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Billet de blog 24 juin 2021

L’un des épisodes les plus tristes de l’Histoire, la chute de la République espagnole

Dans le livre "The Last Days of the Spanish Republic" (un livre pas encore traduit en français), Paul Preston revient sur la guerre civile espagnole pour décrire en détail son brutal et farfelu dernier chapitre. Ci-dessous la traduction de la critique du livre par Jason Webster, un écrivain anglo-américain, dont l'essentiel de l'œuvre est consacré à l’Espagne:

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Un après-midi au début des années 90, un homme âgé d’Alicante m’a parlé de la tragédie survenue dans le port de sa ville le dernier jour de la guerre civile espagnole. Il indiqua les quais et, à la hâte, mentionna en murmurant la tragédie des milliers de républicains désespérés qui s'étaient rassemblés là-bas à la fin du mois de mars 1939, leurs yeux cherchant à l'horizon les navires promis pour les conduire à l'étranger. Le reste du territoire de la République espagnole était tombé sous la coupe de Franco, ses escadrons d’exécution occupés à éliminer les restes de "l’anti-Espagne"; Alicante serait la dernière ville de l’Espagne républicaine à tomber entre les mains du caudillo. Mais, au fur et à mesure que les heures passaient et qu'aucun navire n'apparaissait, les réfugiés potentiels perdaient espoir. Des dizaines, voire des centaines de gens, se sont suicidées sur place, préférant la mort à la capture. Lorsque les forces franquistes sont finalement arrivées, elles ont capturées 45,000 personnes et les ont placées dans un camp de concentration de fortune. Pour beaucoup de républicains, ce fut un bref prélude avant la torture et l'exécution sommaire.

L'attitude des Espagnols face à la guerre civile a changé depuis les années 1990 et ce n’est plus le sujet tabou que c'était à l'époque. Pourtant, le pouvoir émotionnel des événements de cette époque n'a pas diminué. Des épisodes tels que le siège de l'Alcazar, la défense de Madrid ou les journées de mai à Barcelone, dont George Orwell a été témoin, sont toujours d'actualité. Parmi ceux-ci, l'histoire des dernières semaines désespérées de la République. Au début de 1939, après des pertes et des défaites constantes pendant deux ans et demi de conflit, les républicains n’avaient aucun espoir de remporter la guerre, mais le résultat final, comme Paul Preston le dit clairement dans ce livre convaincant et bien argumenté, aurait pu être moins ignominieux et considérablement moins sanglant.

Pendant une bonne partie de l'année 1938, le premier ministre républicain, Juan Negrín, a eu pour stratégie de prolonger la lutte contre les rebelles dans l’espoir qu’un plus grand conflit européen commencerait et amènerait enfin la Grande-Bretagne et la France à l’aider dans le cadre d'une coalition antifasciste. L’Accord de Munich et son report effectif de la guerre avec l’Allemagne mirent fin à ses plans, mais Negrín voulait tenir bon pour négocier un accord de paix honorable avec Franco et organiser une évacuation ordonnée des réfugiés. Malheureusement, aucun de ces objectifs n’a été atteint lorsque, après la chute de la Catalogne au début de 1939 et face à une défaite certaine, la République s’est effondrée et a sombré dans de vicieux combats internes.

Le méchant du livre de Preston est le colonel Segismundo Casado, chef du coup d’état anticommuniste qui eut lieu dans la nuit du 5 au 6 mars 1939 et évinça Negrín du pouvoir après avoir provoqué une mini-guerre civile à Madrid. Sérieux et convaincu que Franco apprécierait l’élimination des "rouges", Casado est tombé dans un piège ennemi qui a semé le chaos dans les rangs loyalistes déjà démoralisés et provoqué la désintégration de ce qui restait de l’État républicain.

La seule monnaie d'échange des républicains - la menace d'une ultime résistance - a disparu et Franco a rapidement renoncé à toute promesse de clémence envers l'ennemi. Au moment de la déroute finale, Casado et son entourage ont pu se mettre en sécurité, mais son putsch avait enterré tout espoir de fuite pour plusieurs dizaines de milliers de ses compatriotes. Après cela, les pelotons franquistes ont été occupés pendant des décennies, massacrant jusqu'à 20,000 personnes tandis que beaucoup d'autres mouraient à cause de mauvais traitements dans des prisons insalubres.

L’histoire des derniers jours tragiques de la République espagnole n’avait jamais été racontée aussi clairement. En gardant un œil attentif aux détails historiques et avec un sens douloureux des vies humaines en jeu, Preston dresse un portrait saisissant des personnes impliquées. Trahi et épuisé, Negrín apparaît comme le meilleur membre d'un groupe démoralisé - et était tout sauf la marionnette contrôlée par les communistes dont on l'a parfois accusé d'être (Si Moscou avait la mainmise sur la République espagnole comme certains le prétendaient, pourquoi le coup d’Etat anti-communiste de Casado a-t-il si bien réussi?). En fin de compte, c'est la vanité de Casado et de ses partisans qui a provoqué une phase finale beaucoup plus sanglante qu'elle aurait pu être.

Jason Webster

URL de l'article original:

https://www.spectator.co.uk/2016/03/francos-bloody-finale/

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