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Billet de blog 23 sept. 2012

Poreuse l'écriture

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POREUSE, de Juliette Mézenc

publie.net


Yacine est lecteur pour fœtus, au Centre.

Cette année — il énumère pour Mathilde — il leur a déjà lu

L’Idiot de Dostoïevski

À l’Est d’Eden de Steinbeck

Regain de Giono

Et là, il est en train de leur lire Une phrase sur ma mère de Prigent.

Il tend le livre à Mathilde. Elle passe sa main dessus, l’ouvre, elle veut bien lui prêter main forte.

Yacine Mathilde Guillaume Jacques. Quatre personnages. Le métier que fait Mathilde l’amoureuse de Yacine, c’est du vélo. Et puis aussi quelque chose au Centre, une sorte de petit boulot. Non loin il y a la mer elle y est sentinelle Mathilde, ramasseuse de cadavres clandestins. Les humains font monter le niveau de la mer. Il y a longtemps Mathilde a aimé Guillaume, fils de Jacques. Jacques est gérant d’un centre de beauté - il est  lisse débordé père de sourde et ignorante malveillance. Guillaume ne va pas très bien, essaie de faire sortir le long des couloirs intérieurs de son corps de sacrées images, une petite Mathilde, elle serait sur son vélo, déboucherait là, droite au bout de lui tout droit aussi.

 L’action est à Sète et on est dans un roman qui tourne, tourne, il a pour titre Poreuse. C’est Juliette Mézenc qui l’écrit, elle habite à Sète comme Mathilde. C’est à lire sur publie.net.

 Poreuse la lecture : sur une page un mot (un geste) envoie d’un clic de souris vers une autre page, un autre geste. D’images en rêves et en récits on monte : on pourrait être au cinéma, et c’est une histoire d’aujourd’hui. Un fils dépressif caché allongé, un père qu’on n’a aucun mal à imaginer hurlant vers le volcan, sorti tout droit de bourgeoisie et de chez Pasolini, un mec bien, Yacine, qui fait la lecture aux fœtus, une fille qui pédale, se blesse, vient et revient sur la plage où débarquent des migrants comme il en débarque tout l’été sur les rives de notre Méditerranée, et ça fait fuir les touristes - mais ça doit pas gêner assez, les corps défaits, puisque on continue de monter des murs, celui d’Erdine fera 12 kilomètres de long.

 Il faut l’entendre la langue de Juliette, elle a pris en elle, au-dedans, porteuse et poreuse, le courage des migrations, la douleur des exils, la précision de survivre.

 On était cinquante personnes, on est rentrés dans un pirogue, on avait un GPS, qui nous montrait le chemin. Depuis le deuxième jour, le GPS s’est tombé dans l’eau, ça ne marchait plus, on ne sait plus là où on est. Le pirogue, ça bougeait trop, y avait beaucoup de vagues, sur les pirogues et y avait quelqu’un là-dedans, il ne pouvait plus se lever, il avait trop faim, il avait trop froid, il était malade aussi. Même si on le levait, il se tombait. Il est mort. On l’a emmené, au port de Ténérife. Les gens de Ténérife, y nous a vus dans l’eau, avec un hélicoptère. Depuis qu’il nous a vus, on a levé notre main à lui. Après, l’équipe de sauvetage est partie, il nous cherchait avec un bateau, à ce moment-là (rire) j’étais très content, parce que je, j’ai (rire) je croyais que j’étais mort. Quand je suis arrivé à Ténérife beaucoup de prières, pour Dieu, parce que, on croyait tous qu’on était morts.

Physiquement, j’étais mal parce que, mes muscles des genoux, ça me faisait très mal. Et aussi j’avais arrêté de manger, ça faisait trois jours. J’avais trop de faim. Ils ne voulaient pas que je vienne, ils avaient très peur, mais, je les ai forcés, ils m’ont laissé partir, mon père, il est cultivateur. Ma mère, elle est ménagère. Et, la pluie, ça ne pleut pas beaucoup là-bas. J’étais un peu fort en étude, mais, j’avais peur après pour mon avenir, parce que je voyais mes grands frères à la maison, ils avaient les diplômes, ils n’avaient rien.

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