La mobilisation contre la réforme «macronienne» des retraites

Avec l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir, la mise en œuvre du projet néolibéral en France est radicale. Les attaques contre le modèle social français sont permanentes. Mais la résistance s’organise, à nouveau, pour éviter l’effondrement total du modèle social hérité du CNR. Il n'y a pas d'espoir sans risque! Soyons donc le printemps 2020.

Le système de retraite par répartition est le bien commun des Français et ils peinent à le préserver et à l'améliorer.

Avec l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir, la mise en œuvre du projet néolibéral en France est radicale. Les attaques contre le modèle social français sont permanentes. L'une des premières mesures prises par le gouvernement a été de réduire la fiscalité des riches. Cette exonération continue des cotisations privera la Sécurité sociale de recettes tout en augmentant le déficit. Mais le gouvernement ne cherche pas à corriger ce déséquilibre en demandant aux plus riches un peu plus de solidarité. Au contraire, il continue de pénaliser la classe moyenne et les pauvres.

La réforme de la sécurité sociale n'est qu'un aspect des politiques néolibérales mises en œuvre par les gouvernements successifs, au cours des dernières décennies, qu'elles soient de gauche ou de droite. Le dogme capitaliste néolibéral et son idéologie adoptée par Macron est un processus continu, à travers l’Europe, qui détruit la solidarité en tant que valeur et place les intérêts capitalistes au-dessus des libertés publiques.

Or, ces dernières années en France, la réduction des dépenses publiques a structurellement dégradé les services essentiels de santé et d'éducation publique, tout en ouvrant la voie à de nouvelles privatisations.

Impossible de dissocier la réforme du code du travail, celle de l’indemnisation du chômage ou encore des retraites de l'avancée de l'idéologie néolibérale qui s'est répandue en Europe et dans le monde. Cette doctrine a répandu dans le corps social la notion de compétitivité, de rentabilité et de méritocratie, mots-clés d’un discours formaté, martelé pendant des décennies jusqu'à gagner l'adhésion de l'opinion publique.

Le néolibéralisme en tant qu'idéologie considère la concurrence comme la principale caractéristique des relations humaines et les institutions souveraines de l'État providence comme des obstacles aux échanges économiques et aux flux financiers. De façon brutale, il affirme la suprématie de l'économie et du marché sur les valeurs humaines et l'environnement.

Les Français ont connu la perte de leurs acquis sociaux au nom de l'efficacité économique et ils ont vu leur État capituler face à l'idéologie néolibérale. Le mouvement des « gilets jaunes » a organisé une forme de résistance qui, depuis un an, transforme les samedis en journée de protestation, à travers tout le territoire français, pour dénoncer la politique d'austérité de Macron et sa pseudo politique écologique. La répression de ce mouvement spontané de la France des invisibles a été d'une grande violence.

Aujourd'hui, les Français aux côtés des forces sociales descendent dans la rue pour protester contre la nouvelle réforme des retraites. La défense des biens communs et des services publics doit être retirée de la logique lucrative de l'exploitation privée.

Cependant, l'administration Macron a progressivement détruit le modèle social créé par le CNR - Conseil National de la Résistance - après la victoire contre le nazisme. Dans une alliance sans précédent, le CNR composé des gaullistes, des communistes, des socialistes et des centristes avait alors établi un programme pour une « société plus juste », ouvrant la voie à une renaissance démocratique dans le pays.

Le programme politique adopté par le CNR avait été mis en place après la guerre : création de la Sécurité sociale pour tous, nationalisation des entreprises stratégiques, organisation politique de la société, etc. Le programme établissait aussi "une éthique de la vie sociale, une primauté accordée à l'intérêt général, un renforcement des droits de l'homme". Bien sûr, les patrons français n'appréciaient pas ce programme, mais beaucoup avaient été discrédités pour avoir collaboré avec les Allemands pendant l'occupation et, à cette époque, ils n'avaient aucun moyen de s'y opposer. Un point intéressant à noter est que le CNR avait également organisé l'indépendance de la presse vis-à-vis de l'État, des pouvoirs de l'argent et des influences étrangères.

Le Conseil National de la Résistance est un puissant symbole de l'après-guerre qui a marqué la fondation du modèle social français et il menace d'être définitivement enterré par le gouvernement Macron, avec le soutien inconditionnel des patrons français.

Il reste cependant dans la mémoire nationale comme un idéal de l'État providence, à une époque où « l’exception française » est critiquée et considérée comme arriérée, fossilisée dans un modèle n'existant nulle part ailleurs dans le monde.

Mais la résistance s’organise, à nouveau, pour éviter l’effondrement total du modèle social hérité du CNR. La standardisation d'un modèle néolibéral unique pour le fonctionnement de toutes les sociétés n'est pas dans l'ADN de la société française !

En France, la vocation principale des services publics a toujours été de répondre aux besoins de la population en assurant l'exercice effectif des droits fondamentaux pour tous, sans discrimination d'aucune sorte, tout en respectant les valeurs de liberté, d’égalité des droits, de fraternité et les principes de laïcité, de solidarité et d'unité territoriale de la République.

Après deux semaines de grève, les Français ont montré qu'ils étaient déterminés à affronter l'idéologie néolibérale de Macron.

Selon le dernier sondage d'opinion (groupe Elabe), près de la moitié des personnes interrogées (46%) pensent que la responsabilité des conflits sociaux incombe au gouvernement et à Emmanuel Macron. Et si 54% de la population française continue de soutenir et d'approuver la mobilisation anti-réforme, près des deux tiers (63%) pensent qu'elle devrait s'arrêter pendant les vacances. Noël sera probablement sans neige et les français resteront au chaud pour revenir dans la rue après les vacances.

Il n'y a pas d'espoir sans risque !

Sans engagement politique, l'avenir sera amer.

Il n'y a pas de miel sans fleurs ni abeilles,

Soyons donc le printemps 2020.

La beauté n'est pas privée de révolte !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.