Les Irlandais et la Guerre d’Espagne: 9 - Les Irlandais à la bataille de l'Èbre

L'épopée des Irlandais engagés dans les Brigades Internationales pendant la Guerre d'Espagne.

La journaliste Pauline Murphy a raconté dans 10 articles publiés par le média de gauche américain "Counterpunch", l'épopée des Irlandais engagés dans les Brigades Internationales pendant la Guerre d'Espagne. Voici la traduction en français du neuvième de ces articles:

La plus longue et la plus grande bataille de la guerre civile espagnole a débuté en juillet, il y a 80 ans. La bataille de l'Èbre a duré de la fin du mois de juillet 1938 jusqu'à la fin du mois de novembre. Cet épisode de la guerre civile a opposé les républicains espagnols aidés par les brigades internationales aux troupes franquistes soutenues par la légion nazie Condor et la légion Aviazione de Mussolini.

Les républicains avancèrent vers la ville de Gandesa avec l'intention de la prendre aux franquistes, mais ils se heurtèrent à une défense féroce et impitoyable des fascistes. Les républicains prirent comme objectif une colline surplombant la ville. Cette dernière entrerait dans l’histoire sous le nom de Colline 481 ou sous celui donné par ceux qui se sont battu sur place, le Bouton. Cette colline a coûté la vie à de nombreux hommes qui se sont battus pour la République espagnole, notamment l’Irlandais Jim Stranney.

Stranney fut un membre actif de l’Armée républicaine irlandaise dans sa ville natale de Belfast. Il avait également des idéaux socialistes dans la lignée des enseignements de James Connolly. Il est né le 31 mai 1915, vivait dans une simple maison de terrasse en briques rouges sur John Street à West Belfast et travaillait comme ouvrier.

Avec son ami Liam Tumilson, il porta la bannière du club des travailleurs républicains de James Connolly lors de la commémoration de Bodenstown en 1934. Cette commémoration sur la tombe de Theobald Wolfe Tone, le père du républicanisme irlandais, était généralement organisée par les républicains traditionnels et cette bannière socialiste à Bodenstown fut mal vue par certains membres conservateurs traditionnels du mouvement républicain. Lorsque la guerre civile espagnole éclata, Tumilson partit combattre le fascisme et donna sa vie pour cette cause. Stranney décida alors d'aller en Espagne et de se battre en souvenir de son ami.

Stranney arriva en Espagne en octobre 1937 et s'engagea dans les Brigades internationales. À partir d'avril 1938, il se battit avec la première compagnie britannique et, en mai, il devint caporal. Stranney faisait partie du personnel de la batterie antichar "No.1 Gun Company". Il organisa une commémoration de Wolfe Tone (NDT: voir la note en bas d'article) sous le soleil espagnol avec ses collègues irlandais des Brigades internationales et, quelques semaines plus tard, Stranney connut le même sort que son ami Liam Tumilson.

Le 31 juillet 1938, Stranney fut abattu par des troupes fascistes alors qu'il menait une charge sur la colline 481. Stranney ne serait pas le seul Irlandais à perdre la vie lors de la bataille de l'Èbre en juillet 1938.

James Donald est né à Derry en 1916 et émigra en Écosse où il travailla comme mineur à Methil Fife. Il se rendit en Espagne au printemps 1938 pour lutter contre la propagation du fascisme mais, en juillet, il était considéré comme disparu, probablement tué au combat lors de l'avancée sur Gandesa.

Les frères Keenan de Bangor Co. Down avaient tous émigré au Canada où leurs idées politiques de gauche alimentaient leur désir de combattre la montée du fascisme en Europe et l'un d'entre eux sacrifia sa vie dans cette guerre.

William Keenan est né en 1901 à Bangor et, avec ses frères Archibald et Gordon, émigra au Canada en 1934. En mars 1937, il se rendit avec l’unité canadienne Mac Pacs en Espagne, mais il fut détenu en France pendant 20 jours. Après que Keenan ait été libéré sur la promesse de retourner au Canada, il partit au-delà des Pyrénées, en Espagne où, en juillet 1938, il fut tué par un bombardier Stuka sur les rives de l'Èbre.

Jackie Edward Patterson, originaire de la zone ouvrière protestante de l'est de Belfast, émigra au Canada où son idéologie politique pro-ouvrier l’amena à se battre pour défendre les travailleurs espagnols contre les fascistes de Franco. Le 30 juillet 1938, Patterson et quatre de ses camarades de l'unité canadienne s'abritaient dans un vignoble lorsqu'une bombe provenant d'un avion ennemi leur tomba dessus et les brûla pour l'éternité dans le sol espagnol.

Pendant ce temps, en Irlande, l'IRA annonça une politique de non-intervention et interdit à ses membres de se rendre en Espagne pour se battre de n'importe quel côté. Beaucoup ignorèrent cet ordre, y compris Jim Stranney, qui avait été membre actif de l'IRA à Belfast au début des années 1930.

Le légendaire leader républicain Tom Barry avait appelé les membres de l'IRA à renoncer à rejoindre les Brigades internationales et à rester au pays afin de se battre pour une Irlande unie. Le général Barry avait conçu un plan pour attaquer les postes frontaliers avec des volontaires de l’IRA armés de mitraillettes importées d’Amérique, mais son plan fut mis à mal après qu'un informateur ait averti les autorités britanniques. Le général Barry annula son plan et l'IRA demeura dans un état de déflation dans les années 1930, alors que de plus en plus de ses membres rejoignaient le Congrès républicain qui soutenait fortement la lutte contre le fascisme en Espagne.

Comme Jim Stranney avait défié l'ordre des membres de l'IRA de ne pas se rendre en Espagne, il fut traduit en cour martiale lors de son absence. Stranney, comme beaucoup d'autres hommes de l'IRA en Espagne, n'a pas eu la chance de rentrer chez lui et pendant des années, leur combat fut éclipsé par la lutte pour l'unification irlandaise et ceux qui périrent dans cette bataille. Aujourd'hui, on se souvient aussi bien de ceux qui luttèrent contre le fascisme en Espagne que de ceux qui se battirent chez eux contre la domination britannique. En 1995, les républicains et les socialistes se sont réunis à John Street, où une plaque a été dévoilée dans l'ancienne maison de Stranney - "Jim Stranney, républicain et socialiste, vous étiez du peuple et, pour le peuple, vous avez offert votre vie".

Pauline Murphy

URL de l'article original:

https://www.counterpunch.org/2018/07/06/the-irish-at-the-battle-of-ebro/

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