Diviser pour mieux régner

J'ai écrit ces lignes début mars peu après les propos incongrus de la ministre de la recherche annonçant qu'elle allait demander une enquête sur islamo-gauchisme à l'université et ce, au moment même où la quasi totalité des députés approuvait le projet de loi censé conforter les principes républicains sur lequel je suis revenu de puis

La France serait désormais divisée en deux camps, celui des « contempteurs de l’islamo-gauchisme » et celui des « tenants de l’intersectionnalité » ; une nouvelle division politique qui remplacerait celle entre droite et gauche.

Personnellement, je ne me reconnais dans aucun de ces camps : ni celui de celles et ceux qui font de la République, un nouveau catéchisme, ni de celles et ceux qui veulent ramener le débat uniquement aux discriminations raciales. En réalité, très peu de personnes ont une vison aussi « radicale » car la plupart de celles et ceux qui parlent d’intersectionnalité refusent de ramener un individu à sa seule appartenance sociale considérant que les questions de genre ou de couleur de peau doivent également être prise en considération. En effet, tout est question de rapports de force dans ces concepts, de domination des hommes sur les femmes, des colonisateurs sur les peuples colonisés et leurs descendants, des patrons sur les salariés et quand on est une femme « noire » des quartiers populaires ont subi la triple peine. Alors oui de nouvelles voix se font entendre. Faut-il les faire taire ? Ou faut-il essayer de comprendre leur révolte ?

Pour le gouvernement, la droite et l’extrême droite, la réponse est évidente. Ils font de la surenchère ; le ministre de l’Intérieur a même réussi à doubler la cheffe de file du Rassemblement national sur son extrême droite.

Et le débat devient même hystérique quand la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche annonce qu’elle a demandé une enquête sur l’islamo-gauchisme à l’université. Vu les débats alarmants sur ce sujet, certains ont peut-être pensé que cela pourrait être une bonne chose. Mais dans une démocratie, menacer l’indépendance de l’université et de la liberté académique, c’est vendre son âme au diable et se retrouver du côté de Recep Erdogan qui en nommant un recteur qui lui est inféodé, déclenche la colère de la jeunesse turque.

Mais quand la ministre précise qu’il s’agit de séparer la recherche du militantisme, c’est plus clair et on se rapproche plutôt d’une forme de Maccarthisme.

C’est donc avec un certain malaise que j’ai découvert le vote des députés sur le projet de loi prétendant « conforter les principes de la République », longtemps appelé texte sur le, puis les séparatismes[1]. Seuls 7 communistes et apparentés (sur 16) et un socialiste apparenté (membre de GénérationS) sur 29 ont voté contre[2] ce projet attentatoire aux libertés et notamment à la liberté d’association et avant tout fait pour stigmatiser encore une fois la religion musulmane. Triste monde…

[1] Je vous renvoie à mes chroniques d’octobre et de novembre 2020 et de janvier 2021 dans lesquelles j’ai déjà évoqué ce sujet mais aussi à la tribune publiée le 27 janvier et signé notamment par le secrétaire général de la CGT, les co-présidents du MRAP et le président de la LDH

[2] Voir le détail du vote https://www2.assemblee-nationale.fr/scrutins/detail/(legislature)/15/(num)/3421#G9

Les 17 députés de la France insoumise ont voté contre

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.