Quitter le Net

Je suis saturée, en passe d'étouffer. Quand chacun est comme un entonnoir, il finit par n'avaler que ce qui s'y verse et satisfait son goût.

Je quitte le Net comme source d'informations

et donc Médiapart.

Je suis saturée, en passe d'étouffer. Quand chacun est comme un entonnoir, il finit par n'avaler que ce qui s'y verse et satisfait son goût.

Ce qui m'est nécessaire dans la culture (au sens très large), c'est la capacité qu'elle ouvre de bouger, de secouer ce qui est en train de se rigidifier, de faire jouer sans cesse les contradictions et le questionnement, et c'est l'ironie qui, soudain, présente la face cachée des bons sentiments : plus d'ironie, plus de culture. C'est l'art du déplacement des lignes, c'est l'impertinence qui commence par soi-même et ses mignonnes certitudes, c'est l'esprit de recherche et de doute, bref tout ce qui stimule le regard de biais et introduit un réel déséquilibre dans l'équilibre qui se prend pour pérenne.

J'étouffe des bons sentiments, j'étouffe de la mono-manie comme mode politique. Comme j'étouffe de ce qui est prescriptif (Médiapart y excelle sur certains sujets). J'étouffe de tout ce qui désigne le bon camp, comme si notre culture dominante n'était plus que prêche et conseil moral pour égarés : autrefois ce n'était que le propre des partis et des périodes électorales (soit tu es avec moi, soit tu es contre), maintenant on y a droit le plus souvent et partout. J'étouffe du confort « intellectuel » produit.

Le Net, son système de production permanent de discours et d'images, est cette sophistication technologique qui, comme n'importe quel outil, change le rapport au monde.

Personne ne sait à ce jour quels seront vraiment les effets de cet outil ; la seule chose que je perçois est un effet de rouleau compresseur-écraseur quotidien, une sorte de tracteur qui, en labourant trop souvent une terre , finit pas la rendre stérile ; un système qui rêve d'écraser le temps (la répétion en est un résultat) et ce que le temps permet  : voilà un des triomphes du néo-libéralisme qui finit par réduire la culture à de la consommation de culture*, consommation par entonnoirs – avec les entonnoirs, j'entonne -

* déjà en 1995...

Pour finir sur une note claire, je vous inviterai à voir le film de Dominique Cabrera – Corniche Kennedy – pour son regard tendre et tragique qui prend le temps de suivre les pongeurs héroïques et fragiles de la Corniche.

Et encore :

La patience réussit où la hâte échoue.

J'ai vu de mes yeux dans le désert

un homme lent rattraper un homme pressé.

Un cheval au galop, filant comme le vent et tombant

Alors qu'un chamelier continuait lentement son chemin.

 

Un roi cruel demanda à un sage :

"Quel est l’acte le plus pieux ?"

Le sage répondit :

"Pour toi, c’est de faire des siestes pendant la journée pour que le peuple puisse respirer."

...

Saadi, poète persan du XIII ème siècle (extrait du Gulistan)

 

 

 

 

 

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