L’ombre de l’extrême droite hante le Brésil

Le Brésil affronte une situation politique extrêmement grave, où les semences de la haine se propagent et la xénophobie se diffuse impunément.

Le Brésil affronte une situation politique extrêmement grave, où les semences de la haine se propagent et la xénophobie se diffuse impunément. La façon dont les habitants du nord-est, les Noirs, les Indiens, les homosexuels et les pauvres sont traités dans l’actuelle campagne présidentielle montre l’existence d’un type de néofascisme et néonazisme en plein essor dans le pays, et plus particulièrement dans les régions du sud et sud-est. Toutefois, malheureusement, ces comportements sont aussi présents dans d’autres régions brésiliennes. Ne pas reconnaître ce danger, c’est banaliser la situation. Il existe un terrain fertile pour l’implantation de ces idéologies néfastes au Brésil.

Il suffit de regarder les résultats électoraux du Pasteur Feliciano, de Celso Russomanno à São Paulo, de Jair Bolsonaro et de Luis Carlos Heinze. En donnant leur suffrage à ces candidats, les électeurs ont légitimé la présence de l’extrême droite au parlement brésilien. Au-delà du succès électoral nauséabond de ces élus, de nombreux journalistes des chaînes de télévision et des magazines du groupe « Abril » diffusent des mensonges, incitent à la haine du PT, au racisme, à la violence et, sans complexe, assument les idées de l’extrême droite.

Un autre danger est la croissance du fondamentalisme religieux, le niveau du fanatisme est terrifiant. Tous ces groupes soutiennent inconditionnellement le candidat Aécio Neves. Il y a, dans ce cas, une affinité idéologique avec le programme néolibéral du candidat.

Si l’ensemble de la gauche brésilienne ne réussit pas à s’unir dans ce deuxième tour, n’envoie pas ses militants dans la rue pour discuter avec le peuple sur ce danger, la droite brésilienne réactionnaire qui se réorganise depuis des années et compte sur une stratégie de communication adroite auprès de l’opinion publique retournera certainement au pouvoir. Sans exagération, les pièges sont en place pour renverser Dilma et l’on ne peut pas ignorer le risque pour la gauche de perdre les élections. Cependant, plusieurs groupes de la gauche brésilienne n’ont pas encore compris que la société est majoritairement conservatrice.

Le moment est à la résistance républicaine et non à la division. Pensez avant d’agir ! Si vous faites l’erreur de voter blanc ou nul, vous serez responsables du retour de la droite et de la destruction de toutes les conquêtes sociales des gouvernements Lula et Dilma. En renonçant à voter Dilma, vous allez contribuer à ce que la droite et ses alliés à l’extrême droite emportent les élections et restent au pouvoir pour longtemps. Réfléchissez avant de décider, puisque il sera trop tard pour revenir en arrière. La droite conservatrice n’a guère de complexes à l’heure de  s’allier avec l’extrême droite. De plus, elle a entre ses mains la plupart des membres du pouvoir judiciaire, du  pouvoir économique, ainsi que le quatrième pouvoir (les médias), ce qui signifie qu’elle est suffisamment forte pour provoquer un coup d’Etat non militaire avec le soutien de ces apparats. L’hypothèse d’une défaite de  Dilma se répercutera sur  toute l’Amérique Latine et fragilisera le rapport de force des gouvernements de gauche et de centre-gauche.

Nous savons que la droite brésilienne a des alliés forts à l’international, dont le capital spéculateur, responsable de la crise de l’économie réelle qui parie sur la défaite de Dilma. Elle reçoit le soutien des gouvernements néolibéraux qui sont à la tête de la gouvernance mondiale. Il faut souligner que pour les adeptes du néolibéralisme, le monde global a uniquement deux acteurs majeurs : les entreprises et les consommateurs ; pour eux, les citoyens n’existent pas. Pour les théoriciens de la gouvernance mondiale, la notion de l’Etat devrait être enterrée, l’Etat devient un intrus. A la place de l’Etat providence apparait l’Etat entrepreneur, un bon actionnaire. Ce nouvel impérialisme est opéré comme un consortium international, qui dicte les directives pour règlementer la doctrine économique libérale. Le candidat Aécio Neves défend exactement cette conception néolibérale de l’Etat. 

