Je proteste contre les mensonges énoncés dans le film : Le Maroc vu du ciel

Pour la deuxième fois le faux documentaire-vrai film de propagande à la gloire du roi du Maroc "Le Maroc vu du ciel" passe sur France 2

Je proteste contre les mensonges énoncés dans le film de propagande

" Le Maroc vu du ciel"

Je proteste contre les mensonges énoncés dans le film de propagande " Le Maroc vu du ciel"

Par Marie-Jo Fressard, Solidmar 05, 11/12/2019

Le 10 décembre journée qui célèbre les droits de l'Homme, j'ai revu l'émission "Le Maroc vu du ciel". Je l'avais vu en juillet 2017. Il m'en était resté certes le souvenir de belles images de ce pays attachant, moins beau vu du sol que du ciel. Mais surtout, j'en ai gardé une grande colère : Maroc et Sahara Occidental étaient filmés comme un seul et même pays "marocanisé " !

Les deux cartes, au début et à la fin du film, simples longues silhouettes blanches le long de l'Océan Atlantique montrent un seul pays, complétant virtuellement cette illégale annexion. Le ton est donné. En admirateurs, auteur du film et commentateur en ont fait un instrument à la gloire du roi du Maroc, dernier colonisateur de la dernière colonie du continent africain.

Bien sûr les images de Yann Arthus Bertrand sont très belles et le texte enthousiaste d'Ali Badou est poétique. C'est qu'il est magnifique, ce pays montré sans bidonvilles, sans décharges sur lesquelles s'affairent ceux qui cherchent de quoi survivre, et tant d'autres misères à ras de terre...

Un Maroc "de plein pied dans la modernité" si on fait abstraction des villages de l'Atlas où les conditions de vie n'ont guère évolué depuis le Moyen Age, et du niveau scolaire catastrophique en queue des classements d'acquisitions des élèves à travers le monde.

Le film ne pèche jusque là que par omission.

Mais concernant la Marche verte de 1975 et l'annexion du Sahara Occidental par son voisin qui le convoite pour ses richesses, le film devient un tissu de mensonges :

- Il exalte la Marche verte "pacifique" qui a été l'introduction à l'envahissement militaire de ce riche pays.

- L'Espagne, qui était le colonisateur du "Sahara espagnol" depuis la fin du XIXème siècle, s'en est retiré en 1975, par les accords tripartites de Madrid qui cèdent les deux tiers de cette terre au Maroc, et un tiers à la Mauritanie qui s'en retirera par la suite, occasion pour le Maroc de tout occuper du nord au sud. Donc dire que le Maroc a libéré les Sahraouis des Espagnols est un grossier mensonge :

- Cette grande marche verte civile n'a été pacifique que le temps d'amener les 350 000 porteurs de Corans, de portraits du roi et de drapeaux rouges avec l'étoile verte, sur la terre promise du Sahara.

- Ont suivi les chars, les avions et leurs bombardement au napalm, le génocide et la fuite d'une partie de la population sahraouie en Algérie où elle a pu s'établir dans la paix, non loin de la ville de Tindouf. Ces Sahraouis y sont toujours, 43 ans plus tard.

Rien de tout cela dans ce film de propagande. Pas de vue du ciel des villes des réfugiés dans le désert. Aucune image du plus long mur militaire du monde qui protège ces acquisitions illégales volées aux populations sahraouies, phosphates, poissons, agrumes .... 2700 kilomètres de mur seraient pourtant spectaculaires vus d'en haut !

Il y a quelque tems  circulait en France le film documentaire sur le Sahara Occidental "Fusils ou graffitis" qui montre le vrai visage d'un peuple qui a choisi d’être pacifique dans sa lutte depuis le traité de Paix avec le Maroc en 1991 , et dont les jeunes commencent à ne plus supporter le mépris, la discrimination, les tabassages, la torture banalisée, les crimes, le manque de métiers correspondant à leur formation et l'éloignement de leur pays qu'ils n'ont jamais vu. Ils parlent de prendre les armes pour chasser le colonisateur. Leurs sages aînés du Polisario cherchent à les en dissuader.

Après la première diffusion en 2017, France 2 a reçu des protestations contre ce trop beau film, et la chaîne n'en a pas tenu compte en rediffusant tel que le Maroc vu du ciel. Dommage !

