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Le Club de Mediapart dim. 24 juil. 2016 24/7/2016 Dernière édition

Quelque chose qui les renverse

On a fait des choix de lettres et d’héroïnes. Ça donnait : Ariane et Phèdre, les 2 sœurs. Elles n’écrivent pas au même homme qui fut pourtant mari de chacune. Puis : Hélène, Médée, Didon. Chez Phèdre l’amour interdit pour son beau-fils le bel Hyppolyte, on l’a dit, en classe, tabou. Un peu de l’inceste, c’est Léo qui affirme.  En tout cas au bout du compte Phèdre faisait sa déclaration. Se jetait sur Hyppolyte. Lui arrachait l’épée. Le dénonçait quand elle apprenait son mari Thésée en vie. Hyppolyte n’accusait pas Phèdre à son tour mais mourait dignement. Il aurait dû tout dire. On est allé voir chez Pasiphaë, mère des 2 crétoises. Elle désire si violemment un taureau blanc que Dédale lui a fabriqué une machine qui la rend tout à fait semblable à une vache : c’est sous cet accoutrement qu’elle s’unira à lui.

C’était au tour de de Médée. Les filles poussaient des cris : Médée coupe en morceaux son petit frère pour retarder ses poursuivants, son père et cie, qui en veulent à l’homme qui vient de voler la Toison d’or et dont elle est brusquement tombée amoureuse, à peine débarquait-il chez elle, en Colchide. Plus tard, beaucoup plus tard, Médée tue ses propres enfants. Parce que, disait Quentin, ils étaient elle-même, ils étaient son sang, mais ils étaient aussi le sang de Jason, cet homme dont elle est folle et qui la trahit à ce moment-là de l’histoire. A qui elle désire faire le plus grand mal. Le tuer sans le tuer pourtant. Partout avec elle l’étrangère (la barbare, la magicienne, la romanichelle de Colchide) il tentait de s’installer, Jason. De partout on les chassait. Enfin Créon l’accepta. A condition qu’il abandonnât la sorcellerie de la sorcière (de l’étrangère de la barbare etc). Il abandonna : à la place on lui proposait une jeune fille de roi. Le salaud, a dit quelqu’un. Ces histoires, quand même. Thomas a dit que plein de héros oubliaient, oubliaient ceci, oubliaient cela. Que c’était un truc de héros, d’oublier. Thésée oubliait Ariane et Ulysse son vieux copain dans l’île aux Cyclopes. C’est pas normal. 

Alors Quentin s’est lancé : c’est pas cohérent mais qu’est-ce qu’on veut nous dire, là-dedans ? On ? Oui, on, enfin l’auteur, les auteurs des légendes. Qu’est-ce qu’ils nous disent ? Je crois, a poursuivi Quentin, qu’ils nous disent que la vie, même quand on fait tout pour être comme un héros, elle est super triste, super ratée. Elle est idiote la vie.

Et puis tu as ces femmes qui se plaignent qui se plaignent (il a l’air malin, Ovide, avec son féminisme) : des monstres. Une qui ment en dénonçant, elle provoque un crime d’innocent. Une qui tue plein d’innocents. Une qui couche avec un taureau. Une autre qui se jette dans le feu. Cri de Gaétan, qui dormait jusque-là, se reposait du moins (ou jouait sur son ordinateur) : en plus celle-là elle  était adultère ! Mais non, a dit Baptiste, patient, Sychée est mort…  C’est bien Sychée ?

Quentin tout doucement, bien droit, presque inaudible, le silence se fait de nouveau, poursuit : ces femmes, avant, elles étaient normales. C’est ça, elles étaient normales. Puis il se passe quelque chose et après elles vont jusqu’au bout. Il se passe quelque chose qui les renverse. Après il n’y a plus de limite. Voilà. Quelque chose les emporte. Après, c’est n’importe quoi. Un tourbillon.

Les enfants qui se demandaient, ce vendredi-là, ce qu’étaient ces violences, ces condensés de haine ces oublis incestes désirs incompressibles ces peurs et sauvageries, ne savent pas qu'en ce début d'hiver le Conseil Général des Pyrénées Atlantiques, P.S, auquel reviennent soin et souci de l’enfance, laisse dormir dehors les familles déboutées de l’asile.

L’une d’entre elle vient d’Albanie. La Colchide c’est vers l’Albanie ? demandait Léo. Dans la famille R., l’un des enfants  est albanais, l’autre apatride, le dernier est né en France. La famille R. qui a traversé violemment l’histoire de l’Europe de l’est en ce début d’hiver dort dehors. Quelque chose nous renverse. Et renverse nos enfants.

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Tous les commentaires

Merci Marie. J'ai adoré lire toute la mythologie. Puis le théâtre qui l'a représentée. Et maintenant, je viens d'adorer lire votre billet qui me semble presque une mise en abyme de tout ce que j'ai aimé. L'humour en plus.