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Billet de blog 29 avril 2025

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Le vernis intellectuel de la haine.

Un truc qui me travaille : cette façon qu’ont certains d’habiller la haine avec des airs de raison. C’est facile de paraître intelligent quand on hérite de tout : privilèges, réseaux, opportunités. Mais l’intelligence, c’est une question de bon sens, de résolution salvatrice, de goût de justice et de vérité. L'intelligence ouvre, en terme de perspective, ne ferme pas.

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Mettre son intelligence au service de la haine : l'alibi du confort personnel

Il y a des esprits brillants qui préfèrent servir l’étroitesse plutôt que l’ouverture. Non pas par bêtise, mais par confort. Par choix. Parce que penser demande trop, et que haïr rassure. Il devient alors si simple d’ériger l’exclusion en valeur, la peur en stratégie, la domination en nécessité. Non, ce n’est pas l’ignorance qui gangrène les rapports humains. C’est une intelligence dévoyée, pliée volontairement au service de la haine et du narcissisme.

Cette intelligence, loin d’éclairer, manipule. Elle transforme le doute en certitude aveugle, le questionnement en dénégation. Elle sert un égotisme qui n’a d’autre but que la recherche de pouvoir. Loin de chercher à comprendre l’autre, elle l’utilise comme un bouclier pour se protéger, ou mieux, comme un bouc émissaire pour justifier ses petites peurs, ses failles existentielles. Loin de lutter contre l’ignorance, elle préfère que l’autre soit rejeté, réduit à son altérité la plus dégradée, pour que son propre confort, sa propre image, ne soient pas menacés.

C’est là qu’entre en jeu la perversion de l’intelligence. Loin d'être un outil de vérité, elle se transforme en sophisme, un raisonnement fabriqué, un faux discours qui sert de voile à des mensonges soigneusement orchestrés. Il s’agit d’une manipulation consciente, d’une fabrication de fausses évidences, d’un trucage du réel. Une telle intelligence joue sur les peurs et les faiblesses humaines, sur l’idée que l’autre, celui qui est « différent », mérite d’être écrasé. Elle parle de « défense de ses valeurs » tout en légitimant des entreprises de déshumanisation systématiques. Elle agit dans l’ombre de l’égoïsme, masquée sous le masque de la raison, mais motivée par la soif de pouvoir, le désir de domination et la volonté de confort personnel.

Ce n’est pas simplement de l’ignorance. Non. Il y a une vraie volonté de détruire, de réduire l'autre à quelque chose de moins que soi, pour mieux se valoriser. Ce n’est plus de l’intelligence, c’est une arme de destruction massive, une vérité pervertie, un système de pensée qui nous fait régresser, plutôt que nous faire avancer. C’est de l’intellectuel dans sa forme la plus noire, la plus malsaine. L’intelligence qui sert la haine, l’intelligence qui justifie la peur, l’intelligence qui nous fait regresser à coups de mensonges raffinés et de manipulations glaçantes.

Mais une telle intelligence, ce n’est plus de l’intelligence : c’est du sophisme. C’est un raisonnement faux habillé en vérité. C’est la perversion pure d’un savoir utilisé non pour chercher, mais pour exclure. C’est l’intellectuel narcissique, persuadé que son confort personnel justifie tous les sacrifices humains autour de lui, manipulant la réalité à son avantage pour maintenir une illusion de puissance, de contrôle et de sécurité.

Il faudrait réapprendre à penser avec l’autre, pas contre lui. Réapprendre à se décentrer, à accueillir la dissonance comme une richesse, et non comme une menace. Cela demande du courage, oui ( et de précéder par des initiatives nouvelles ce qui aura été ecrit avant soi #Machiavel #gouffre histoire de cesser de répéter, de façon consciente ou pas, des schémas et autres mides de fonctionnement qu'il serait temps de rompre!*)— celui de faire un pas de côté, de renoncer à certaines facilités, de partager un peu plus que ce qu’on croyait légitime de garder pour soi. Mais c’est le seul prix d’une société qui tienne debout sans avoir besoin d’exclure pour respirer.

Il y a, dans le refus de la haine, une forme de dissidence intime. Une désobéissance au monde tel qu’il va. Dans un système qui pousse à la compétition, à la peur, à la protection constante de ses intérêts, choisir l’ouverture n’est pas naïveté : c’est un acte politique. Et parfois, un acte de survie collective.

Face à celles et ceux qui mettent leur intelligence au service du rejet, il faut d’autres intelligences : indisciplinées, généreuses, têtues. Des intelligences capables de déjouer les pièges du repli, de poser des questions là où d’autres imposent des réponses toutes faites. Des intelligences qui savent qu’on ne sauvera rien en construisant plus de murs, mais peut-être quelque chose en défaisant les frontières mentales.

Refuser la haine, ce n’est pas aimer tout le monde, tout le temps. C’est refuser que notre confort serve d’alibi à l’écrasement. C’est se souvenir que la pensée, la vraie, celle qui cherche, qui doute, qui relie, est toujours du côté de l’ouverture. Et que tout le reste n’est qu’un habillage — élégant peut-être, mais toujours indigne.

Une pensée qui trahit l’humain finit toujours par trahir tout le reste. Je préfère l’inconfort d’une pensée vivante à la tranquillité d’un esprit mort.

Marie K.

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C’est facile de paraître intelligent quand on hérite de tout : des opportunités, des privilèges, des connexions. Mais l’intelligence, ça ne se limite pas à un vernis social. Quand on parle de limites ici, on parle de fermeture, de non-intelligence. Ce n’est pas parce qu’on suit des conventions, qu'on adapte des comportements qui semblent définir (et justifier) l’intelligence par l'appartenance, que cela garantit légitimité ou ouverture réelle sur le monde #tourisme .

Paraître intelligent, ce n’est pas être intelligent. Quand cette apparence nourrit des vices qui excluent au nom de la forme, manipulent les faits ou les inventent en s'appuyant sur des idées reçues et des prejugés, elle répond à quelque chose qui se rapproche plus du vide de la pensée, où l’égoïsme et le narcissisme prennent le pas sur la raison, le bon sens et sur la richesse morale et vertueuse.

La peur insuffle au calcul. Elle ne mène ni à la remise en question ni à l’écoute. Elle raffermit le contrôle, nourrit l’exclusion, et s’impose comme une mécanique de défense camouflée en rationalité. Quand cette intelligence sert à maquiller la haine, à justifier les préjugés, elle devient une arme. Ce n’est plus un outil de réflexion, mais un moyen de garder le contrôle, de verrouiller la pensée et de renforcer des certitudes. Plutôt que de respecter les étapes de la pensée, ceux qui en usent créent des obstacles, verrouillent les chemins de la réflexion pour maintenir leur pouvoir.

Ceux qui manipulent les mots pour dissimuler l’injustifiable, ceux qui enferment la pensée dans des cadres rigides, ne cherchent pas à comprendre. Ils font obstacle à tout ce qui pourrait rassembler, à toute idée capable de relier. Et ça, c’est le pire de la perversion intellectuelle : empêcher l’ouverture au profit de l’entre-soi intéressé.

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