France 2 se grandirait en réalisant un vrai documentaire, à partir d'une enquête sérieuse sur ce pays attachant, sans tenir compte de la position très officielle de la France qui, sans doute, ne le soutiendrait pas. Trop d'intérêts en jeu ?


Par Marie-Jo Fressard, Solidmar 05, 11/12/2019

Le 10 décembre journée qui célèbre les droits de l'Homme, j'ai revu l'émission "Le Maroc vu du ciel". Je l'avais vu en juillet 2017. Il m'en était resté certes le souvenir de belles images de ce pays attachant, moins beau vu du sol que du ciel. Mais surtout, j'en ai gardé une grande colère : Maroc et Sahara Occidental étaient filmés comme un seul et même pays "marocanisé " !

Les deux cartes, au début et à la fin du film, simples longues silhouettes blanches le long de l'Océan Atlantique montrent un seul pays, complétant virtuellement cette illégale annexion. Le ton est donné. En admirateurs, auteur du film et commentateur en ont fait un instrument à la gloire du roi du Maroc, dernier colonisateur de la dernière colonie du continent africain.

Bien sûr les images de Yann Arthus Bertrand sont très belles et le texte enthousiaste d'Ali Badou est poétique. C'est qu'il est magnifique, ce pays montré sans bidonvilles, sans décharges sur lesquelles s'affairent ceux qui cherchent de quoi survivre, et tant d'autres misères à ras de terre...

Un Maroc "de plein pied dans la modernité" si on fait abstraction des villages de l'Atlas et du Rif où les conditions de vie n'ont guère évolué depuis le Moyen Age, et du niveau scolaire catastrophique en queue des classements d'acquisitions des élèves à travers le monde.

Le film ne pèche jusque là que par omission.

Mais concernant la Marche verte de 1975 et l'annexion du Sahara Occidental par son voisin qui le convoitait pour ses richesses, le film devient un tissu de mensonges :

- Il exalte la Marche verte "pacifique" qui a été l'introduction à l'envahissement militaire de ce riche pays.

- L'Espagne, qui était le colonisateur du "Sahara espagnol" depuis la fin du XIXème siècle, s'en est retiré en 1975, par les accords tripartites de Madrid qui cèdent les deux tiers de cette terre au Maroc, et un tiers à la Mauritanie qui s'en retirera par la suite, occasion pour le Maroc de tout occuper du nord au sud.

Donc dire que le Maroc a libéré les Sahraouis des Espagnols est un grossier mensonge :

- Cette grande marche verte civile n'a été pacifique que le temps d'amener les 350 000 porteurs de Corans, de portraits du roi et de drapeaux rouges avec l'étoile verte, sur la terre promise du Sahara.

- Ont suivi les chars, les avions et leurs bombardement au napalm, le génocide et la fuite d'une partie de la population sahraouie en Algérie où elle a pu s'établir dans la paix, non loin de la ville de Tindouf. Ces Sahraouis y sont toujours, 43 ans plus tard.

Rien de tout cela dans ce film de propagande. Pas de vue du ciel des villes des réfugiés dans le désert. Aucune image du plus long mur militaire du monde qui protège ces acquisitions illégales volées aux populations sahraouies, phosphates, poissons, agrumes .... 2700 kilomètres de mur seraient pourtant spectaculaires vus d'en haut !

Il y a quelque temps circulait en France le film documentaire sur le Sahara Occidental "Fusils ou graffitis" qui montre le vrai visage d'un peuple qui a choisi d’être pacifique dans sa lutte depuis le traité de Paix avec le Maroc en 1991 , et dont les jeunes commencent à ne plus supporter le mépris, la discrimination, les tabassages, la torture banalisée, les crimes, le manque de métiers correspondant à leur formation et l'éloignement de leur pays qu'ils n'ont jamais vu. Ils parlent de prendre les armes pour chasser le colonisateur. Leurs sages aînés du Polisario cherchent à les en dissuader.

Après la première diffusion en 2017, France 2 a reçu des protestations contre ce trop beau film, et la chaîne n'en a pas tenu compte en rediffusant tel que le Maroc vu du ciel. Dommage !

France 2 se grandirait en réalisant un vrai documentaire, à partir d'une enquête sérieuse sur ce pays attachant, sans tenir compte de la position très officielle de la France qui, sans doute, ne le soutiendrait pas. Trop d'intérêts en jeu ?

 

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