marie christine vergiat
Vice-Présidente de la LDH Députée européenne de 2009 à 2019
Abonné·e de Mediapart

54 Billets

0 Édition

Billet de blog 22 mai 2019

ESS : La Gauche doit mener la bataille pour faire reconnaître ce modèle - L'Humanité

Je vous invite à lire mon interview pour l'Humanité sur l'économie sociale et solidaire (ESS) et les actions menées pour la reconnaissance de ce modèle alternatif par l'Intergroupe Economie Sociale que j'anime au sein du Parlement européen.

marie christine vergiat
Vice-Présidente de la LDH Députée européenne de 2009 à 2019
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Députée pivot de l’intergroupe consacré à l’économie sociale à Strasbourg, Marie-Christine Vergiat rappelle le soutien du groupe de la Gauche unitaire européenne à ce secteur et à son modèle fondé sur la non-lucrativité. Entretien.

De quoi parle-t-on, au Parlement européen, lorsqu’on évoque l’ESS ?

Marie-Christine Vergiat Bonne question. C’est une chose que j’ai apprise au cours de mes dix années de mandat passées comme vice-présidente, présidente, puis animatrice de l’intergroupe économie sociale (ES) au Parlement : nous avons passé entre 2009 et 2014 beaucoup de temps à essayer de caractériser ces familles d’acteurs pour leur assurer une reconnaissance européenne. Mais c’était aller à l’échec puisque l’économie sociale est très diverse dans chacun des 28 pays de l’Union. Les coopératives ont obtenu leur statut européen. Les fondations ont presque abouti à un statut avant que ces travaux ne soient bloqués par le Conseil des États membres. Pour les mutuelles aussi, le processus a avancé mais n’a pas débouché. Le problème est que les mots ne recouvrent pas les mêmes sens selon les pays. Les coopératives sociales italiennes sont par exemple plus proches de nos associations que de nos coopératives. Finalement, l’économie sociale se définit par l’objectif non capitalistique des structures qui la composent. Ces organisations n’ont pas comme enjeu le profit à court terme. Voilà pourquoi, lors de cette mandature qui s’achève, nous avons plaidé pour la création d’un statut de société de personnes, en contrepoint à celui des sociétés de capitaux. C’est dans ce sens qu’avancent par exemple les mutuelles.

Vous parlez d’économie sociale. Où est passé le terme solidaire ?

Marie-Christine Vergiat C’est un terme très difficile à traduire en anglais. Et il renvoie à un débat plus franco-français sur le désengagement des services publics, la délégation de ces services à des structures de l’ESS qui ont elles-mêmes parfois oublié qu’elles sont dans la solidarité.

Ces dernières années, l’Union européenne a beaucoup parlé d’entreprise sociale pour désigner l’économie sociale…

Marie-Christine Vergiat C’est un grand problème, car l’appellation d’entreprise sociale ne recouvre pas toutes les familles de l’ESS. Et, à vrai dire, on ne sait pas trop ce que sont ces entreprises sociales. On voit parmi elles des organisations très sociales, d’autres qui sont soit très business social, soit très caritatives. Il s’agit souvent de petites structures. Mais ça ne peut pas se limiter à cela. Le plus bel exemple est celui de Mondragon, le groupe coopératif basque qui est une superbe réussite économique.

La notion de non-lucrativité porte-t-elle ?

Marie-Christine Vergiat C’est effectivement une notion qui s’inscrit dans la société de personnes dont j’ai parlé. Quand on parle d’économie sociale dans l’Union, on prend en compte des personnes qui se sont groupées dans un objectif collectif, avec une non-redistribution des bénéfices à court terme, un réinvestissement dans l’activité et un mode de prise de décision selon le principe : une personne, une voix. Mais porter ce modèle revient à aller à l’encontre de l’idéologie ordolibérale, qui impose l’entreprise privée lucrative comme modèle dominant. Or, l’économie sociale, c’est 13 millions d’emplois. C’est 8 % du PIB de l’Union alors que l’agriculture représente 3 %. Pourquoi l’Union ne fait-elle pas plus attention à l’ES ? Pourquoi cherche-t-on à la banaliser ? La gauche européenne doit mener la bataille de la reconnaissance de ce modèle alternatif. C’est ce que nous avons fait au sein du groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE-GVN), en organisant deux forums européens de l’ESS. Ces deux temps forts ont aidé à la prise de conscience que la gauche pouvait être au côté des acteurs de l’économie sociale.

