Bernard, ni dieu ni chaussettes ...et le poète Gaston Couté

Non, je n'vas pas t'parler du Bernard qu'tu crois mais d'un autre,

ben dret dans ses godillots, ben givré d'anarchie

et qui parlele Gaston Couté.

Bernard, c'est ce paysan de Meung sur Loire, le v'là :

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En 2011, cent ans auront coulé depuis la mort du poète libertaire Gaston Couté, né sur les bords de Loire, fils de meunier, échappé à Paris pour y dire ses textes insolemment libertaires et patoisans dans quelques boîtes à chansonniers : succès rapide. Puis à peu à peu, de moins en moins accepté (la guerre commence à puer), il meurt à 31 ans en 1911, tuberculeux et riche d'un recueil - La chanson du gars qu'a mal tourné -

Pascal Boucher réalise là son premier long métrage, en suivant de longs mois Bernard, 73 ans, vieil anarchiste paysan, passant son temps libre à dire du Gaston Couté. En l'écoutant, on s'aperçoit que les vers de Couté n'ont rien perdu de leur justesse lorsqu'au virage du siècle, il dénonçait déjà dans ce patois des "champs de naviots", la grande machine à raboter la pensée libre - et oui, à l'époque, c'était la guerre de 14 qu'on préparait doucettement - Il chantait aussi le désir de lutte sociale.

Voilà la "Marseillaise" de Couté, dite La paysanne :

http://www.youtube.com/watch?v=8jTk6ESlrhs

Et puis la fin d'un de ses textes de chanson :

...

- Ohé là-bas ! garde champêtre,
Vous feriez ben mieux d'aller paîtr
Qu'embêter ceux qui font l'amour
Au bas des talus, en plein jour ;
Regardez si les grandes vaches
Et les petits moineaux se cachent.
- Ohé là-bas ! bieau militaire
Qui traînez un sabre au derrière
Brisez-le, jetez-le à l'ieau
Ou ben donnez-le moi plutôt
Pour faire un coutre de charrue...
Je mourrons ben sans qu'on nous tue.
Et si le pauvre est imbécile
C'est d'avoir trop lu l'Evangile ;
Le fait est que si Jésus-Christ
Revenait, aujour d'aujord'hui,
Répéter cheu nous, dans la lande
Ousque ça sent bon la lavande.
Ce que dans le temps il a dit,
Pas mal de gens dirin de lui :
"C'est un gâs qu'a perdu l'esprit ! ..."

 

Pascal Boucher fait un documentaire à l'oeil patient et tendre, un film d'humaine attention ; on y sent le temps qui file, les saisons qui cavalent sur la plaine, et Bernard qui chemine : cet homme fait penser à ces artistes de l'art brut, qui jamais n'ont songé une seule minute que ce qu'ils faisaient pouvait intéresser quelqu'un !

Salut Bernard, avec toi, j'ai pris un coup de vent dans la tête, celui des vers de Gaston Couté.

 

NB : Vous pouvez voir le film qui se promène en France ou commander le DVD sur le site des Mutins de Pangée

http://www.lesmutins.org/bernardnidieunichaussettes/spip.php?rubrique40

 

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