Face au coronavirus, comment faire vivre la solidarité

Cette tribune publiée le 27 mars dans le journal l'Humanité pointe les risques sanitaires et sociaux déjà évidents du fait des coups portés aux services publics et par delà même aux plus vulnérables quels que soit leur statut et leur nationalité dont le virus n'a rien à faire La "crise" a exacerbé les discrimanations et permet au pouvoir de mettre un nouveau coin dans nos droits et libertés

Face au coronavirus, comment faire vivre la solidarité

  • Pour enrayer la propagation du Covid-19, les mesures de confinement prises ces derniers jours restreignent drastiquement nos libertés. Jusqu’où cela est-il acceptable ?

La rapidité du développement de la pandémie au niveau mondial a frappé tout le monde. Nos gouvernements ont-ils bien réagi ? Trop, pas assez, trop tard ? On verra.

Aujourd’hui le principe de précaution doit s’appliquer et pour tou.te.s. Le virus ne connait ni frontières ni statuts des personnes.

C’est pourquoi la priorité est de protéger les plus vulnérables : personnes sans abri, vivant en squat ou bidonville, confinées dans des lieux d’enferment (CRA, prisons, …) ou personnes âgées pour qui le virus est le plus dangereux. Sous la pression notamment de grandes associations dont la LDH, on avance. Tant mieux. C’est une question d’égalité d’accès aux droits et de protection de tou.te.s.

Nous nous devons aussi être vigilants sur l’aggravation des risques de violences domestiques provoquée par le confinement.

Oui, le confinement est attentatoire à nos libertés mais il est sans doute devenu obligatoire : notre pays n’a pas été capable de produire et de fournir assez de tests de dépistage ni même de masques et de gels pour ceux qui continuent de travailler pour nous permettre de vivre tout cela le moins mal possible avec en première ligne le personnel de soins.

Un certain « deux poids, deux mesures » semble prévaloir. Le gouvernement reste d’abord préoccupé par l’économie. La loi d’urgence sanitaire qui vient d’être adoptée par le Parlement renforce cela et laisse trop de marge de manœuvre au gouvernement pour limiter nos droits et libertés. Toute mesure restrictive en ce domaine doit être proportionnée au but recherché. C’est vrai dans le cadre de tout état d’urgence, sanitaire ou non.

Il n’est ainsi pas acceptable que les droits des salariés soient mis en cause pour « maintenir l’activité économique » selon l’expression de la ministre du travail. Les débats autour du BTP sont emblématiques. Le risque est le même pour tou.te.s. Seules les activités strictement nécessaires aux besoins de la population doivent être maintenues. C’est ce que vient de faire le gouvernement italien sans doute un peu tard.

  • Nos services publics (santé, énergie, transports, poste, police, etc.)  se retrouvent en première ligne dans cette lutte contre la propagation du virus. Sont-ils, à la fois en termes de fonctionnement et d’infrastructures, à la hauteur d’une telle crise sanitaire ?

Malgré les coupes claires qui se sont accélérées depuis la période Hollande /Macron[1], les services publics font face. Pourquoi ? Parce qu’ils sont là pour assurer des missions d’intérêt général. C’est ce que l’on a cherché à détruire ces dernières années. Le ver est dans le fruit depuis longtemps pour le service public de la santé et en particulier l’hôpital public. Réformes hospitalières, mis en place du paiement à l’acte, suppressions de postes, remplacement des médecins titulaires par des vacataires, inégalités territoriales croissantes, détournement d’activités vers le secteur privé lucratif au sein et à l’extérieur de l’hôpital : on ne compte plus les coups portés. Et pourtant, pour le moment, l’hôpital public fait face. C’est lui qui a les services d’urgence et de réanimation adaptés pour faire face à la crise sanitaire ; ces derniers n’existant pas ou ayant disparus des établissements privés qui se développent essentiellement vers ce qui est rentable. Merci à celles et ceux qui y contribuent.

  • Les discours, y compris du pouvoir actuel, laissent sous-entendre une prise de conscience de l’inefficacité de notre modèle économique et social. Pourquoi un changement de paradigme est-il à l’ordre du jour ? Comment ?
  1. Sarkozy en 2008 voulait réformer le système capitaliste ? On se souvient des belles promesses de campagne de F. Hollande et d’E. Macron ? Tout cela n’engage que ceux qui y croient. C’est vrai aujourd’hui comme hier.

Cette crise sanitaire est révélatrice de beaucoup d’autres dont nombre de citoyens sont (deviennent) conscients : la crise écologique (la Chine vient d’interdire la vente et la consommation d’animaux sauvages), la crise économique (notre dépendance notamment à la production chinoise y compris en matière pharmaceutique), la crise financière (avec l’emballement des marchés et l’effondrement du pétrole), la crise de la mondialisation.

C’est par la prise de conscience et la mobilisation citoyenne que peut venir le changement. A nous de contribuer à de nouveaux possibles y compris au niveau européen et de nous appuyer sur les solidarités qui se mettent en place.

[1] N’oublions pas le rôle du Président actuel sous le précédent quinquennat

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