Partis au Maroc pour passer des vacances ils se retrouvent en prison à Tanger après avoir été torturés. Pour crime d'avoir fréquenté des Marocaines ?

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Partis au Maroc pour passer des vacances ils se retrouvent en prison à Tanger après avoir été torturés. Pour crime d'avoir fréquenté des Marocaines ?

( Complément à l'information précédente)

Vers la fin 2013, Abdel-Aziz Redaouia, franco-algérien  et 3 de ses amis : un Franco-Tunisien, un Franco-Marocain et un Marocain sont allés passer des vacances au Maroc.

 Abdel-Aziz qui est tombé amoureux d’une jeune Marocaine a loué un appartement à Tanger pour pouvoir y rester quelque temps avec elle.

Yassine, son ami franco-tunisien a aussi fréquenté quelque temps une jeune marocaine, mais il a vite compris qu’elle  était surtout intéressée par ce que les touristes peuvent apporter : argent ... aller en France ... Pas d’accord il l’a quittée,  et c’est à partir de ce moment que les ennuis ont commencé.

 

 Le 5/12/2013 les 4 amis, dont 3 de nationalité française,  étaient assis tranquillement dans un billard à Tanger lorsqu’ils ont été brutalement arrêtés par des membres de la DST pour “détention d’armes à feu”. L’ami de nationalité marocaine est prié de rentrer chez lui. Première mesure arbitraire.

Les policiers leur ont bandé les yeux, attaché les mains et les pieds et amenés en fourgonnette  au commissariat de Casablanca à 200 km de Tanger.

Pendant cinq jours ils ont été torturés.

« Les policiers les ont tabassés, leur ont craché dessus ;  ils leur ont mis la tête sous l'eau, leur ont envoyé des décharges électriques dans les testicules à l'aide de batterie de voiture. Ils les ont pendus par les pieds, et j'en passe, toujours en prenant soin de ne pas laisser de traces » écrit Souad, la sœur d’Abdel-Aziz

«Arrêtés sans la moindre preuve de culpabilité,  les inspecteurs de police les ont forcés à s'accuser les uns les autres afin d'obtenir des aveux. Il n’a plus été question de détention d’armes à feu, mais les tortures devaient les amener à avouer un trafic de stupéfiant alors qu'ils n'ont pas été arrêtés pour ce motif-là au départ ! Par la torture il était facile de faire avouer n’importe quoi ! »

 Leur garde-à-vue qui a duré 5 jours n’a été déclarée que deux jours plus tard.

Ils ont ensuite été ramenés  à Tanger, à la prison où le juge leur a fait savoir qu’ils sont condamnés à 2 ans de prison.

Le 5 juin ils ont entamé une grève de la faim. Aujourd’hui, plus de 40 jours plus tard, ils la continuent toujours. Fatigués, seuls, ils n’ont pas le moral.

Lors du jugement en appel fixé au 9 juin,  le verdict n’a pas été modifié pour deux d’entre eux : 2 ans de prison pour Abdel-Aziz et Yassine, les deux qui ont osé fréquenter des Marocaines ! Tarik, le Franco-Marocain n’a écopé que d’une année. Deuxième mesure arbitraire !

Désespéré par cette nouvelle, mon frère a tenté de se suicider, heureusement ses codétenus l’en ont empêché.

“Mon frère est asthmatique, ils l'ont traité comme un chien » écrit Souad. Il ne semble pas y avoir de suivi médical. Comme il ne connaît au Maroc que sa petite amie à qui les visites sont interdites (puisque pas marié !) seule sa famille qui vit en France peut le prendre en charge. Tous les trois mois, une de ses sœurs, ou sa mère fait le déplacement pour soutenir ce fils parti en vacances, qui se trouve en prison pour deux ans, pour trafic de drogue qu’il a toujours nié mais avoué sous la torture.

Une perquisition a mis sens dessus dessous leur appartement, tout est cassé. Pour trouver les armes à feu ou la drogue ? Apparemment seul le passeport de l’amie d’Abdel-Aziz a été trouvé. Pour le récupérer elle s’est rendue avec l’avocat chez le juge qui lui a reproché : «  Tu n’as pas honte ! Pourquoi tu ne fréquentes pas un Marocain comme toi, au lieu de fréquenter un Français d’origine algérienne ? - Non, c’est lui que j’aime, tout simplement ! » réponse qui n’a pas satisfait le juge, a-t-elle raconté. »

***

Pourquoi Souad a-t-elle attendu début juin pour lancer son appel au secours ?

« Aidez-nous s'il vous plait à savoir auprès de quel organisme, nous pouvons  nous retourner, afin d'avoir un recours. Pour qu'ils soient  relâchés et que ceux qui leur ont fait subir ces tortures  soient punis. »

Souad explique qu’elle a d’abord eu confiance en la justice marocaine. Mais au bout de quelques mois ne voyant rien bouger, découragée, elle s’est adressée à Amnesty , à des associations de droits de l’Homme, à la presse, à Hollande.

«J’en suis au 4ème avocat. Ils ne servent à rien. Ils ont toujours menti en  me disant: “Ça y est, il va bientôt passer  devant le juge et de là il sortira”. Nous avons ainsi perdu plusieurs mois.»

Le consul a été averti de la grève de la faim. Il leur rend visite pour leur demander d’arrêter la grève. Maigre soutien à des compatriotes…

Le juge leur rend visite  pour leur parler de caution. Point à éclaircir…

Les  gardiens ont volé plusieurs fois l’argent que la famille leur envoyait.

Fréquenter une Marocaine, quand on est Français, ça se paie donc de cinq jours de torture et de deux ans de prison ?

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