L’Hymne des Femmes : Un chant contestable à plus d’un titre
L’Hymne des Femmes est un chant contestable, bancal, qui n’a jamais su autre chose que trahir l’intention même qu’il prétendait servir. Les vérités les plus cruelles se cachent parfois dans ce qui se chante avec ferveur, sans réflexion, comme un acte de foi. Or, ce chant-là n’est rien d’autre qu’une imposture déguisée en révolte.
Comment pourrait-il rassembler, quand il exclut d’un revers de la main tout ce qu’il prétend libérer ? Qu’on m’explique ce paradoxe. Ce que je vois, moi, c’est un texte qui s’entête à perpétuer des représentations nauséabondes, au nom d’une émancipation qui n’a de féministe que le nom.
Si ce chant doit rester gravé quelque part, ce n’est pas dans nos luttes, mais dans les archives honteuses de l’aveuglement collectif. Je m’en désolidarise totalement.
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I. L’expression « continent noir » : une négrophobie inacceptable
La simple lecture des paroles suffit à donner la nausée : « Nous sommes le continent noir. » Comment peut-on oser chanter de telles paroles sans même s’interroger sur la violence qu’elles charrient ? Comment peut-on prétendre briser des chaînes avec une métaphore qui suinte le racisme le plus crasse ?
Car ne nous y trompons pas : l’expression n’a rien d’anodin. Elle découle directement d’une vision coloniale qui, pendant des siècles, a dépeint l’Afrique comme un territoire obscur, primitif, à explorer, conquérir, dominer. Une terre fantasmée par l’Occident comme un espace brut à civiliser, à modeler selon ses propres critères.
Se prétendre « continent noir » dans une déclaration de révolte féministe, c’est déchirer sa propre crédibilité. C’est marcher sur les visages de celles qu’on n’a jamais daigné écouter, qui n’ont jamais eu voix au chapitre dans ces épopées de libération racontées à travers une grille de lecture fondamentalement blanche, fondamentalement occidentale.
Mais surtout, c’est instrumentaliser la souffrance des autres pour légitimer la sienne. Pire : c’est considérer cette instrumentalisation comme naturelle, comme si le féminisme, pour exister, devait forcément se nourrir d’analogies racistes. De telles contradictions ne peuvent qu’empoisonner les fondements même de la lutte féministe.
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II. Un hymne ethnocentré et colonialiste
Et que dire de l’ethnocentrisme qui transperce chaque mot ? Cet hymne se rêve universel, mais son universalité est une illusion, un mensonge parmi tant d’autres. Qui sont ces « femmes esclaves » dont il est question ? Certainement pas celles qui ont réellement vécu l’esclavage, celles dont la souffrance ne relève pas d’une métaphore facile mais d’une histoire qu’on continue d’ignorer sciemment.
On chante « Debout, debout, debout ! », comme si cette injonction avait une quelconque valeur émancipatrice, comme si elle pouvait gommer d’un coup d’un seul des siècles d’oppressions spécifiques, de réalités étouffées. Et d’ailleurs, qu’en est-il de celles en fauteuil roulant, handicapées et/ou fragilisées par la maladie ? Cette injonction à se lever, à se dresser contre l’oppression, leur est-elle même adressée ? Ou bien sont-elles une fois de plus oubliées, réduites au silence par un féminisme qui se veut universel mais qui n’a de global que sa propre arrogance ?
C’est toute la manie coloniale qui ressurgit ici, cette arrogance qui consiste à croire que l’émancipation est un modèle exportable, un moule prêt à l’emploi.
La diversité des luttes féministes est indéniable, irréductible. Chanter cet hymne, c’est cracher au visage de celles qui ne peuvent pas s’y reconnaître. C’est affirmer, sans honte, que seule l’expérience occidentale mérite d’être chantée, que seule cette voix a le droit de se revendiquer légitime.
Et pourtant, malgré ce constat accablant, il y en a qui continuent à chanter ces paroles comme si de rien n’était, comme si les seules chaînes qu’il fallait briser étaient celles de l’Occident. C’est cela aussi, l’aveuglement : croire que la lutte est pure alors qu’elle repose sur des fondations pourries.
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III. Un androcentrisme qui passe inaperçu
Penchons-nous maintenant sur l’androcentrisme qui suinte à travers cette ode de pacotille. S’autoproclamer « femmes esclaves » n’a de sens que par rapport à un pouvoir masculin. Mais en s’obstinant à se définir par ce qu’elles subissent, ces féministes-là se trahissent elles-mêmes.
Il y a, dans cette démarche, une soumission déguisée en rébellion. Un besoin désespéré de reconnaissance qui passe par l’appropriation des codes mêmes de l’oppression patriarcale. Comment peut-on se prétendre révolutionnaire en se coulant dans le moule imposé par ceux qu’on prétend combattre ?
Et cette obsession de l’affrontement direct, cette volonté de se définir uniquement par la confrontation, n’a rien d’émancipateur. Au contraire, elle maintient la pensée féministe dans une logique de dépendance, là où elle devrait s’inventer d’autres chemins, d’autres récits.
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Conclusion : Un hymne à remiser au placard de l’histoire
L’Hymne des Femmes est un poison qu’il est grand temps d’extirper des luttes féministes. Ses paroles, censées incarner une volonté de révolte, ne sont qu’un mirage qui se dissout à la moindre analyse sérieuse.
S’obstiner à le chanter, c’est refuser de voir ce qui crève les yeux : ce chant n’a jamais été un outil d’émancipation. Il a été, dès le départ, une œuvre raciste, ethnocentrée, androcentrée, qui n’a fait que renforcer les oppressions qu’il prétendait combattre.
Ce féminisme-là est un piège. Un piège tendu par celles qui croient pouvoir imposer leur vision au reste du monde. Un piège qu’il est urgent de désamorcer. La question n’est pas de modifier cet hymne : elle est de l’abolir. Une bonne fois pour toutes.
Marie K.