- De quoi k'tu causes ? Moi c'est cke j'dis, cétout.
- Mais tu comprends rien, écoute-moi, et pi tais-toi. Tais-toi. J'en peux plus que ça cause kom ça. T'écoutes rien. Ta bouche déborde : regarde, ça va partout dehors.
- Et toi ! tu m'prends pour rien. Tu diras jusqu'à demain, pareil, pareil. Où tu crois kon va avec tes morceaux ? Cke j'dis, tu l'as écouté ? tu l'as vraiment pris dans ton oreille creuse ? Laisse-moi pleurer. Tu parles encore ? Mais tu veux dire koi ?
- Que t'écoutes pas, tu comprends pas, tu trompes-trompettes. Ouvre tes yeux : tu m'vois pas, je l'savais. T'entends pas cke tu vois. Mets-toi là, arrête !
- Pauvre ! sourd ! peste de ta bouche ! Que j'arrête ? Tu rêves tout haut. Ton flingue, c'est un cri de plus. Bon. J'veux bien, j'arrête. Alors écoute-moi. J'ai papeur, tu fè toujours pareil.
Dehors passe une troupe.
- J'técoute. Tu trouves pas ki fait chaud ?
- Tu vois, ça rkommence. Fait chaud ? Cé pas la question, ni la thèse, ni rien qui vaut. Si on ouvre, f'ra froid. La question cé ktu m'prends pour un autre. Tu comprends ça ?
Dehors, il pleut, la route gondole. Le ciel est noir.
Dedans, ils piquent du nez dans un bock.
Miodrag Djurić, artiste né au Monténégro, dit Dado, (1933 - 2010) - peinture murale, Hérouval, lieu où il vécut -
Dado, eau forte (1971).
Dado, Le boucher de saint Nicolas, 1974
Fin d'un texte de Michaux offert à Dado après la mort de l'écrivain.
[...] Derrière le crâne dénudé, rasé, ouvert, que rien ne défend plus, à la merci d’un caillou, d’une feuille, d’un mégot, d’un morceau de plâtre qui y tomberait, l’homme tranquille, sans appréhension, réfléchit, faisant confiance malgré tout à la Société, pas plus maltraité qu’un autre, en somme, et toujours « serviteur » !
Sculpture de Dado en écho au texte.
Dado, L'école d'Ivo, huile, 2006
Dado vit dans l'expérience, il vit de ça, huile, techniques mixtes avec collage, encre, gravure, sculpture, peinture sur bois, sur les murs, partout ...
Dado, Boîte, technique mixte, 2001.
Exaspération, il restera toujours une fécondité réaffirmée du chaos et du désordre de la nature.
Dado, Sans titre, encre de chine, 1972- 1981
Extrait d'un texte inspiré à J M Rouillan par des toiles de Dado sur le thème : Le pouvoir
[...] Le mot chien aboie-t-il ? S’interrogeait un poète maquisard. Et les tripes (quand elles ne se mijotent pas à la mode de Caen) empestent-elles la page blanche de leurs fumets scatologiques ? Vos tripes de Commandeurs dégoulinent de quelques panses gangrenées et bistourisées par le scalpel de Dado.
Son pinceau vous tire les viscères jaunes et vertes.
Et glauque, couleur de la bile inquiète.
Jann-Marc ROUILLAN Marseille, le 8 mars 2008, Prison des Baumettes
Dado, dessin tracé sur le livre de J M Rouillan : Les viscères polychromes de la peste brune. (Editions de la différence)
Ce petit homme solitaire, né dans les montagnes du Monténégro, est mort en novembre, les trompettes ont peu sonné.
Sa peinture déborde partout, le trait passe dessus, dessous, furtif ; la couleur glisse son bleuté ici, son sanguignolent ailleurs; une tête, un tibia, un bouche béante, en O profond de gouffre : Dado envahit ce qui envahit.
Dado veille.