Bolsonaro cherche la confrontation le jour de la fête nationale au Brésil

Depuis son arrivée au pouvoir, Bolsonaro a commis des atrocités et violé les principes constitutionnels sans être dérangé dans sa folle trajectoire fasciste. Avec la pandémie, le comportement « négationniste » de Bolsonaro et de ses partisans a provoqué et entretient une crise sanitaire, sociale et politique sans précédent dans l’histoire du Brésil.

Depuis son arrivée au pouvoir, Bolsonaro a commis des atrocités et violé les principes constitutionnels sans être dérangé dans sa folle trajectoire fasciste. Avec la pandémie, le comportement « négationniste » de Bolsonaro et de ses partisans a provoqué et entretient une crise sanitaire, sociale et politique sans précédent dans l’histoire du Brésil.

Aujourd'hui, le président psychopathe vole les symboles républicains au peuple brésilien et cherche à transformer le jour de la commémoration de la déclaration d'indépendance du Brésil de l'Empire portugais, la fête nationale, en un cri de guerre contre les institutions, menaçant la démocratie avec sa manifestation fasciste.

Déstabilisé, Bolsonaro cherche la confrontation.

La Commission d’enquête parlementaire (CPI) se penche depuis le 27 avril sur la manière dont l’exécutif brésilien gère la pandémie. Selon la commission d’enquête qui se déroule au Sénat, la majorité des morts causés par le Covid-19 est dû à l'inefficacité de l'action gouvernementale. Le président d’extrême droite fait l’objet d’une enquête préliminaire pour “prévarication”, accusé d’avoir fermé les yeux sur des soupçons de corruption dans l’achat du vaccin Covaxin, selon  un fonctionnaire du ministère de la Santé. Selon le journal O Estado de S.Paulo, le laboratoire indien Bharat Biotech avait initialement proposé le vaccin à 1,34 dollar par dose. Mais le Brésil a accepté de payer 15 dollars, soit plus que pour tout autre vaccin qu'il n'ait jamais acheté. Aujourd’hui on sait désormais que Bolsonaro en plus d'être incompétent et génocidaire, est également corrompu. 

Pour la troisième fois Jair Bolsonaro fait l’objet d’une plainte pour crime contre l’humanité devant la Cour pénale internationale (CPI). Les deux premières plaintes déposées devant la Cour pénale internationale n’ont pas abouti. La première a été déposée le 22 janvier 2021 par le cacique indigène Kayapo Raoni Metuktire et le président de l’association Articulation des peuples autochtones du Brésil (Articulaçao dos povos indeginas do Brasil). La deuxième, le 26 juillet 2021 a été déposée par plus de 1 million de professionnels de la santé auprès de la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. Selon eux, le Président Bolsonaro aurait “commis un crime contre l’humanité” en encourageant des actions qui augmentent le risque de prolifération du coronavirus et en refusant de mettre en œuvre des politiques de protection des minorités.

Une fois de plus l’Articulation des peuples autochtones du Brésil (APIB) a saisi le 12 août la Cour pénale internationale (CPI) afin d'ouvrir une enquête sur le président Jair Bolsonaro pour "génocide" et "écocide", l'association dénonce également une « politique « anti-indigène ».

Le président brésilien, face aux menaces qui pèsent sur sa condamnation dans différentes instances nationales et internationales, a commencé à appeler ses alliés à transformer la fête de l'indépendance nationale (7 septembre) en une grande manifestation contre les pouvoirs législatif et judiciaire, ce qui a créé une tension sur l'éventualité d'un coup d'État contre les institutions. Une de ses revendications est la destitution des ministres du STF. Ses milices et militants s’agitent sur les réseaux sociaux et menacent également d’envahir des ambassades, dont celle de la Chine.

Le fascisme à la Brésilienne

Aujourd'hui au Brésil, on retrouve tous les ingrédients du fascisme, on est gouverné par un despote, psychopathe fanatique, en plus d'être le principal responsable de l'avancée de la pandémie de Covid19, qui totalise aujourd'hui 577 565 décès. Bien qu'il soit accusé de génocide, Bolsonaro continue de mépriser toutes les règles de santé.

L'écrivain italien Umberto Eco a publié en 1995 dans la New York Review of Books un essai intitulé Ur-Fascism, issu d'un discours qu'il a prononcé à l'Université de Columbia. Il a mis en garde contre la façon dont les régimes politiques peuvent se transformer en gouvernements fascistes, despotes et fanatiques.

Je n'utilise que 4 éléments sur les 14 décrits par l'écrivain, afin que les lecteurs de ce journal puissent analyser par eux-mêmes l'avancée du fascisme au Brésil.