Quelle devrait être la feuille de route du prochain intergroupe de l’économie sociale au Parlement européen ?

Marie-Christine Vergiat J’espère déjà qu’il y aura bien un intergroupe. On le saura à l’automne lors de la création de tous les intergroupes. Ceux-ci sont en nombre restreint. Il faut qu’au moins trois groupes politiques soutiennent sa constitution et qu’un nombre suffisant de députés s’y engagent. Une fois créé, l’intergroupe devra d’abord assurer le lien entre les acteurs et les parlementaires, afin que ces derniers soient vigilants sur toutes les thématiques qui intéressent l’ESS. Il devra le faire en lien avec les trois ou quatre commissaires européens qui ont en charge ces thématiques. Au niveau de la Commission, les choses ont un peu avancé, même si les commissaires sont ancrés dans le modèle dominant. Un intense travail de Social Economy Europe (l’un des réseaux de l’ESS à Bruxelles – NDLR) et de l’intergroupe a permis de motiver le bureau de la Direction générale du marché intérieur. Et on est parvenu à mettre en place un groupe de travail avec toutes les directions.

L’accès aux fonds européens est-il aussi un problème à résoudre ?

Marie-Christine Vergiat Il y a encore beaucoup de travail à faire avec la Commission, encore une fois très campée sur un modèle politique marqué. Pour les financements, elle reste par exemple très attachée à la forme des partenariats public-privé (PPP). C’est le cas des contrats à impact social que la France tente de déployer. C’est un danger, car de grandes entreprises ou institutions financières peuvent s’en saisir pour faire du « social and green washing » (blanchiment social et environnemental – NDLR) ou obtenir des retours financiers sur des investissements sociaux. Et ces PPP impliquent des rentabilités à court terme antinomiques avec l’économie sociale. Cela implique de définir des indicateurs quantitatifs pour calculer ces retours sur investissement. Comment chiffrer des actions d’insertion par l’emploi, de soutien aux migrants ou de prévention ? Quand les services publics se désengagent, ces partenariats financiers sont un danger.

Les représentants de l’ESS misent aussi beaucoup sur l’action sur les marchés publics…

Marie-Christine Vergiat Nous avons offert une très grande liberté aux États membres pour qu’ils transposent la révision du Code des marchés publics que nous avions votée. Celle-ci donnait plus de latitude pour mieux prendre en compte les organisations de l’ESS, via des clauses sociales et de développement durable. Malheureusement, ils ne s’en sont pas suffisamment saisis. Nous avons convaincu la Commission de faire plus de formation en direction des États. J’espère que cette action se poursuivra, car l’accès aux marchés publics constitue une opportunité importante pour l’ESS.

Quid de l’écologie ?

Marie-Christine Vergiat C’est un autre levier important. Mais l’ESS ne peut se cantonner à des segments de l’économie non rentables, qu’elle développe en apportant de nouveaux services qu’elle finit par rentabiliser, puisqu’elle se fait par les entreprises de l’économie capitaliste. On le voit dans l’économie circulaire. Des structures de l’insertion par l’activité économique s’en sont longtemps occupées, jusqu’à ce que de grandes entreprises investissent le secteur. Ce mouvement renforce l’idée que l’ESS est réservé au non-rentable, au sens le plus étroit du terme. Or l’économie sociale est une alternative politique au modèle libéral. Sur la question migratoire, heureusement qu’elle était là avec sa capacité de solidarité et d’innovation. Où étaient, alors, les États et les entreprises capitalistes dont certaines disent qu’elles vont sauver le monde ?

