Questions sur politiques environnementales en Amazonie

Entretien avec Violet Refkalefsky Loureiro, docteur en sociologie du développement de l'Université Paris III...

Entretien avec Violet Refkalefsky Loureiro, Docteur en sociologie du développement de l'Université Paris III ; post-doctorat en sociologie de l'Université de Coimbra ; Master en sociologie de l'UNICAMP; professeur. Emérite de l'Université fédérale du Pará - Brésil.

 

  1. Qu'est-ce qui a évolué concrètement en termes de politiques environnementales en Amazonie ? Comment analysez-vous la politique actuelle en matière d'impact environnemental de l’Amazonie ?

Bien que la législation soit restée pratiquement inchangée, il faut signaler deux grandes avancées au cours des deux dernières décennies. En 2003, par exemple, la déforestation dans la région atteignait 24 597 km2 (données de l'INPE - Institut national de recherche spatiale), un nombre très proche des taux alarmants des décennies précédentes. Avec l’arrivé du gouvernement Lula au pouvoir il y a eu une réduction drastique de la déforestation, qui s'est poursuivie sous le gouvernement de Dilma Rousseff. En 2011/2012, la déforestation a atteint 4 656 km2 par an (INPE). Avec la crise politique et économique à la fin du deuxième gouvernement de Dilma Rousseff, la vigilance environnementale s'est quelque peu relâchée, la déforestation atteignant 7 989 km2 par an (INPE).

La réduction de la déforestation dans les gouvernements de Lula et de Dilma résulte de deux facteurs principaux : un contrôle accru et le moratoire sur le soja. Le moratoire était un accord signé entre des importateurs de soja, des entités représentatives des producteurs de soja du Brésil, des ONG environnementales et, plus tard, le gouvernement lui-même, prévoyant l'adoption de mesures contre la déforestation en Amazonie et le refus d'acheter du soja produit dans la région. L'accord avait initialement une durée de deux ans à compter de 2006 mais il a été renouvelé. Comme cet accord n'a pas touché le centre-ouest du pays, les grandes plantations du soja ont progressé dans des zones du biome de « Cerrado », situées dans le centre-ouest. Cela met en péril non seulement la région du centre-ouest, mais également tout le Brésil, car dans le Cerrado se trouvent 6 fleuves qui forment les principaux bassins hydrographiques brésiliens : Parnaíba, Paraná, Paraguay, Tocantins-Araguaia, São Francisco et même certaines rives droites du bassin amazonien. Deux conclusions au moins peuvent être tirées : la question environnementale n’est pas une question de politique publique d’État ; elle dépend des gouvernements locaux et cela change en fonction de la nature des gouvernements et des pressions internes et externes exercées sur les gouvernements; et aussi, que l'État brésilien ne fait généralement pas face aux problèmes directement; généralement, il transfert d’une région à l’autre les problèmes ou procède des ajustements par ici et par là en retardant les solutions définitives.

  1. 2. Les recherches dans ces domaines ont-t-elles évoluées ?

Oui, on peut dire que du point de vue de l'environnement, depuis Eco-92, les progrès dans le domaine de l'environnement ont été énormes. Un des grands mérites du sommet Rio-92 était de diffuser le concept de biodiversité. Aujourd’hui, une bonne partie de la société sait que quand les forêts sont défrichées, ce n'est pas seulement la forêt Amazonienne qui est compromise : les rivières, les sols, les animaux, les insectes, les pluies, la nappe phréatique, etc. On comprend aujourd'hui que la région Amazonienne est le plus grand laboratoire de génétique de la planète et que le développement ne se fait pas par l'exploitation minière ni par l'agroalimentaire, qui détruisent la biodiversité et accroissent les inégalités sociales. Ils concentrent les revenus sur des multinationales qui ne sont pas articulées avec l’économie nationale et les sociétés de la région. Les recherches démontrent depuis longtemps que nous pouvons conserver la forêt au maximum, intensifier la richesse de la nature avec des espèces indigènes et tirer parti des espèces végétales et animales pour la production de nouveaux médicaments, de nouveaux aliments (avec les fruits aux saveurs uniques de la région), de nouveaux produits, pisciculture etc. Pourquoi ne pas faire ça ? - Parce que les gouvernements trouvent plus facile de financer l'agroalimentaire que de s'organiser avec les universités et les laboratoires de recherche pour tirer parti des résultats des recherches déjà effectuées. C’est ce que font les pays développés, mais au Brésil, l’ancien modèle agro-exportateur de matières premières et un modèle renouvelé de la « casa grande & senzala » sont prédominants. Et les gouvernements ne relient pas l'augmentation de la criminalité à la concentration de revenus, à la pauvreté, au chômage et au manque d'éducation dans le modèle. La relation homme / nature (en particulier en Amazonie) a également été largement étudiée. On sait aujourd'hui que les populations traditionnelles accumulent énormément de connaissances sur la nature, qui ne sont pas non plus exploitées à leur avantage.

  1. Aujourd'hui, avec le gouvernement de l’extrême droite de Jair Bolsonaro, existe-t-il des risques de régression ?

Au cours de la campagne électorale, Bolsonaro a annoncé une série de revers, tels que l'exploitation minière sur des terres indigènes, la fin des pénalités des amendes dans le domaine de l'environnement et d'autres. Actuellement, au bout d’un peu plus de 100 jours, son gouvernement est affaibli par les affaires et il manque de compétences dans la gestion du pays, il n’a aucune base concrète d’appui. Les critiques sont constantes et pertinentes. Elles viennent de tous les côtés, y compris de son parti. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de revers dans les domaines de l’environnement et du social, mais je pense qu’au moins l’idée d’exploiter des terres indigènes doit être écartée, après les catastrophes liées à rupture de trois barrages miniers : 2 à Minas Gerais, l’un avec 19 morts et l’autre avec plus de 300 morts et un troisième au Rondônia. Nous sommes confrontés à des incognitos, des mystères sur ce gouvernement sur les questions socio-environnementales, peut-être il n’arrivera pas à la fin de son mandat… Les militaires qui sont ses principaux supports semblent hésiter entre modérer leurs propos et de critiquer.  

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