Les gouvernements du PT et d’autres gouvernements de gauche et de centre-gauche d’Amérique Latine ont rompu avec la mondialisation de l’exclusion et ont fait l’option d’un « développement inclusif » où l’Etat a un rôle important et ceci gêne ce nouvel impérialisme. Ajoutons le fait que le Brésil, en faisant partie de la création des BRICS, représente désormais une menace pour les grandes puissances qui comptaient continuer à la tête de cette gouvernance mondiale, en dictant leurs règles au reste du monde. Le Brésil et les autres pays dits émergents ont brisé cette domination et sont aujourd’hui des acteurs importants dans un monde multipolaire.

Je rappelle aux camarades de la gauche non-PT, qui essaient de justifier leur choix avec l’argument que le PT est depuis des années au pouvoir et devrait retourner à l’opposition ; ou que le PT a trahi la gauche et qu’il a accepté le soutien de Collor, Sarney et même de Maluf. Personne ne questionne le temps où la droite a gouverné le Brésil et gouverne encore la plupart des Etats fédérés brésiliens. Il est aussi difficile de concevoir comment des personnes ayant un passé lié aux luttes sociales peuvent déclarer leur soutien à Aécio, le candidat des couches les plus réactionnaires et néofascistes du Brésil.

Il faut souligner que la gauche a toujours été une minorité, et que peu de ses partis sont représentés au parlement brésilien. Malheureusement, une partie de la gauche brésilienne dans sa diversité n’a pas encore compris que sans une véritable réforme politique il est impossible de gouverner une république fédérale uniquement avec des partis de gauche. De plus, la dépolitisation de la population brésilienne est de plus en plus répandue, et un grand effort pédagogique devient nécessaire pour expliquer l’importance de la politique au quotidien. Intensifier le dialogue avec la population et les bases populaires est urgent et nécessaire.

Depuis le temps de la dictature, la droite au Brésil participe activement à la dépolitisation des masses. Aujourd’hui, c’est une stratégie politique pour la reprise du pouvoir sans trop d’opposition. La droite prêche l’atomisation de la société et alimente le désenchantement idéologique sans aucune analyse critique. Plusieurs courants environnementalistes renient aussi le rôle des partis politiques. Ils croient que la cause écologique n’est pas politique. Le nombre de personnes engagées localement sans conscience de la réalité globale augmente. Ces personnes se mobilisent pour leurs propres besoins et pour les aspirations du moment, mais cette mobilisation ne défendra pas forcement une cause d’intérêt collectif. Il y a aussi un déficit de formation politique des militants surtout en rapport avec les questions de citoyenneté politique. Un de nos grands défis aujourd’hui face à la dépolitisation et les abus de pouvoir est d’investir dans l’éducation pour l’exercice de la citoyenneté et du pouvoir.

La dépolitisation peut donner des éléments explicatifs sur pourquoi la Maison du Peuple abrite toujours un nombre important des représentants des Maîtres. Et cours des dernières élections, les candidats  de l’extrême droite ont eu les meilleurs résultats.

La pensée dialectique existe pour que nous puissions comprendre les contradictions de notre société et agir en conséquence. Je crois que le PT, en tant que parti et gouvernement, a commis quelques erreurs. Nous ne pouvons pourtant nier les bénéfices que les gouvernements du PT ont apportés aux populations misérables et pauvres. Ce projet de société ne peut pas être interrompu.

Les alliances que le PT a établi ne sont pas d’ordre idéologique, il n’y a pas d’accords avec l’extrême droite, les coalitions sont circonstancielles, en fonction des caractéristiques du système électoral brésilien qui est pervers et ne correspond pas aux avancés de la démocratie. Même si le PMDB et le PTB sont des partis historiques au Brésil, dans leur sein se trouvent des personnes qui ne sont pas engagées pour  la cause noble de la politique qui est celle des intérêts nationaux et non celle des intérêts personels. Les sénateurs Sarney et Collor font partie des figures questionnables mas nous ne pouvons pas accuser ces politiciens d’être proches de l’idéologie fasciste.

La déclaration de la Présidente Dilma en accueillant les mouvements sociaux et les organisations de la société civile qui ont réussi à coordonner un referendum populaire sur la réforme politique, a réaffirmé son engagement avec une telle réforme. Elle y a dit : « Je suis convaincue que le Brésil a besoin de la réforme politique. C’est l’un des points le plus importants de mon agenda, puisque c’est la mère de toutes les réformes. Le Brésil en a besoin tant pour pouvoir progresser institutionnellement que pour combattre la corruption ». Le reste dépendra de la capacité des groupes organisés à créer une coalition de force pour  que des réformes  structurelles soient faites, le gouvernement ne peut pas gouverner sans le peuple et, la démocratie y perdrait son défi.

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