« En pleine crise sanitaire, il faut une régularisation des exilés »

Le 24 novembre dernier, au lendemain de l'expulsion d'une violence inouïe du camp provisoire d'exilés, Place de la République, j'ai été l'invitée de "La Midinale" du magazine Regards pour donner mon point de vue sur ces violences et plus largement sur les politiques actuelles en matière de migrations et les luttes afférentes

Voici mon interview en précisant que le campement provisoire de la Place de la République était une mobilisation associative pour s'indigner contre l'expulsion préalable tout aussi violente du campement de la Porte de Paris prés du stade de France qui avait laissé à la rue un millier de personnes en plein période de confinement

http://www.regards.fr/la-midinale/article/marie-christine-vergiat-en-pleine-crise-sanitaire-il-faut-une-regularisation

Des images « choquantes », a dit le ministre de l’Intérieur. Hier, place de la République à Paris, les forces de l’ordre ont évacué plusieurs centaines d’exilés dans des conditions d’une violence inouïe. Marie-Christine Vergiat, ancienne eurodéputée et vice-présidente de la Ligue des Droits de l’Homme, est l’invitée de #LaMidinale.

 

UNE MIDINALE À VOIR...

ET À LIRE...

 Sur l’évacuation de la place de la République  
« Je suis très en colère. Ça n’est pas les images qui sont consternantes mais les faits. »
« Plus de mille migrants n’ont pas eu le droit à une mise à l’abris et c’est inadmissible. »
« Il y a des dizaines d’années qu’il n’y a pas suffisamment de places d’hébergement. »
« Il y a un renvoie de balles ente Paris et l’Etat sur la question de l’hébergement d’urgence. »
« On dénie la situation de mineurs à de nombreux exilés. »
« Selon la Convention internationale des droits de l’enfant, quelqu’un qui se dit mineur, même s’il y a un doute, doit pouvoir bénéficier de la protection internationale. Et on fait le contraire en France. »
« En France, on ne respecte plus les décisions notamment de la Cour européenne des droits de l’homme qui l’a condamnée à plusieurs reprises. »

 Sur les migrations  
« Il y a des tas de gens qui ont le droit de quitter leur pays et de venir s’installer en Europe ou en France et on ne parle jamais de ceux là : c’est ce qu’on appelle les migrations régulières. »
« L’année dernière, l’Union européenne a donné plus de trois millions de titres de séjour de longue durée. »
« On parle essentiellement des migrants non réguliers aujourd’hui. »
« On parle aujourd’hui de près de 150.000 personnes qui arriveraient de manière irrégulière aux portes de l’Europe. Ça représente une personne pour 4.500 habitants dans l’union européenne. Est-ce qu’on ne pourrait pas faire l’effort de donner la protection à ces personnes ? »
« L’Europe veut de plus en plus accélérer les procédures, trier les gens à la frontière pour ne faire entrer que ceux qui auraient le droit à l’asile. »

 Sur les expulsions  
« Il y a toujours des expulsions. »
« Les gens qui ne sont pas expulsés ont quasiment systématiquement des obligations de quitter le territoire. »
« La France pratique très facilement le "dublinage" - y compris quand il est refusé par les pays concernés. C’est une façon de mettre hors statut un certain nombre de gens. »
« Les exilés sont en situation d’invisibilité. Il faut qu’ils se cachent et qu’on ne puisse pas les trouver. Ils ont peur et c’est ce qui provoque la situation de ces camps. »
« L’Italie, l’Espagne et le Portugal ont accordé des droits provisoires aux exilés précisément parce qu’en ce moment on dit aux personnes de rester chez elles à cause de la Covid. Il faut les mettre à l’abris. »
« Lors du premier confinement, sous la pression des associations, les personnes sans abris avaient été mises à l’abris. On avait aussi arrêté de mettre les gens dans des centres de rétention et aujourd’hui ça n’est plus le cas. »
« Dans ce deuxième confinement, en pleine crise sanitaire, les exilés sont dans une situation aberrante puisqu’ils ne profitent d’aucune mesure de protection. »
« Depuis le début du confinement, on a relancé le mot d’ordre de la régularisation : régularisation inconditionnelle et pérenne pour tous ceux qui sont sur le territoire français. »

