Amiante: les victimes veulent des réponses

Samedi 13 octobre, plus de 1 500 personnes ont défilé à Paris pour réclamer l’interdiction mondiale de l’amiante. Saisis au vol, les témoignages des victimes françaises racontent l'histoire de l'usage de l'amiante dans l'Hexagone, où la population et les employés ont été informés très tardivement de la catastrophe sanitaire à venir: 100 000 morts d'ici 2025.

Samedi 13 octobre, plus de 1 500 personnes ont défilé à Paris pour réclamer l’interdiction mondiale de l’amiante. Saisis au vol, les témoignages des victimes françaises racontent l'histoire de l'usage de l'amiante dans l'Hexagone, où la population et les employés ont été informés très tardivement de la catastrophe sanitaire à venir: 100 000 morts d'ici 2025.


Ali  Merah, 50 ans, employé aujourd’hui chez Honeywel (anciennement Ferrodo-Valeo) de Condé-sur-Noireau. Jusqu’en 1997 (date de l’entrée en vigueur de l’interdiction de l’amiante), il a travaillé à la fabrication de plaquettes de freins, lesquelles contenaient de l'amiante, comme le bâtiment. Aujourd’hui, il souffre de plaques pleurales et s'est vu reconnaître un taux d'invalidité de 20%.
« J’ai su que l’amiante était un minéral dangereux au moment de l’interdiction. On nous a toujours tout caché. Lorsque j’ai commencé à avoir des problèmes, le médecin du travail m’a dit que j’avais un souffle au coeur. Or, aujourd’hui, je souffre de plaques pleurales (une maladie typique liée à l’exposition à l'amiante). A partir du moment où l'on a su que l'amiante était dangereux (vers 1995-1996), on n’a pas

Ali Merah, Claude Baglin et Christian Desdouts, anciens ouvriers de l'usine de Condé-sur-Noireau © ©M.Gall Ali Merah, Claude Baglin et Christian Desdouts, anciens ouvriers de l'usine de Condé-sur-Noireau © ©M.Gall
pu changer [de travail], car personne ne voulait embaucher des ouvriers qui avaient travaillé dans l’amiante. Aujourd’hui, on attend une explication des gens qui nous ont toujours menti. Pourquoi ne nous a-t-on pas donné des masques alors qu’ils étaient exposés sur les murs de l'usine? »

Claude Baglin, 71 ans, ancien électromécanicien de Ferrodo-Valéo à Condé-sur-Noireau. Aujourd’hui retraité, il souffre de plaques pleurales, et son taux d’invalidité est fixé à 10%.
« On nous a toujours tout caché. Par les anciens ouvriers, on a appris que l’amiante était dangereux. Mais pas cancérogène. Au moment des premières mesures de protection (en 1977), l’entreprise nous a donné des petits masques en papier, comme les chirurgiens. Aujourd’hui, on veut des réponses. »

Christian Desdouts, 63 ans, retraité de chez Ferrodo-Valéo à Condé-sur-Noireau, fabriquait des plaquettes de freins pour poids lourds. Aujourd’hui, atteint de plaques pleurales, il s’est vu reconnaître un taux d’invalidité de 10%.
« Ma mère, qui travaillait dans la même usine, est décédée à 62 ans d’une asbestose. Elle avait commencé à travailler à 13 ans. On ne nous a jamais informés des dangers de l’amiante. »


 © ©M.Gall © ©M.Gall
Annie Mailhe, retraitée, a perdu son mari d’un mésothéliome en 2008.

« Mon mari a travaillé dans l’amiante de 1966 à 1968, entre 22 et 24 ans, dans différentes entreprises de l’industrie automobile, de la chaudronnerie. Il ne savait pas qu’il avait travaillé dans l’amiante. Il n’avait pas de protection sur le visage. Mon mari est parti très vite, en sept semaines, en 2008, d’un mésothéliome. Il a souffert énormément, et je ne me souviens que de ça. Aujourd’hui, j’attends un procès pénal. Les entreprises et l’Etat doivent reconnaître leur faute. Si aujourd’hui je suis là, c’est un devoir de mémoire, pour mon mari, mes enfants et mes petits-enfants, les autres victimes. Et ça fait plaisir de voir que les Canadiens (un des plus gros pays exportateur d’amiante) sont présents pour demander l’interdiction de l’amiante ».


Sonia Hugo a perdu son mari en 2008. Il était âgé de 55 ans.
« Mon mari était ingénieur chez GDF. De 80 à 83, il dirigeait une équipe de recherche pour améliorer le filtrage de l’eau. Et ils testaient plusieurs filtres, qu’ils perçaient, broyaient. Or, il s’agissait pour beaucoup de composés amiantés, et ils n’avaient pas de protections [de masques], il n’y avait pas de ventilation [dans la pièce]. On n’était pas au courant du danger, on faisait confiance à cette entreprise d’Etat. Ce n’est qu’en 1993 que GDF s’est inquiété de ses conditions de travail, dix après. Le 23 janvier 2008, il a été hospitalisé. Il est mort le 2 avril de cette année-là, d’un mésothéliome. Alors, aujourd’hui, je suis là pour témoigner (avec sa photo). Avant de mourir, il m’avait demandé de me battre. L’année dernière, j’ai réussi à faire condamner GDF pour "faute inexcusable de l’employeur". »

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