Et si l’on parlait du séparatisme des riches sphères du pouvoir.

J'ai publié ce texte en janvier après la publication du projet de loi sur les principes républicains. Il est toujours d'actualité

Nous sommes habitués à voir des gouvernements tentés de masquer les résultats désastreux de leur politique économique et social en cherchant des boucs émissaires : des odeurs de J. Chirac à la déchéance de nationalité de F. Hollande en passant par les Rroms de N. Sarkozy et M. Valls et la mise en cause régulière des « migrants », les exemples ne manquent pas.

Mais ce qu’est en train de faire le gouvernement actuel est bien autre chose et c’est sans doute du jamais vu depuis des lustres. C’est en effet un pan entier de la population qui est vouée aux gémonies, fichée, contrôlée, mise en garde à vue (y compris des gosses de 10 ans), …  le tout au nom de la lutte contre le terrorisme ou plus exactement désormais contre le séparatisme et ce, au nom des principes républicains et donc de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Ces hommes et ces femmes, sont surtout « les » habitants des quartiers populaires, accusés de faire de « l’entrisme », de « gangrener lentement les fondements de notre société dans certains territoires » et d’« enclencher une dynamique séparatiste qui vise à la division »[1].

Loin de moi l’idée de dire que la radicalisation de certains individus et la montée de l’intégrisme n’existent pas (mais ce n’est pas un phénomène purement religieux) et je ne veux pas non plus sous-estimer le terrorisme. Mais depuis des années, l’arsenal législatif en ce domaine ne cesse d’être développé, intégrant dans le droit dit ordinaire, de nombreux textes d’exception donnant des pouvoirs exorbitants aux autorités administratives et notamment aux forces de police en limitant de plus en plus le contrôle des juges alors que celui-ci est garant des libertés. Et même si nous savons bien que le système judiciaire est loin d’être sans reproches, il reste indispensable en cette période où les violences policières ne semblent plus avoir de limites comme on l’a vu notamment avec le passage à tabac dont a été victime le producteur de musique Michel Zecler.

Ce qui est intolérable, c’est de vouloir faire adopter un texte pour « conforter les principes de la République » en ignorant totalement une des principales causes de ces phénomènes, c’est-à-dire l’abandon de toute politique publique nationale vis-à-vis des quartiers populaires, en stigmatisant une religion en particulier et toutes celles et tous ceux qui luttent à leurs côtés contre ce racisme « culturel » et en portant atteinte à des libertés aussi fondamentales que la libertés d’association.

[1] Toutes ces citations sont extraites du projet de loi confortant le respect des principes de la République adopté en Conseil des ministres le 9 décembre dernier

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