chroniques

Au mois de novembre 2008, une famille du Kosovo était expulsée de l’aéroport de Biarritz.Au mois de novembre 2008, une famille du Kosovo était expulsée de l’aéroport de Biarritz. Nous étions, maîtresses des enfants, parents d’élèves solidaires, bénévoles de la Cimade, quelques autres, accrochés au grillage. Il faudrait donner un nom à chacune de ses personnes, rétablir la chaîne des responsabilités, a dit quelqu’un d’entre nous. Ce que nous avions en tête ce jour-là était ambitieux. Trouver les noms de chacun des membres des escortes, des pilotes d’avion, des médecins qui établissent des certificats médicaux, des gendarmes qui donnent le signal permettant à l’avion de décoller. Etablir une sorte de tableau des responsabilités, un tableau des listes de taches accomplies qui mènent à ce que des enfants soient emportés et que des parents s’évanouissent au seuil de l’embarquement. Je retournai alors au Tribunal où je m’étais régulièrement rendue de juin à novembre 08 et, où j’avais écrit Entre Chagrin et Néant, publié chez Laurence Teper. Cette fois je tenterais de parler à la Juge, au Représentant de la Préfecture, aux policiers. Ce qui se niche ou s’enfouit dans l’espace creusé entre les agissements et les mots posés sur ces agissements est complexe. Faire le lien, chercher derrière les mots un peu de réel, me semblait donner à l’homme, celui-ci ou celui-là, une stature plus épaisse, une sorte de responsabilité débutante de soi. J’avais l’idée que c’était une manière, partielle bien sûr, d’agir et réagir. Mais je n’étais pas satisfaite : je rendais compte de manière insuffisante, la regardant dans ses conséquences de paroles, d'une politique aberrante et inadaptée, dont les causes s’ignorent et dont les effets sont hélas à prévoir. Je souffrais de l’impossibilité d’exhaustivité, de mon incapacité à suivre la course de l’évènement. Tout allait si vite, le débat sur l’identité nationale était lancé, avec lui ce rétrécissement, hallucinant, sur le religieux, avec lui les nombreux dérapages racistes, les dérapages publics et ceux, privés, que ces premiers autorisent. Puis de nombreuses initiatives salutaires se firent jour, un appel à ne pas débattre, lancé par Médiapart, un autre, initié par des chercheurs et sociologues, pour la suppression du ministère de l’immigration et de l’identité nationale. L’heure est maintenant à interpeller les partis politiques, à créer des collectifs et à chercher, comme le fait la Cimade qui a perdu aujourd’hui la moitié de ses salariés en CRA, de nouvelles façons d’agir.Il n’en demeure pas moins que mes réflexions, notées entre avril et novembre 2009, sont de petits témoins, subjectifs et fragmentaires, de ce qui a cours dans Cette France-là. Ces réflexions font l'objet des chroniques datées que je propose ici.

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