Brésil, une jeune démocratie malmenée

Des manifestations contre le coup d'Etat ont eu lieu dans tous les Etats brésiliens, mais toutes les chaînes du réseaux Globe et ses associés les ont boycottées et leur ont donné très peu d'écho. Voici une lettre ouverte aux médias européens écrite par les représentants des Brésiliens à Bruxelles qui intègrent le front populaire contre le coup d'Etat.

La situation au Brésil est assez grave et les méthodes d'un état d'exception sont en marche. Les manifestations contre le coup d'Etat ont eu lieu dans tous les Etats brésiliens, mais toutes les chaînes du réseaux Globe et ses associés les ont boycottées et leur ont donné très peu d'écho. Par contre, les Brésiliens ont été incités à manifester contre le gouvernement par tous les moyens de communications. Voici une lettre ouverte aux médias européens écrite par les représentants des Brésiliens à Bruxelles qui intègrent le front populaire contre le coup d'Etat.

 

 


Lettre ouverte aux médias européens 

 

Au vu des derniers bulletins d’information traitant de la conjoncture brésilienne, de la lutte contre la corruption et de la condamnation des personnes impliquées qui sont actuellement diffusés par les médias européens de langue française, nous, citoyens et citoyennes brésiliens vivant en Europe, désirons, au travers de cette lettre, exprimer notre surprise et notre perplexité face à la manière dont ces événements ont été relayés par certains acteurs médiatiques.

Etant donné l’actuelle complexité du paysage institutionnel, politique et économique brésilien, il nous semble fondamental de demander que soit appliquée la nécessité journalistique qui consiste à soumettre les informations véhiculées à l’analyse de sources différentes.

Nous considérons qu’il est essentiel que les informations divulguées s’appuient sur différents points de vue, car c’est à partir d’eux que l’on peut percevoir les nuances des faits, tout en maintenant une véritable éthique journalistique.

Ce qui nous a surpris, c’est qu’à aucun moment, ce que nous avons pu entendre à la radio ou voir à la télévision n’a pris en considération les faits relevant de la conjoncture historique actuelle du Brésil.

Ainsi, par exemple, ce que soulignait le juriste Fabio Konder Comparato lors d’une récente interview donnée à Eduardo Maretti pour la chaîne Brasil Atual  à propos de la conjoncture brésilienne et du rôle des médias : « Ce qui a toujours dominé au Brésil, c’est un groupe oligarchique formé par des potentats économiques et privés associés dernièrement aux grands agents de l’Etat. (…) Et toutes nos crises viennent du conflit qui se produit dans ce groupe oligarchique. »

Il se fait que les médias brésiliens sont les porte-parole de ce groupe et pour se maintenir au pouvoir, les groupes oligarchiques qui dominent ces médias ont inventé des faits, produit de faux héros et de fausses informations, instaurant un climat de haine, de peur et de terreur.

Cela dit, nous croyons dans le rôle de la presse européenne comme défenseur des valeurs démocratiques et nous espérons que les journalistes qui couvrent aujourd’hui l’actualité brésilienne s’engageront dorénavant à diversifier leurs sources et à prendre en considération les rapports entre les forces présentes dans les luttes qui se déroulent dans notre pays et qui menaçent les positions de pouvoirs oligarchiques.

Enfin, la presse européenne ne devrait pas se rendre complice de médias brésiliens qui, pour des intérêts particuliers, manipulent des informations et engendrent un chaos qui menace, au-delà de la permanence ou non d’un parti au pouvoir,  un Etat de Droit et une démocratie récemment conquis.

En solidarité avec la Frente Brasil Popular, nous signons cette lettre.

Camelia Prado, Edmilson Alves de Medeiros, Ermeson Vieira Gondim, Isabel Duarte, Maria Sueli Peres

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.