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Billet de blog 3 nov. 2012

Valls dégage (ou le chemin de la paix)

Sans doute Manuel Valls mesure-t-il très bien le cataclysme que provoque au pays basque  l’arrestation d’Aurore Martin. Lundi  29 octobre il déclarait au journal El Pais : « il n'y aura pas de Pays Basque Français dans la prochaine loi sur la décentralisation».

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Sans doute Manuel Valls mesure-t-il très bien le cataclysme que provoque au pays basque  l’arrestation d’Aurore Martin

Lundi  29 octobre il déclarait au journal El Pais : « il n'y aura pas de Pays Basque Français dans la prochaine loi sur la décentralisation».

Au pays basque français, qui existe, n’en déplaise à Manuel Valls, et qui travaille, depuis la conférence d’Aiete, le 17 octobre 2011, à une paix juste et durable, on a compris.

Manuel Valls dit : il n’y a pas de pays basque français - et il n’y en aura pas. Il dit aussi : peu importe que le parti batasuna où milite Aurore Martin soit un parti légal en France. Peu importe qu’une jeune femme française fasse 12 ans de prison en Espagne sans être, en France condamnable, peu importe le processus de paix organisé par Kofi Annan, Bertie Ahern, Jonathan Powell et Pierre Joxe, processus qu’ont rejoint de nombreux élus du pays basque français et des représentants de la société civile, peu importe l’espoir, l’immense espoir des familles qui ont connu des années de conflit. Peu importe tout, pourvu qu’il n’y ait pas « de structure administrative basque ». Il n’y aura pas de « structure administrative basque » et si pour l’empêcher, il faut vous occuper ailleurs, vous, si nombreux, qui œuvrez conjointement à la paix et à la création d’un département, s’il faut extrader une jeune femme dans un pays où elle risque 12 ans de prison, on le fait.

Il ne dit pas que ça, Manuel Valls. Il dit aussi : adieu le socialisme. Ce à quoi Guéant et Sarkozy ont renoncé, en juin 2011, il le fait. C’est vrai qu’Aurore Martin est un symbole fort en pays basque, un symbole fort sur ce chemin de paix, bake bidea, il fallait voir ça, en juin 2011, voisins amis passants, une foule accrochée aux forces de l’ordre venues l’arrêter. Ils ont lâché. Valls n’a pas lâché.  C’est vrai qu’il aime les symboles forts, Manuel Valls, la fermeté, les mots qui blessent. Quel reniement.

Mais il ne dit pas que ça, Manuel Valls. Il dit plus grave. Il dit : « les choses sont claires dans notre esprit et tant qu'ETA n'aura pas restitué ses armes nous demeurerons inflexibles.» Une  organisation armée aurait dans les mains l’avenir institutionnel d’un territoire de la République ? Comment entendre une telle aberration ? Par ailleurs comment être de mémoire si courte ? Au mois d’octobre 2011, à  la suite de la conférence de paix d’Aiete, l’organisation armée ETA n’a-t-elle pas annoncé l’arrêt définitif et irréversible de sa lutte armée ?  Ne serait-ce pas là un couac, comme on dit ? Mais rien de drôle. Ce que pourrait provoquer, sur le chemin de la paix, l’irresponsabilité  de Manuel Valls fait frémir.

Il reste de nombreuses questions. Il reste les tristesses. Parmi les questions, celle-ci : qu’est ce qui rend un ministre si acharné à envisager la création d’un département basque, alors qu’on peut considérer qu’il sait en marche le processus de paix décidé à Aiete, alors qu’on peut considérer qu’il ne confond que pour communiquer (et blesser) terrorisme et territoire administratif ?

Peut-être que ce qui se passe en pays basque depuis un bon moment, qui n’a rien à voir avec la lutte armée mais tout avec une lutte non violente et anti capitaliste, est en train de prendre, dans ce territoire que Valls nie, une allure exemplaire ? Sans structure administrative, une chambre d’agriculture, laboranza gambara, bel et bien une du pays basque, proche des paysans et favorisant une agriculture équitable et respectueuse, a été créée de fait, puis de droit, à force de revendications non violentes. Bientôt, nous aurons, comme Toulouse a le sol, comme Villeneuve sur Lot a l’abeille, une monnaie, l’eusko, qui favorisera la production et la consommation locales. Ces réponses locales à notre grande crise mondiale (économique, sociale, écologique), prennent ici, sans structure administrative, une belle ampleur, ici où le réseau associatif est fort et enthousiaste. Oui, n’en déplaise à Valls, il y a un pays basque en pays français, et il est au boulot.

Il y a les tristesses. Je ne suis pas légitime pour nommer celles des familles qui ont derrière elles des décennies de trajets de Bayonne aux prisons de France et d’Espagne et qui pour la première fois, malgré les rancœurs et les colères, espèrent, oui, un futur apaisé. La négation du pays basque par Manuel Valls est en tel décalage avec ce qui se vit au jour le jour ici.

Il y a ma tristesse. Je voudrais tellement parler des femmes et des hommes qui construisent ici de belles affaires littéraires, musicales, chorégraphiques. D’Itxaro Borda. D’Aurelia Pantxika. D’Ur Apalategi. De Kristof Hiriart. De Pantxika Telleria – tous ceux, artistes, chez qui il vit et par qui il vit, le pays, tout frotté de l’intérieur, travaillé dans sa langue - afin que celle-ci devienne, toute maternelle qu’elle soit, une sorte de langue étrangère à elle-même, comme on dit …  Je ne jurerais pas que Manuel Valls soit seul à nier le pays basque comme il va. Itxaro Borda est traduite en plusieurs langues, en anglais notamment. Un personnage de ses récits est abondamment étudié aux Etats Unis, dans le cadre des Gender Studies. Qui a entendu parler ? Littérature régionale, j’entends ? Et j’ai entendu pire.

Et puis il y a Manuel Valls. Après qu’il jette enfants et parents roms sur les routes, après qu’il laisse courir l’islamophobie, initié en cela par 10 ans de sarkozysme, après qu’il envoie sa police violemment réprimer les manifestations contre l’aéroport de Notre Dame des Landes, le voilà qui jette de l’huile sur le feu au pays basque, qu’il joue les durs, parce que les durs, il paraît que les Français aiment ça. Une sorte de visage d’enfant colère et une attitude de parent punisseur. On en est là, alors ? C’est grave. L’Italie n’a pas voté pour son chef de gouvernement. La Grèce a voté 2 fois, ses choix ne plaisaient pas à l’Europe. Le Portugal et l’Espagne : pour une droite au pouvoir, c’est une droite dure. La Hongrie, on sait. La Finlande, pas brillant. Et nous, on a voté à 18% pour Marine Le Pen au premier tour des élections. Alors on aime les sales gosses versus pères fouettards ? On est à ce point déboussolé  qu’on a rien dit quand Manuel Valls a parlé de « lois d’exceptions » pour les étrangers ? Qu’on dira rien quand une militante indépendantiste basque est extradée pour des engagements qui en France relèvent (encore ?) de droits fondamentaux quand en Espagne en effet ils relèvent de l’application d’une loi d’exception ? On est bien déboussolé.

Pour ceux qui ont tant attendu, tant souffert et qui aujourd’hui espèrent, le mal que ça fait, que ça veut faire, l’arrestation d’Aurore Martin, il est tangible. Mais ici, pas si déboussolés qu’ailleurs, le cataclysme on le traverse, et on se remet au boulot. Tout de suite

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