Bolsonaro jusqu’à quand?

Les poumons de mon Amazonie suffoquent, les Amazoniens pleurent leurs morts. J’ai perdu beaucoup d’amis(es). Jusqu’à quand la Cour suprême, la TSE, le Congrès national seront-ils complices de cette macabre folie nationale ?

Vous souvenez-vous de la rapidité du processus de destitution de la présidente Dilma Rousseff ? Dilma n’a commis aucun crime, cependant, sa destitution a été orchestrée et préparée par les forces conservatrices, les médias commerciaux et le système judiciaire en un temps record !

La réélection de Dilma Rousseff avait laissé l’élite conservatrice brésilienne sous le choc et tout devait être fait pour empêcher sa gouvernabilité. Tout a commencé par la contestation du résultat de l’élection par Aécio Neves qui avait le soutien des médias commerciaux. En fait, ils  avaient donné une large couverture aux manifestations contre le gouvernement depuis 2013. L’opposition parlementaire, les médias commerciaux ont créé un récit selon lequel l’État avait été saccagé par un gang composé de membres du PT, de syndicalistes et de mouvements sociaux dans le but de s’enrichir personnellement illicitement. Le PT cherchait, selon eux, à pérenniser un projet de pouvoir. Cette campagne commence à prendre forme dès 2013 ! Plus que vouloir virer Dilma Rousseff, l'enjeu des manifestations était de « supprimer la perversité de la politique brésilienne », incarnée par le PT et ses dirigeants.

Alors que la destitution de Dilma Rousseff était en cours, la Cour suprême a laissé Moro et l’opération « Lava Jato » élaborer une stratégie de « lawfare » politisant les affaires de justice et appliquant des méthodes de l’État d’exception. L’objectif était de faire de Lula un chef de gang.  Le slogan « CorruPTos », imprimera la forme de lutte politique de déconstruction du PT. Ce slogan sera très présent dans les affiches parus lors des manifestations largement diffusées dans les médias commerciaux, les journaux, la radio et la télévision. Le PT était le seul responsable de la corruption brésilienne ! Le réseau Globo sera le protagoniste de la campagne anti-petista. La guerre contre la corruption basée sur les médias grand public, dans les réseaux sociaux liés à la droite néolibérale et à l’extrême droite s’est organisée dans le cadre d’une stratégie politique visant le Parti des travailleurs et sa figure emblématique : Lula.

En même temps, la chute de Dilma a été préparée, tout comme l’arrestation de Lula ! Ensemble, ces forces se sont organisées pour confisquer la démocratie au nom de la lutte contre la corruption.

La démission de Dilma Rousseff est un imbroglio politique et juridique machiavélique qui ouvre une période d’instabilité politique au Brésil. C’était un coup parfait, apparemment constitutionnel, diffusé en direct à la télévision dans une scène d’hystérie totale. La droite, l’extrême droite et ses alliés, les médias traditionnels, le monde des affaires, les juges conservateurs, le groupe parlementaire évangélique, les classes hégémoniques réorganisées entravaient la  poursuite d’un projet de développement politique avec inclusion sociale et souveraineté nationale.

Un accord national majeur portera au pouvoir le vice-président Temer qui a trahi tous les engagements pris envers le parti des travailleurs. Le nouveau Président démantèlera tous les programmes d’inclusion sociale liés aux droits de l’homme, au logement, à l’éducation, à la santé et au travail. Ces programmes d’inclusion sociale avaient façonné la réputation de Lula et Dilma sur la scène internationale.

Après avoir comploté la destitution de Dilma Rousseff, ces forces conservatrices sont devenus des propagandistes de la prison de Lula. Le résultat de cette hystérie punitive de Sergio Moro soutenue par la Cour suprême, les secteurs conservateur et médiatique ont ouvert la voie à un climat de confrontation et de haine et à une escalade de la violence jamais vue au Brésil.

Sans aucun doute, lorsque nous nous souvenons de la mémoire politique de cette période, nous ne pouvons pas exempter le réseau Globo, les médias conservateurs et une partie des membres du pouvoir judiciaire pour la montée de l’extrême droite au Brésil. La victoire de Bolsonaro n'est pas le fruit du hasard !

Depuis son arrivée au pouvoir, Bolsonaro commet des atrocités eta porté atteinte aux principes constitutionnels sans être dérangé jusque-là dans sa trajectoire fasciste insensée. Avec la pandémie du coronavirus plus de 200.000 brésiliens sont morts au Brésil ! Le comportement négationniste de Bolsonaro et de ses partisans provoque une crise sanitaire et sociale sans précédent dans le pays. Les décès causés par une action gouvernementale inopérante sont une réalité dramatique. Bolsonaro et la persistance de son gouvernement à nier le danger du coronavirus, à nier l’évolution de la science, des vaccins provoquent un nombre considérable de décès qui auraient pu être évités. Le pire, c'est son sarcasme face au drame national ! Il y a d'innombrables raisons pour lesquelles Bolsonaro devrait être  destitué du pouvoir.

D'où la question : pourquoi a-t-il été si  facile et si rapide de révoquer un président sans crimes et pourquoi aujourd'hui met-on si longtemps pour destituer un président qui accumule les crimes constitutionnels ?  

Les poumons de mon Amazonie suffoquent, les Amazoniens pleurent leurs morts. J’ai perdu beaucoup d’amis (es).

Jusqu’à quand la Cour suprême, la TSE, le Congrès national seront-ils complices de cette macabre folie nationale ?

Combien de temps croiseront-ils les bras devant ces génocidaires ?  

 

 

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