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Le Club de Mediapart ven. 27 mai 2016 27/5/2016 Dernière édition

Soleil pluie soleil

Il fait soleil, le temps est calme ; par la fenêtre, les grands pins me montrent le ciel.

Il fait soleil, le temps est calme ; par la fenêtre, les grands pins me montrent le ciel.

C'est sans doute aussi pour cela que je pense à la pluie et de fil en aiguille, fil de pluie, aiguille liquide, à ce texte de Paul Claudel qui est d'une beauté d'eau étale et glissante.

 

 

LA PLUIE 1897
Par les deux fenêtres qui sont en face de moi, les deux fenêtres qui sont à ma gauche et les deux fenêtres qui sont à ma droite, je vois, j’entends d’une oreille et de l’autre tomber immensément la pluie. Je pense qu’il est un quart d’heure après midi : autour de moi, tout est lumière et eau. Je porte ma plume à l’encrier, et, jouissant de la sécurité de mon emprisonnement, intérieur, aquatique, tel qu’un insecte dans le milieu d’une bulle d’eau, j’écris ce poème.
Ce n’est point de la bruine qui tombe, ce n’est point une pluie languissante et douteuse. La nue attrape de près la terre et descend sur elle serrée et bourrue, d’une attaque puissante et profonde. Qu’il fait frais, grenouilles, à oublier, dans l’épaisseur de l’herbe mouillée, la mare ! il n’est point à craindre que la pluie cesse ; cela est copieux, cela est satisfaisant. Altéré, mes frères, à qui cette très merveilleuse rasade ne suffirait pas. La terre a disparu, la maison baigne, les arbres submergés ruissellent, le fleuve lui-même qui termine mon horizon comme une mer paraît noyé. Le temps ne me dure pas, et, tendant l’ouïe, non pas au déclenchement d’aucune heure, je médite le son innombrable et neutre du psaume.
Cependant la pluie vers la fin du jour s’interrompt, et tandis que la nue accumulée prépare un plus sombre assaut, tel qu’Iris du sommet du ciel fondait tout droit au cœur des batailles, une noire araignée s’arrête, la tête en bas et suspendue par le derrière au milieu de la fenêtre que j’ai ouverte sur les feuillages et le Nord couleur de brou. Il ne fait plus clair, voici qu’il faut allumer. Je fais aux tempêtes la libation de cette goutte d’encre.

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A toi, promeneur lecteur, je fais la libation d'un bout de rêve qui flotte.

 

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Je viens de regarder le calendrier : c'est aujourd'hui le jour du souvenir des déportés. Souvenir de Charlotte Delbo, Primo Levi, et... de ceux dont ils se souvenaient.

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