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Le Club de Mediapart jeu. 11 févr. 2016 11/2/2016 Dernière édition

Si on parlait de l'Iran ?

A la suite du dernier billet de Ben :

http://blogs.mediapart.fr/blog/ben/261212/les-derniers-jours-de-lhiver

et d'un commentaire d'Annie, j'ai eu envie de dire ici quelques mots de ce pays complexe et passionnant. J'avais déjà écrit un billet que voici (pardon pour les photos manquantes : mauvaise manip avec Picasa ..et pas le temps de m'y remettre) :

http://blogs.mediapart.fr/blog/marielle-billy/061011/retour-diran

Nous n'entendons parler de l'Iran qu'à travers les gesticulations guerrières d'Israël, qui reprennent de plus belle avec la campagne électorale : "Il nous reste encore beaucoup de choses à faire. Avant toute chose, nous devons stopper le programme nucléaire iranien, et le temps passe. C'est ma première mission en tant que Premier ministre", a averti le chef du gouvernement israélien qui a menacé ces derniers mois de recourir à une opération militaire contre l'Iran.

et ceci du côté des autorités iraniennes qui ont affirmé mardi qu’une nouvelle vague d’attaques informatiques avaient visé des infrastructures industrielles durant les derniers mois. Ils soupçonnent les Etats-Unis et Israël d’en être à l’origine.

Du coup, personne ne parle jamais de l'Iran, de la vie qu'on y mène, de ce qui se passe dans la société civile. Quelques fois, on lit un article si par bonheur, un film iranien sort sur nos écrans, mais c'est tout.

Je ne parlerai pas ici de l'immense culture perse qui fonde la fierté iranienne : je dis volontiers que les iraniens et les français s'entendent bien parce qu'ils sont également fiers de leur pays, disons-le - chauvins - Mais j'avoue : il y a de quoi !

L'Iran connaît depuis des années une situation économique désastreuse et ces derniers mois des mouvements sociaux importants ont secoué le pays, véritable fronde ouvrière.

Des ouvriers iraniens ont envoyé, pour la troisième fois depuis le mois de juin, une pétition au ministre du travail : ils dénoncent leur appauvrissement croissant et des fermetures d'usines en série, dans une période d'inflation majeure en Iran - 25%, mais ce taux serait sous-évalué : Gholamreza Tajgardoon, membre de la commission de l'économie du Parlement iranien, avait évoqué, le 9 décembre, le "chiffre effrayant de 58 %" -

Les 10 000 signataires refusent un projet de réforme de la loi du travail proposé au Parlement, qui faciliterait les licenciements. Une telle réforme "mettrait [leur] vie en péril", écrivent-ils, selon l'agence officielle Ilna, le 18 décembre. Ils demandent également au ministre du travail, Abdolreza Sheikholeslami, de démissionner.

                                                  iranian-workers-min-industry-protest.jpg                                            

"Plus de 50 % des usines du pays ont été fermées ou sont sur le point de faire faillite", affirment ces ouvriers, à la suite de coupes dans les subventions d'Etat sur l’énergie et les produits de première nécessité mises en œuvre par le président Ahmadinejad en 2010. Ces subventions sur les produits de première nécessité permettaient aux plus pauvres d'assurer le minimum quotidien, on les a progressivement supprimées, car les finances vont très mal.

Le projet de réforme du droit du travail iranien, soumis au Parlement par le ministère du travail, est par ailleurs qualifié d'"anti-ouvriers". Il prend "pour cible la sécurité et les conditions de travail des travailleurs", disent-ils.

N'oublions pas que des élections se profilent en juin 2013, puisque quatre ans se sont écoulés depuis les grandes manifestations de 2009 qui protestaient contre les conditions plus que douteuses de l'élection d'Ahmadinejad. Voici ce que déclare Azadeh Kian*, professeur de sciences politiques à l’université Paris VII : (* Auteur de L’Iran, un mouvement sans révolution ? La vague verte face au pouvoir mercanto-militariste, Éditions Michalon)

"Selon la Constitution, Mahmoud Ahmadinejad ne peut pas se représenter. Il a tenté de pousser un de ses proches, et notamment son conseiller à la présidence, mais en vain. Des conservateurs reprochent à Ahmadinejad sa mauvaise gestion de l’économie : les revenus pétroliers ont été divisés par deux, le pays manque de devises, les médicaments commencent à manquer. Si la situation continue de se dégrader, le gouvernement et l’État ne seront plus en mesure de payer les fonctionnaires. Ils lui reprochent aussi sa mauvaise gestion du dossier nucléaire."

et : "Mohsen Rezaï, l’ancien chef des pasdarans (Gardiens de la révolution), qui est aussi secrétaire du Conseil de discernement des intérêts supérieurs (NDLR : organe qui sélectionne les candidats à la présidence), a récemment déclaré que si les conditions sont réunies, il faut aller vers une négociation avec les Américains."

