ASE 64 bis (ou comment le département s'obstine à refouler des mineurs) (MIE15)

Comme pour les autres avec et avant lui, invariablement l’ASE 64 et la PAF, en une sorte de collaboration avouée, vont refouler le jeune, au nom de cette date trouvée car indûment cherchée, dans le fichier EURODAC, en Espagne.

On a bien autre chose à faire que des lettres ouvertes à l’aide sociale du département 64, bien d’autres choses à faire.
Pourtant, constater que les dérives, après celles, graves, de refoulement illégal d’enfants en Espagne, et celles qui ont mené en prison deux jeunes garçons, se poursuivent.
Différentes, sensiblement, mais mêmes causes, même projet.
M, 16 ans, passe avec son frère par Bamako, Gao, Tamanrasset, Alger, Tanger, Tarifa, Bilbao, Toulouse.
Dans la mer, il perd son frère.
Il perd plus que son frère, il perd quelque chose comme l’orientation.
Le sens de la route.
Il est évalué à Rodez, pendant quinze jours.
Je ne sais pas où on en est de la procédure d’évaluation car bientôt, il est placé, par manque de place à Rodez, à Pau.
L’article L. 221-2-2 du décret n°2016-840 du 24 juin 2016 relatif à l’accueil et aux conditions d’évaluation de la situation des mineurs privés temporairement ou définitivement de la protection de leur famille, se fixe en effet des objectifs de répartition des mineurs privés temporairement ou définitivement de la protection de leur famille.
Lui, M, a compris qu’il était reconnu mineur à Rodez.
Manquait le passage devant le juge des enfants.
Qui devait avoir lieu à Pau.
Au lieu de la confirmation de  minorité, de  la part de l’autorité judiciaire, l’ASE, à Pau, envoie le jeune homme à la Police aux Frontières.
Comme elle l’a fait pour les autres avant lui, pour tant d’autres.
A Pau, les empreintes révèlent, comme pour tous les gosses qui ont pris cette route et y ont survécu, qu’elles ont déjà été prises, en Espagne, à Tarifa. Pour quitter le camp de Tarifa comme pour quitter celui de Ceuta, pas d’autre moyen que de se déclarer majeur. Né en 97, par exemple. Comme l’ont fait avant et avec M, J, W, S et I.
Et comme pour les autres avec et avant lui, invariablement l’ASE et la PAF, en une sorte de collaboration avouée, vont refouler le jeune, au nom de cette date trouvée car indûment cherchée, dans le fichier EURODAC, en Espagne. Dans son cas, ce n’est pas en cachette, en douce, de policier à policier, dans une voiture, on te dépose derrière le pont ou au commissariat d’Irun. Dans son cas le préfet décide de son transfert en Espagne ; en effet le jeune M a été poussé à demander l’asile en Espagne, lors de sa rétention de 40 jours à Madrid. Pour opérer le transfert en Espagne, on envoie le 6 avril, soit trois jours après sa réouverture, M au centre de rétention d’Hendaye.
L’argument du département, on prend les empreintes pour le faire le VISABIO, et l’argument de l’élue interrogée là-dessus, Annick Trounday, on prend les empreintes en cas de radicalisation, au nom de plans vigipirates et d’urgence, tombent complètement : on le voit bien, on prend les empreintes à Pau, Anglet, Hendaye, on prend les empreintes pour pouvoir à tout prix refouler, via rétention, des gosses qui n’avaient plus une route dans leur tête. Juste l’eau, la barque renversée, le frère perdu.

On prend les empreintes, à Pau, Anglet, Hendaye, ASE et PAF sont d’accord là-dessus, on prend les empreintes à Pau, Anglet et Hendaye à des gosses qu’un autre département considère mineurs, car on sait trop bien qu’on va les trouver ailleurs, ces empreintes, faussées dans les dates. Comme ça ne suffit pas, l'ASE porte plainte contre ces mineurs, pour escroquerie. Pour M, le procès est fixé à septembre 2018.

L’autre frontière où passent les enfants, c’est celle de l’Italie. Des associations italiennes accusent des policiers français d’avoir falsifié les dates de naissance de deux mineurs sur leurs actes d’état civil. Le Guardian l'évoque dans un article hier jeudi 12 avril. Deux façons de faire, un même objectif.

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