l'avenir

La crise des droits de l’Homme[1] ?

Depuis quelques années, les droits de l’Homme n’ont plus la côte. Ils sont accusés de tous les maux.

Il est temps de réagir à cette nouvelle forme de « bien pensance » qui conduit à jeter le bébé avec l’eau du bain

Les droits de l’Homme ne sont pas uniquement nés de la Révolution française mais plutôt du croisement entre le « Bill of rights » britannique datant de 1689, largement à l’origine de la Déclaration d’indépendance américaine en 1776 laquelle a fortement influencé la Révolution française.

Ils sont les héritiers des Lumières. Ils sont nés de la volonté de faire reconnaître des droits et libertés pour chaque individu face à la monarchie absolue et aux privilèges de la noblesse. Et ils ont avant tout permis l’émancipation de la bourgeoisie. C’est dans ce contexte qu’il faut voir la consécration du droit de propriété comme un droit inaliénable et sacré tout comme la suppression des corporations[2]. Il ne doit plus y avoir que l’individu, le citoyen et la Nation. C’est la base des droits civils et politiques chers aux libéraux. L’histoire n’était pas pour autant finie.

Et tout le siècle suivant, la révolution de 1830, celle de 1848 et la Commune sont autant de nouvelles batailles. Elles furent réprimées dans le sang mais elles sont les manifestations les plus évidentes de l’émergence du mouvement ouvrier et des droits économiques et sociaux dont il est porteur.

Cette reconnaissance des droits économiques et sociaux, nous la devons notamment à Jean Jaurès et surtout à ses amis Francis de Pressensé et Ferdinand Buisson. Il ne peut y avoir de droits civils et politiques sans droits économiques et sociaux et inversement. C’est l’indivisibilité des droits reconnus en 1948 dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

Faut-il rappeler qu’aux lendemains de la Deuxième Guerre mondiale, cette Déclaration des droits se voulait porteuse d’un monde nouveau qui devait éviter le retour de la barbarie nazie.

Alors oui, les droits de l’Homme ont beaucoup été instrumentalisés par les démocraties dites occidentales allant souvent voir la paille dans l’œil du voisin plutôt que la poutre qui était dans le leur.

Mais prenons garde. Un mauvais vent souffle sur l’Europe et dans nombre d’autres soi-disant démocraties. Il tente de balayer tout ce qui peut s’opposer à la poursuite de cette montée effrénée du néolibéralisme. Partout l’autoritarisme semble à l’ordre du jour. Le droit de manifester, la liberté d’expression, la liberté de la presse, le droit à une justice indépendante et l’accès aux droits fondamentaux sont de plus en plus mis en cause et accompagnent la régression sociale.

Défendre les droits de l’Homme est donc une nécessité absolue sans opposer les combats les uns aux autres mais au contraire en montrant combien ils sont liés. Merci à Emmanuel Macron de nous le démontrer chaque jour davantage

 

[1] Les termes » droits de l’Homme » est ici utilisé dans son acception historique et il sera toujours utile de l’aborder dans un autre débat portant sur la féminisation du terme

[2] Il a fallu presqu’un siècle, pour qu’émergent la reconnaissance des mutuelles en 1850 et surtout en 1898, celle de la presse en 1881, puis celle des syndicats en 1884 et enfin celle des associations en 1905

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