marie christine vergiat
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Billet de blog 22 mai 2019

« On n'empêchera jamais les mouvements migratoires » - Mon interview pour l'Humanité

Je vous invite à lire mon interview pour l'Humanité où je fais le bilan des actions de l'UE en matière de migrations et sa réponse face à la crise de l'accueil des réfugiés.

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La députée Marie-Christine Vergiat dresse le bilan de l’UE en matière d’immigration et plaide pour un accueil digne, à l’instar de la liste « Pour l’Europe des gens, contre l’Europe de l’argent », qu’elle soutient.

Quel bilan tirez-vous de l’action de l’Union européenne en matière d’accueil des réfugiés, objet de multiples crises lors de ce dernier mandat ?

Marie-Christine Vergiat D’abord, il importe de souligner que nous ne sommes pas face à une crise des migrants mais à une crise de l’accueil des réfugiés. Le HCR compte 68,5 millions de déracinés, ce qui englobe à la fois les réfugiés et les déplacés. L’Union européenne n’en accueille que 6 %, 85 % d’entre eux le sont dans des pays en voie de développement, ceux du Sud. Donc, on est très très loin d’« accueillir toute la misère du monde » et on n’y prend même pas notre part. D’autant que la France est plutôt dans la moyenne dans l’Union européenne, voire en dessous. En matière de bilan, le Parlement européen s’est prononcé pour l’ouverture de voies légales et sûres pour les migrants et les réfugiés, pour l’augmentation des moyens et du nombre de sauvetages en mer, pour des visas humanitaires… La Commission a fait des propositions, loin d’être à la hauteur mais qui ont le mérite d’exister. Le plan de relocalisation proposé en 2015 par Jean-Claude Junker, par exemple, était un mécanisme d’urgence et de solidarité avec les pays d’arrivée, c’est-à-dire l’Italie et la Grèce. Il devait concerner sur deux ans 160 000 personnes, c’était insuffisant puisque, sur cette période, 1,5 million de personnes sont arrivées en situation irrégulière dans l’Union européenne. Mais à l’heure du bilan, seules 34 000 personnes avaient été accueillies par les autres États membres. Le principal problème, c’est la solidarité entre les États membres.

La logique sécuritaire prend le pas en Europe, justifiée par l’idée de « submersion migratoire » reprise jusqu’au sein du gouvernement français. Par quels arguments dénoncez-vous cette vision ?

Marie-Christine Vergiat Parmi les 258 millions de migrants internationaux, on compte 60 millions d’Européens et 38 millions d’Africains. Il est hallucinant de considérer que nous sommes submergés. En France, le solde migratoire n’est positif que de très peu. Mais on ne parle jamais de ceux qui partent : 2,5 millions de Français vivent en dehors de la France. Ce sont des migrants, mais on ne les appelle pas ainsi. On cherche à faire peur, on a besoin de boucs émissaires. Avec l’Europe forteresse, le contrôle aux frontières ne cesse de se renforcer, notamment via le fichage par intelligence artificielle. On met les gens dans l’obligation, en particulier lorsqu’ils sont les plus vulnérables, les plus contraints à fuir, de venir dans des conditions irrégulières. 90 % des personnes à qui la protection internationale a été accordée dans l’Union européenne sont arrivées de façon irrégulière. Dans le même temps, les ONG sont criminalisées, le repérage en mer et le rapatriement confié à la Libye… À la fin de l’année dernière, sur 10 personnes qui traversaient la Méditerranée, 7 ont été rapatriées en Libye, une est arrivée dans l’UE et 2 sont mortes en Méditerranée. La dernière invention vient de Matteo Salvini, qui veut pénaliser toute personne qui sauve un migrant à hauteur de 3 500 à 5 000 euros. C’est un monde de fous, le sauvetage en mer est inscrit dans le droit international.

La liste conduite par Ian Brossat, que vous soutenez, plaide pour cet accueil digne des migrants. Par quelles mesures concrètes cela passe-t-il ?

Marie-Christine Vergiat D’abord, je me félicite que le Parti communiste, sa liste et notamment Ian Brossat, qui a beaucoup travaillé sur ces questions à Paris, aient pris d’emblée ce sujet à bras-le-corps. Plus on fuit ce débat, plus on laisse le champ libre au RN. Les chiffres que j’évoquais le démontrent, ce sont les barrières qui créent les problèmes et non l’inverse. C’est pourquoi, s’il faut lutter contre les causes profondes de l’immigration, notamment en consacrant plus de moyens à l’aide au développement, je préfère dire que je suis pour la liberté de circulation et l’égalité des droits, ce qui passe par l’ouverture de voies légales sécurisées, revoir les règlements dits de Dublin, dans l’immédiat organiser le sauvetage en mer… Toutes les études internationales, notamment celles de l’OCDE et de la Banque mondiale, qu’on ne peut pas suspecter d’être des « organismes gauchistes », démontrent que les migrants, quelles que soient les raisons pour lesquelles ils arrivent, au bout d’un certain temps créent leurs propres richesses. Si on veut que ça marche, le meilleur moyen, c’est de les accueillir dans des conditions décentes et de leur donner le droit au travail. Pour assurer cet accueil digne, la première urgence est, comme cela a été fait par la mairie de Paris, de donner accès à un toit. Parmi les gens à la rue aujourd’hui, une partie demande l’asile. Or ceux-ci ont le droit à un logement, mais leur nombre est notoirement insuffisant depuis des décennies.

Avec quels financements peut-on répondre à ces besoins ?

Marie-Christine Vergiat Les contrôles à la frontière franco-italienne, qui sont de mon point de vue contraires au droit européen, coûtent 50 000 euros par jour. Cet argent pourrait être utilisé autrement. La construction de ces murs aux frontières a coûté plus de 12 milliards. C’est de la folie car on ne fermera jamais les frontières. On n’empêchera jamais les mouvements migratoires. Ce sont des politiques irresponsables et qui font le lit de l’extrême droite et des nationalistes.

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui

Retrouvez cette interview sur le site de l'Humanité.

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