En ce début de troisième millénaire, les inégalités mondiales ne se sont jamais aussi bien portées : près de 3 milliards de gens vivent avec moins de deux euros par jour.
Cet état de chose est devenu tellement constitutif de nos politiques internationales qu'il semble inéluctable, et bien adossé à l'idée que des classes moyennes émergent dans plusieurs pays émergeants (Brésil, Argentine, Malaisie ...), dans certains pays dits "intermédiaires" comme le Maroc. Et on se garde bien d'aborder la question africaine ni celle de l'accroissement des inégalités de revenus dans tous ces pays.
Et maintenant, c'est en Europe même que s'installe l'idée d'une inégalité fondamentale entre le devenir des pays du nord et ceux du sud : il y aurait les industrieux, bons élèves, ayant gagné le droit d'asseoir leur domination et leurs choix politiques pour l'Europe, et les autres, vilains petits canards, gaspilleurs, ne méritant que d'être pris en charge, et donc dirigés par "l'Eurogroupe" ceci sous couvert de décisions des assemblées des pays concernés.
Il y aura donc les pays capables de se diriger eux-mêmes, dans un lien infaillible de chantage financier "assumé", et les autres, définitivement perçus comme des incapables.
Les "acteurs du Nord" reproduisent les rapports de pouvoir Nord-Sud, notamment en imposant au sein de leurs relations de partenariat des règles institutionnelles provenant de leur environnement sociopolitique : les politiques de développement, les critères de sélection des programmes économiques et les conditions de ces programmes. Les "acteurs du Sud", quant à eux, doivent respecter ces conditions. Toutefois, les acteurs du Nord et du Sud (acteurs- décideurs) construisent leurs partenariats en produisant de nouvelles règles institutionnelles au sein de leurs relations de partenariat, lesquelles se reflètent, d’une part, dans les mécanismes d’arbitrage du pouvoir qu’ils adoptent, et d’autre part, dans le partage du pouvoir entre les acteurs.
Cette vision des choses risque de sceller durablement une conception du "monde européen", et de fait, une vision nationale : il y a ceux (pays et citoyens) qui se montrent sages, politiquement "réalistes" et soumis, et les autres, affreux profiteurs, qu'il faut sanctionner, et qui sont maintenus dans une soumission à un type nouveau de "colonialisme" non territorial mais idéologique.
Ce matin sur France Inter, le commentateurs évoquait les "casseurs" d'Athènes ....L'idéologie dominante travaille le monde en tordant le langage afin de le faire coller à la vision du monde que l'on a.
Dessin de TOM.