  1. La première caractéristique du fascisme éternel est le culte de la tradition.
  2. Le fascisme éternel nourrit le culte de l'action pour l'action. Penser est une forme de castration. Par conséquent, la culture est suspectée d'être synonyme de pensée critique. Les penseurs fascistes officiels ont consacré beaucoup d'énergie à attaquer la culture moderne et l'intelligentsia libérale pour avoir trahi ces valeurs traditionnelles.
  3. Le fascisme ne supporte pas la critique analytique. L’esprit critique opère des distinctions, et c’est un signe de modernité.Dans la culture moderne, c'est sur le désaccord que la communauté scientifique fonde le progrès des connaissances. Pour le fascisme éternel, être en désaccord est une trahison.
  4. Le fascisme exploite la frustration individuelle ou sociale. C'est pourquoi l'un des critères les plus typiques du fascisme historique a été la mobilisation d'une classe moyenne frustrée, une classe qui souffre de la crise économique ou d'un sentiment d'humiliation politique, elle est effrayée par la pression qu’exerceraient des groupes sociaux inférieurs.

Le Brésil d'aujourd'hui est une terre fertile pour perpétuer le fascisme. Malheureusement, le passé esclavagiste a imprégné la société brésilienne de valeurs autoritaires, où la violence, le racisme, la haine, toutes les formes de préjugés étaient banalisées.

Pour nier cette réalité et donner l'apparence de la normalité, les héritiers de la maison de maître « Casa Grande » ont construit dans l'imaginaire populaire que le Brésil coexistait avec une démocratie raciale et qu'il y avait ou une culture  de cordialité au sein du peuple brésilien. Débattre, mener tout type de discussion contraire à ces valeurs génère toujours de nombreuses polémiques.

On constate que durant les deux mandats de Lula et le premier mandat de Dilma Roussef, il y a eu une gouvernabilité avec une inclusion sociale et une tentative d'introduire ces questions dans l'agenda national de l'éducation. Un champ de discussion sur ces mythes fondateurs au sein de la société brésilienne s'est ouvert. Je me souviens de la polémique lors de la création des quotas, ainsi que des réserves indigènes !

S'approprier l'histoire sociale et la réécrire a toujours été un défi pour nos historiens, anthropologues et sociologues qui ont tenté d'approfondir les études sur la société brésilienne, sur sa conception patriarcale et ses politiques patrimoniales ; ceux qui détiennent des fonctions publiques ne reconnaissent pas la ligne de partage entre les conceptions du public et du privé.

Malheureusement, ce cycle de questions et de changements dans l'avancement du développement de la société brésilienne libre des rênes du patriarcat a été interrompu. Les politiques de droits inclusifs ont subi des régressions et ont été éteintes par le gouvernement actuel de Bolsonaro, en fait déjà initiées par le gouvernement de Temer.

Le maudit héritage esclavagiste qui a fait germer l'autoritarisme sociétal et un 'État patrimonial est à nouveau régénéré. Aujourd'hui, toutes ces pratiques qui avaient été atténuées dans la phase de démocratisation avec des avancées dans le domaine de l'éducation et de l'inclusion sociale, sont à nouveau mises en œuvre avec un appui institutionnel.

Cependant, Bolsonaro n'est pas le seul représentant du fascisme brut ! Une grande partie de son électorat est partisane des pratiques de déni et d'exclusion sociale. Ces fascistes ne se cachaient dans des placards que pendant la période de démocratisation. Ils sont descendus dans la rue pour préparer le coup d'État contre l'honnête présidente torturée par le bourreau sadique Carlos Alberto Brilhante Ustra que Bolsonaro vénère. Rappelons qu'en déclarant son vote dans le processus de destitution de l'ancienne présidente Dilma Rousseff, Bolsonaro a rendu hommage à la mémoire du colonel Carlos Alberto Brilhante Ustra, exaltant « la terreur de Dilma Rousseff ». Ce sont les mêmes qui incitent le peuple à attaquer les institutions républicaines, à fermer le Congrès, ce sont les mêmes fanatiques qui appellent à l'officialisation de la nouvelle dictature fasciste.

En ce 7 septembre au Brésil, la question fondamentale qui doit alimenter le débat national devrait être : l'indépendance vis-à-vis du fascisme ou la soumission, la mort des institutions républicaines ou la Démocratie

Ce que le fascisme déteste plus que tout, c'est l'intelligence. Dès lors, il est urgent d'appeler l’intelligentsia brésilienne à manifester pour lever l'ignorance qui se trouve au sommet du pouvoir. Mettons notre intelligence au service de la démocratie.

Je termine en rappelant la grande résistante française Lucie Aubrac qui dans le livre « La résistance expliquée à mes petits-enfants » écrit : « Le racisme est la pire plaie de l'humanité. Il triomphe quand on laisse le fascisme prendre le pouvoir.

No pasaran ! Dehors Bolsonaro ! Vive le 7 septembre !

 

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