Pourquoi je participerai à la Marche du 31 octobre à Paris, dite « pour la dignité et contre le racisme ».

J'y serai d'abord parce que je suis favorable à tout combat contre le racisme, parce que je refuse la « racisation »**du monde : refuser d'être racisé, refuser d'être racisant.

J'y serai d'abord parce que je suis favorable à tout combat contre le racisme, parce que je refuse la « racisation »**du monde : refuser d'être racisé, refuser d'être racisant.

** « racisation » comme croyance ordinaire en une différence et séparation naturelles des catégories d’êtres humains, essentialisation de ce qui est socialement construit. Racisation comme effet d'un néo-racisme, racisme sans races qui se focalise désormais sur les différences culturelles plus que sur l’hérédité biologique (qui fondait autrefois la vision raciste au sein des sociétés).

 

J'étais à la Marche du 11 janvier, je serai à celle du 31 octobre de cette même année. Chaque marche peut être dévoyée, tout est dans le rapport de forces et les idées qui s'y expriment. Je n'étais pas plus Charlie que je ne suis racisée // racisante. Le 11, j'ai spontanément refusé le slogan « je suis Charlie », mais affirmé mon soutien à une presse libre, insolente, non limitable dans sa liberté d'expression, dans le cadre de la loi : ce slogan me paraissait vain et dangereux, cédant à la facilité de la formule ; par ailleurs, je repérais combien ce slogan pouvait générer de divisions et d'incompréhensions hystérisées (nous l'avons vu avec ce qu'on a pu faire du « je ne suis pas Charlie », et les dérives sécuritaires qu'ont eu à subir certains, nous l'avons vu aussi avec la longue file des passions « divisantes »). Ainsi me suis-je retrouvée sour un panneau : liberté – égalité – fraternité.

C'est au même titre que je serai à la Marche du 31 octobre : affirmer mon désir d'aller au-delà de ce qui divise afin de prôner ce qui rassemble, les « causes communes » que nous avons à porter – la « dignité » se conquiert par la lutte pour la liberté et l'égalité, ne l'oublions jamais ! -

Certes, je suis interrogative sur l'intitulé - remplacement du mot « égalité », étendard de 1983, par « dignité » : il est vrai que ce mot revient régulièrement depuis le grand mouvement des « indignés », ce terme fait aussi écho à l'indignité absolue de la situation faites aux réfugiés, en particulier à Calais -  je suis également très critique vis-à-vis de certaines associations qui soutiennent cette Marche car, précisément, je refuse totalement qu'on aimante une révolte par des passions « divisantes » : ainsi, si je suis d'accord avec la nécessaire dénonciation du racisme d’État et plus largement, de ce racisme qui se répand à nouveau sur les terres d'Europe, je suis en même temps hostile à faire de la racisation un outil de lutte d'émancipation – pour dénoncer la discrimination sur fond de racisme (le racisme comme effet d'une conception racisante des individus, racisation construite dans l'histoire, en particulier à cause d'un grave défaut d'analyse du passé colonial au sein de notre société), on ne doit pas, selon moi, utiliser la racisation (ex : anti-blancs) comme outil de lutte (ex : racisation comme outil politique pour le Parti des Indigènes de la République). Mais je souligne que ce n'est pas la participation de 2 ou 3 organisations qui doit décourager le combat commun pour les causes communes. Par ailleurs je trouve très positif que parmi les associations, on trouve celles qui se battent pour les Roms, encore plus invisibles, politiquement, que tous.

La ligne de crête est fragile : comment tout faire pour l'union des luttes // comment se convaincre que les luttes ont tout à gagner à travailler un désir commun qui fédère pour plus de justice et d'égalité // comment ne pas céder à la valorisation de nouvelles divisions, exclusions construites (ex : les « blancs » et les « non-blancs » n'auraient-ils plus de causes communes ) ?

N'oublions pas de considérer que ce qui mine et émiette la révolte, c'est cette tendance répétitive à ne considérer un combat juste que s'il se mène exclusivement dans son seul camp ; n'oublions pas que les grandes réussites de résistance dans notre pays furent obtenues par la volonté farouche de faire avec / malgré les différences, en vue de conquérir ensemble plus d'égalité, de liberté, dans la fraternité.

Voici ce qui m'apparaît clairement : tous ceux qui souffrent dans une société ont intérêt à prendre en main leur lutte // il est toujours très facile de trouver des motifs de division (nous sommes très forts en France) // il est plus difficile et pourtant stimulant, encourageant, de mettre son énergie à œuvrer le plus possible en commun, sans nier les différences et antagonismes des places sociales, mais sans s'accrocher obsessionnellement à toutes les différences pour faire obstinément route séparée.

Vivent les causes communes !

 

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