L'opposition iranienne est en mauvais état :  Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, sont en résidence surveillée. Ils sont physiquement et moralement très atteints. De plus, ils sont très divisés sur une participation à la présidentielle de 2013.

On s'acheminerait vers une élection présidentielle probablement entre conservateurs. Au sein de ce clan, certains, comme l’ancien maire de Téhéran Mohammad Khalibaf, bien que conservateurs, portent la voix des réformistes. Il y a aussi le président du Parlement, Ali Laridjani, très critique à l’égard de la politique d’Ahmadinejad.

Depuis longtemps le gouvernement iranien est lui même très divisé et Ahmadinejad est contesté de l'intérieur !

D'ailleurs c'est ce que les iraniens vous disent dans la rue ; ils en parlent un peu comme d'un guignol qui agit sans suite, obnubilé par le pouvoir. Et chacun de dénoncer les fortes collusions entre les riches marchands des grands bazars et les gens de pouvoir : le corruption est très forte, et chacun se plaint de ces chaînes rajoutées aux chaînes.

Et pendant ce temps, la lutte fait rage via internet : le pouvoir cherche  à exercer un contrôle "décourageant". Ainsi, le blogueur Sattar Beheshti est mort récemment à la suite de son incarcération. Ci-dessous, le jeune blogueur avec sa mère.

                                                                   Satar-Beheshti.jpg

Arrêté le 30 octobre par la cyberpolice pour "avoir porté atteinte à la sécurité nationale" sur son blog et son compte Facebook, Sattar Beheshti a passé une douzaine d'heures à la prison d'Evin dans la sections 350, réservée aux prisonniers politiques, avant de décéder le 3 novembre. Cette mort avive là aussi les divisions internes du pouvoir et on a vu Sadegh Larijani, chef du système judiciaire,  immédiatement réagir en critiquant les "médias proches de l'Etat" qui attribuent à la justice la responsabilité de la mort du blogueur et les a accusés d'atteinte à la sécurité nationale. "Certains sites gouvernementaux tirent l'avantage de cet incident et disent que la raison de la demande du président de visiter Evin était justifiée, alors que la mort de ce blogueur n'a rien à voir avec cette prison", a rajouté Larijani, le 15 novembre. Il a tout de même ajouté: "S'il est prouvé que la mort de cette personne a été causée par de tortures, les responsables seront poursuivis."


                                                                  N'oublions pas  les iraniens !

La mort du poète

Je n'ai jamais eu peur de mourir,

Bien que ses mains soient plus destructrices que la bassesse.

Toute ma crainte, en somme,

Est de mourir dans une contrée,

Où le salaire de fossoyeur,

Est supérieure

Au prix de la liberté humaine.

Chercher, trouver, et ensuite choisir librement, et du fin fond de soi, fonder une conviction.

Si la mort revêtait plus de valeur que tout cela,

Je n'aurais jamais eu peur de la mort."

Ahmad Shâmlou, 1925-2000.


 

 

 

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Tous les commentaires

Trêve de balivernes et de billevesées,Mme. Marielle Billy...Votre beau plaidoyer pour la théocratie barbare et corrompue,en Iran est fort touchant....Certes,vous êtes une humaniste cultivée et sensible à la cause du peuple iranien.Permettez-moi de vous faire part de la reconnaissance des détenus politiques,des fusillés,des pendus et toutes les Iraniennes et tous les Iraniens massacrés, depuis trente trois ans...Avez-vous été approvisionnée par l'Ambassade d'Iran,via personnes interposées?Vous serait-il également loisible de  compléter vos "informations"(...) auprès du Ministère canadien de la Défense? Vous aimez sûrement le peuple iranien,autant que la conjointe Irano-Canadienne du ministre...A propos, vous ne ressemblez pas aux journalistes de Mediapart.Vous me faîtes penser à des Alliot-Marie,des Pasqua,des Guéant et compagnie...Cela dit,je ne souhaiterai nullement continuer à être en contact épistolaire, avec vous autres...God bless you,Madam...

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