Marie-Christine Vergiat
Députée européenne GUE/NGL

Retrouvez cette interview sur le site de l'Humanité.

En complément, je vous invite à lire l'article de l'Humanité intitulé "A l'Est, du nouveau" au sujet des États membres d’Europe centrale et orientale qui commencent à s’emparer de l'économie sociale ici.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Violences sexuelles
Violences sexuelles : l’ancien ministre Jean-Vincent Placé visé par une plainte
Selon les informations de Mediapart et de l’AFP, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire après la plainte pour harcèlement sexuel d’une ancienne collaboratrice. D’après notre enquête, plusieurs femmes ont souffert du comportement de l’ancien sénateur écolo, devenu secrétaire d’État sous François Hollande.
par Lénaïg Bredoux
Journal
Élections étudiantes : le débat
Alors que les élections du Crous ont lieu du 6 au 10 décembre, quatre des principales organisations étudiantes débattent dans « À l’air libre » sur les sujets essentiels pour près de 3 millions d’étudiants en France : précarité, logement, alimentation... Sur notre plateau, Mélanie Luce, présidente de l’UNEF, Jacques Smith, président de l’UNI, Paul Mayaux, président de la FAGE, et Naïm Shili, secrétaire national de L’Alternative.    
par à l’air libre
Journal — Outre-mer
Élie Domota : « L’État a la volonté manifeste de laisser la Guadeloupe dans un marasme »
Le porte-parole du LKP (« Collectif contre l’exploitation ») est en première ligne de la mobilisation sociale qui agite l’île depuis deux semaines. Contrairement à ce qu’affirme l’exécutif, il estime que l’État est bien concerné par toutes les demandes du collectif.
par Christophe Gueugneau
Journal — Justice
La justice révoque le sursis de Claude Guéant, le procès des sondages de l’Élysée rouvert
La justice vient de révoquer en partie le sursis et la liberté conditionnelle dont l’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy avait bénéficié après sa condamnation dans le scandale des « primes » du ministère de l’intérieur. Cette décision provoque la réouverture du procès des sondages de l’Élysée : le tribunal estime que Claude Guéant n’a peut-être pas tout dit lors des audiences sur sa situation personnelle.
par Fabrice Arfi et Michel Deléan

La sélection du Club

Billet de blog
« Nous, abstentionnistes » par Yves Raynaud (3)
Voter est un droit acquis de haute lutte et souvent à l'issue d'affrontements sanglants ; c'est aussi un devoir citoyen dans la mesure où la démocratie fonctionne normalement en respectant les divergences et les minorités. Mais voter devient un casse-tête lorsque le système tout entier est perverti et faussé par des règles iniques...
par Vingtras
Billet de blog
Le bocal de la mélancolie
Eric Zemmour prétend s’adresser à vous, à moi, ses compatriotes, à travers son clip de candidat. Vraiment ? Je lui réponds avec ses mots, ses phrases, un lien vidéo, et quelques ajouts de mon cru.
par Claire Ze
Billet de blog
Ne lâchons pas le travail !
Alors qu'il craque de tous côtés, le travail risque d'être le grand absent de la campagne présidentielle. Le 15 janvier prochain, se tiendra dans la grande salle de la Bourse du travail de Paris une assemblée citoyenne pour la démocratie au travail. Son objectif : faire entendre la cause du travail vivant dans le débat politique. Inscriptions ouvertes.
par Ateliers travail et démocratie
Billet de blog
L'extrême droite a un boulevard : à nous d'ériger des barricades
Un spectre hante la France… celui d’un pays fantasmé, réifié par une vision rance, une France qui n’a sûrement existé, justement, que dans les films ou dans les rêves. Une France muséale avec son glorieux patrimoine, et moi je me souviens d’un ami américain visitant Versailles : « je comprends mieux la Révolution française ! »
par Ysé Sorel