Lula toujours Lula

La nouvelle de l’annulation de toutes les condamnations de Lula par la Cour Suprême du Brésil a eu un grand écho. Est-ce que l’ancien président brésilien peut songer à l’élection présidentielle de 2022 ? Il est souhaitable de contextualiser la réalité brésilienne avant de faire des affirmations précipitées : Lula reste Lula !

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Les journaux européens, et les journaux américains, comme le New York Times et le Washington Post, ont tous affirmé qu’avec l'annulation des condamnations de Lula, l'un des protagonistes les plus importants du Brésil est de retour sur la scène politique brésilienne. Pour le New York Times « l’ancien prisonnier politique reste vénéré parmi les populations pauvres au Brésil ». Bref la nouvelle de l’annulation de toutes les condamnations de Lula par la Cour Suprême du Brésil (STF) a eu un grand écho dans tous les moyens de communications du monde.

Mais ce qui m'a le plus surpris a été le correspondant du Monde au Brésil. Il a écrit : Après l’annulation de ses condamnations, lundi 8 mars, l’ancien président brésilien peut songer à l’élection présidentielle de 2022. Mais, à 75 ans, le leader de la gauche n’incarne pas vraiment l’avenir, et son parti, le PT, est moribond.

C’est le seul à se distinguer dans son analyse surtout lorsqu’il utilise l’âge de Lula comme un handicap en disant qu’il n’incarne pas vraiment l’avenir et que son parti est moribond.

Malgré la forte campagne anti-PT menée par les médias commerciaux au Brésil et les milieux conservateurs pendant des années et avec l’ampleur de scandale de l’opération « Lava Jato », le climat de haine anti-PT a commencé à s’essouffler avec le chaos qu’est devenu le Brésil sous le gouvernement Bolsonaro et avec les révélations des hackers qui ont piraté les messages des juges et des procureurs de Lava Jato en 2019, révélant les collusions contre Lula, avec un fort biais anti-PT, accréditant les soupçons d’une justice à charge.

Quant au PT il n’a pas disparu de la scène politique brésilienne, il reste le plus grand parti brésilien qui détient la plus grande représentation politique au congrès, même si l’ensemble de la gauche reste minoritaire. En nombre d’adhérents le Parti des travailleurs (PT) compte le plus grand nombre de membres inscrits, avec environ 1,5 million de membre (2020 selon le Tribunal électoral). Aujourd’hui selon les sources du Parti des Travailleurs il y a 2,2 millions d’adhérents.

Il est souhaitable de contextualiser la réalité brésilienne avant de faire des affirmations précipitées se basant sur les analyses des secteurs conservateurs des médias brésiliens. La dite grande presse et les chaînes de télévision liée au réseau Globo ont été un instrument de propagande anti-PT insufflant la haine et la polarisation de la société brésilienne.

Plus que jamais, il est clair que le but recherché n’était pas le combat contre la corruption, mais la chute du gouvernement de Dilma Rousseff et la prison pour de Lula.

Le journal The New York Times a bien décrit la situation dans son édition du 9 février : L'immense capital politique et social accumulé par Sergio Moro, le célèbre juge à l'origine de Lava Jato, et les procureurs s'est évaporé ces dernières années. Et cela mène à une autre conclusion : au lieu d'aider à éradiquer la corruption et à parvenir à une plus grande transparence dans la politique et à renforcer la démocratie, la célèbre opération a contribué au chaos du Brésil d’aujourd'hui. Elle a été vendue comme la plus grande opération de lutte contre la corruption au monde, mais elle est devenue le plus grand scandale judiciaire de l'histoire du Brésil.

Lula le 9 mars a fait un discours d’un grand homme d’état, il a bien répondu à la presse brésilienne qui avait répandu la nouvelle que la libération de Lula avait causé un électrochoc dans les marchés financiers : la Bourse de São Paulo a immédiatement chuté de 4 %. Le dollar a monté, etc.

Ainsi elle reprend le même discours : le Brésil est menacé d'une polarisation encore plus grande si Lula est candidat !

La réponse de Lula a été à la hauteur : « On ne doit pas avoir peur de polariser ! Oui, Je suis radical, je veux aller à la racine des problèmes », en rappelant son penchant pour l'intervention de l'Etat dans l'économie (pour une plus grande justice sociale), son opposition aux privatisations et à l'autonomie de la Banque centrale, qui vient juste d'être votée par le Congrès.

« Que veut le marché ? S'il veut investir et gagner de l'argent dans des activités productives, s'il s'agit d'avoir beaucoup de consommateurs, votez pour moi. En revanche, si le marché veut brader la souveraineté en bradant le patrimoine, ne votez pas pour moi ! Il faut plutôt me craindre, dans ce cas-là », a-t-il lancé.

El voilà comment la presse conservatrice brésilienne relance Lula comme la grande menace, il semble que le candidat contre Lula est le marché !!!!

Et Lula donne encore une fois sa réponse : « ce marché qui me voit comme un démon me flattait pendant mes mandats. Je n'ai jamais eu peur de lui parler. Comparons les données économiques à mon arrivée au gouvernement et à mon départ. »

Lula de façon sereine a assuré qu’il n’a pas gardé de « rancœur », il a remercié un certain nombre de personnalités, parmi lesquelles le pape François et ceux qui étaient allés lui rendre visite, en citant notamment Anne Hidalgo et le président argentin Alberto Fernández.

Lula en février 2020, trois mois après sa libération a été reçu par le Pape. La rencontre avait eu lieu à la résidence Sainte-Marthe, lieu de vie du Pape, et non au Palais apostolique, soulignant le caractère privé de l’échange entre les deux hommes. Quand Lula était en prison, il a reçu une lettre du Pape François qui disait « La vérité vaincra le mensonge, le salut vaincra la condamnation ».

Lula, cet homme sans grandes études est un autodidacte, il est capable de traiter différents thématiques sociales, politiques, économiques, culturels etc. Lula a appris à contextualiser la réalité économique, sociale et politique du Brésil mieux que de nombreux intellectuels et politiciens, dits sociologues. En tant que dirigeant syndical, il a été un excellent négociateur pour la défense des droits du travail et en tant que politicien un grand articulateur dans la lutte pour la démocratie brésilienne et ses droits.

Lula a quitté la présidence du Brésil, avec 80 % de ses concitoyens approuvant son action. Quelque soient les quelques ratés de ses gouvernements, Luiz Inácio Lula da Silva est le responsable politique de l’Amérique Latine qui a le mieux réussi. Cette réussite doit beaucoup à son charisme exceptionnel, sa bonne humeur, sa sensibilité sociale. Mais sa réussite est aussi son lien inséparable avec des mouvements sociaux et sa foi dans l’avenir meilleur pour le Brésil.

Lula reste Lula ! 

Il a réveillé l’espoir des brésiliens, son discours a eu un énorme impact auprès de l’opinion publique, même la TV Globo qui boycotte souvent tous les discours et événements sur Lula, cette fois, a mis son discours au journal du soir.

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