 Sur la gauche face aux questions de l’exil 
« La position de la gauche est très variable sur les questions d’accueil, y compris à la Mairie de Paris. C’est Ian Brossat qui est en charge de ces questions et il essaie de faire un certain nombre de choses. »
« Il y a deux ou trois ans, une bulle avait été installée au nord de Paris et le résultat avait été positif : c’était géré par Emmaüs, ce n’était pas la panacée mais cela permettait la mise à l’abri d’un certain nombre de gens. »
« Si Paris trouve des solutions, c’est quand même une grande partie du problème de réglé. »
« Aujourd’hui, et on l’a vu hier encore, on chasse les exilés de Paris : ils ne doivent pas être visibles à l’intérieur de la capitale. Les forces de l’ordre ont poussé les exilés jusqu’aux portes de Paris à coups de gaz lacrymogène. »
« Il y a des municipalités en dehors de Paris, notamment des municipalités écologistes, souvent d’union de la gauche, qui ont pris un certain nombre de mesures pour éviter [ce qui s’est passé hier soir place de la République]. »
« La gauche n’est pas au rendez-vous de ce qui se passe en ce moment. »
« Ceux qui ont le courage de discuter de ces questions sont assez rares, y compris au Parlement européen : c’est surtout la gauche européenne et les Verts européens qui essaient de prendre des mesures. Les socialistes admettent un certain de nombre de choses mais ils ne sont pas à la hauteur. »

 Sur la liberté de circulation 
« La seule manière de régler le problème, c’est la liberté de circulation pour tous et toutes, quel que soit l’endroit où l’on est né. »
« On a une liberté de circulation très différente au nord et au sud : quand on a la chance de naître au nord, on a une liberté de circulation quasi totale (ce qui ne veut pas dire que l’on n’a pas besoin, parfois, de visa) alors que dans les pays les moins développés, il n’y a que les riches qui peuvent circuler partout - quand, notamment, ils achètent la nationalité de certains pays européens. »
« Les gens des pays du sud sont majoritairement très pauvres donc, quand il y a un problème, ils migrent d’abord dans leur propre pays et après dans les pays voisins parce qu’ils ont l’idée de revenir chez eux et parce qu’ils n’ont pas les moyens d’aller ailleurs. »
« Il y a un camp, au nord du Kenya, qui accueille essentiellement des Somaliens, qui est de 200.000 personnes et a été jusqu’à 500.000… Donc on est un peu ridicule à côté avec nos 100.000 aux frontières européennes alors qu’on est le continent le plus riche du monde. »

 Sur la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers 
« La hausse des frais d’inscription pour les étrangers est un scandale : la France avait la chance de pouvoir accueillir la moitié des étudiants subsahariens qui veulent faire leurs études à l’étranger. On a fermé cette porte. Et du coup, ces gens vont donc en Chine et dans les Pays du Golfe ! C’est cela que l’on prévoit comme avenir pour la jeunesse africaine ? Et après, on va se plaindre qu’il y ait du terrorisme ? Qui aliment le terrorisme ? Justement les pays du Golfe persique, depuis des années ! Et on leur vend des armes en prime… »

 Sur l’Union européenne comme cadre pour répondre aux questions de l’exil 
« Je pense que l’Europe est la bonne échelle pour résoudre la question des exilés. »
« Je suis une alter-Européenne. »
« Sur les questions des exilés, l’Europe, c’est qui ? Les décisions qui sont prises, et je l’ai vu pendant les 10 ans où j’étais au Parlement européen, se sont de plus en plus durcies, et notamment à partir de 2015 : les Etats-membres sont montés au créneau pour demander des mesures sécuritaires, le contrôle renforcé des frontières pour empêcher les exilés de venir. On dit souvent que c’est de la faute au groupe de Visegrad, notamment la Hongrie et la Pologne. Mais c’est trop facile parce que sur ces questions-là, une majorité qualifiée suffit. »
« En réalité, ceux qui sont à la manœuvre, c’est notamment la France, l’Italie, l’Espagne et même maintenant l’Allemagne - qui a rétropédalé sous la pression de l’extrême droite et de son propre camp. »
« La première chose qui est faite en Allemagne quand un exilé est pris en charge, c’est donner des cours d'allemand et de trouver un logement - en France, il y a un délai de trois mois avant toute prise en charge. »

 Sur l’élection présidentielle de 2022 

J'ai un peu déserté le milieu politique
« Je veux qu’on travaille sur le fond avant de travailler sur le candidat. »
« Il faut faire avancer un certain nombre de sujets comme celui de l’immigration - dont on ne parle jamais parce qu’on considère que c’est explosif. »
« S’ils sont tous divisés et que chacun envoie son candidat, ce n’est même pas la peine d’aller voter puisque, de toutes les façons, ils ne seront pas au deuxième tour. »
« Je continue de militer pour un candidat d’union la plus large possible. »

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