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Billet de blog 15 août 2010

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L'art du gué, ou de la promenade : Bram et Geer Van Velde

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L'été vous a trouvé, parfois en promenade, parfois en arrêt devant un tableau, parfois lisant et relisant la même page.

Et par un hasard bienfaisant, des ponts se sont jetés ici ou là, inédits, construits pour vous seul à l'instant où vous passiez. Vous n'en revenez pas de ces rencontres, furtives, fulgurantes.

La route vers le sud vous a conduit à Lyon, un appel, un écho : l'exposition des frères Bram et Geer Van Velde. Premier coup de lumière, de couleur, de lignes toniques, reçu sur le chemin des vacances : vacance ! donc vide ! et avec un peu de chance - ouvert - mais là, vous le savez, c'est à guetter, ce petit ouvert se ferme si vite. Alors les grands murs du Musée des Beaux Arts de Lyon vous ont comme baptisé : Bram et Geer, un couple, deux frères, force de l'union et de la division, deux profils - impossible de ne pas aimer ces deux têtes d'aigles du nord, ces deux corps.

Chacun va cheminer, tantôt très proche de l'autre, tantôt plus loin.

L'un toujours plus jeté vers la trace épaisse et tonitruante, ce Bram parti de sa proximité avec ses maîtres de la générations précédente (Van Gogh, Munch, Nolde), c'est Bram, le sombre, né à la couleur pendant son séjour en Allemagne (1922 - 1924).

Village, 1923, Bram

"La peinture est une chose toute bête, toute simple. Je peins pour me sortir du trou. Je peins ma misère." Bram Van Velde

L'autre, Geer, tout comme son frère, s'attarde aux scènes populaires mais les traduit avec une certaine naïveté, où l'on retrouve la patte d'un Chagall, même si rien ne prouve que Geer le connaissait. :

Vue du village, 1925, Geer

Plus tard, à la lumière du sud, Corse et Majorque (1930 - 1936), Bram trace son chemin, s'éloignant de la figuration.

Nature morte,1930, Bram

Peu à peu le débridement de l'espace se met en place - élans du pinceau, demi-tours,aplats colorés, hachures, grandes lignes -

Sans titre, 1946, Bram

"On ne peut rien maîtriser du tout. Ce qu'il faut, c'est se laisser dominer." - Bram Van Velde

La recherche de Geer prend d'autres chemins, tâtonne dans de nouvelles écritures : il dépouille, allège la touche, et s'adonne à une forme d'architrecture de plus en plus aérienne.

Apparition, 1929, Geer

Méditerranée, 1941, Geer

Et parfois quelque chose vient se répondre entre Bram et Geer, une foudre du trait, une sauvagerie.

Sans titre, Geer, vers 1930

Sans titre, Bram, 1939

"Quand je vais vers la toile, je vais vers le silence." - Bram Van Velde

Et vous avez suivi ces frères jusqu'au bout du musée : couleurs et lignes comme des ailes de ciel pour Geer.

Composition, années 1950 - 1955, Geer

Composition, 1958, Geer

Et chez Bram, circuits du pinceau, veinures qui font venir définitivement une palette qui va du rouge au violet, voilements, coulures, rondes gaies ou macabres.

Sans titre, 1978, Bram

Composition, 1975, Bram

"Quand je peins, je ne sais pas ce que je fais, où je vais. Il me faut chercher une issue. Je travaille jusqu'à ce que je n'aie plus à intervenir". (Rencontres avec Bram Van Velde, de Charles Juliet, Fata Morgana, 1978)

Les vacances avaient donc joué leur rôle : du vide qui vous avait ouvert un peu, qui avait suffisamment déhanché le cours des choses pour que s'immisce autre chose.

Ce fut plus tard un autre pont, dans les terres de Haute Provence, entre Céreste et Forcalquier : votre découverte hasardeuse d'un peintre, si peu connu en France, influencé lui même par sa rencontre avec Bram Van Velde - Pierre Humbert - Mais aucune image sur internet de ce peintre de la trace, des lignes de crête, des cols, des creux, du sol blanchi.

Juste une ligne d'un ami qui écrit sur Humbert : "C'est une tâche ardue que de chercher l'évidence dans l'infirme". (Humbert, l'autre face du monde, par Pierre Lieutaghi, éditions Propos/2)

Et depuis vous cherchez d'autres gués (et pourquoi ne pas les nommer "guets" ?), d'autres cailloux où poser vos pas.

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