Huit choses en France que Trump ferait mieux d’imiter plutôt que son défilé militaire

De l'environnement à la santé en passant par le contrôle des armes à feu et l'enseignement, la France fait mieux que les États-Unis.

[Deuxième livraison de « La France vue d’ailleurs », une série de traductions d’articles de la presse et la littérature progressistes et anglophones, et ma façon de remplir une période de disette en matière de traductions rémunérées.
Ici, nous venons à la rencontre d’une vision, très répandue à l’étranger, d’une France enviée par tant de progressistes autour du monde, celle qui a su, pour le bien de tous, mettre en œuvre une vraie politique de service public. Pour nous Français, cela pourrait être une liste non exhaustive de ce que la politique macronienne est bien déterminée à détruire.
Cet article d’Elliott Negin est paru dans le journal en ligne
AlterNet le 26 février 2018.]

Le Président Trump a été tellement impressionné par le défilé militaire qu'il a vu à Paris le 14 juillet qu'il a donné l’ordre au Pentagone d’en prévoir un, plus grand, à Washington.

« C’est un des meilleurs défilés que j'ai jamais vus », déclare Trump à la presse  lorsqu’il rencontre le président français Emmanuel Macron à New York en septembre pour l'ouverture de l'Assemblée générale de l'ONU. « Ça a duré deux heures pile poil, et c'était de la force militaire et, je pense, quelque chose de fantastique pour la France et pour l'esprit de la France. Nous allons devoir essayer de faire mieux. »

Le Président Trump a été tellement impressionné par le défilé militaire qu'il a vu à Paris le 14 juillet qu'il a donné l’ordre au Pentagone d’en prévoir un plus grand à Washington. © Whitehouse.gov Le Président Trump a été tellement impressionné par le défilé militaire qu'il a vu à Paris le 14 juillet qu'il a donné l’ordre au Pentagone d’en prévoir un plus grand à Washington. © Whitehouse.gov
Bien sûr que Trump veut faire mieux. Tout de Trump est « énorme », de la foule le jour de son investiture à son bouton nucléaire en passant par sa réduction d’impôts. Mais si le président veut vraiment faire mieux que la France, voici de formidables choses françaises que les États-Unis feraient bien d’imiter.

1. Les Français sont plus en sécurité.

Après la fusillade en masse la semaine dernière dans un lycée en Floride, Trump tweete ses « prières et condoléances » aux familles des victimes. De plus, ses premiers commentaires se concentrent sur la santé mentale, pas sur les armes à feu, malgré le fait qu’au début de l'année dernière il ait signé un projet de loi révoquant une mesure de l’ère Obama qui rendait plus difficile aux personnes atteintes de maladie mentale d’acheter des armes à feu.

Les Français, en revanche, proposent bien plus que de vides platitudes : ils ont de strictes lois sur les armes à feu. Un citoyen français qui veut acheter une arme à feu doit faire la demande d’un permis de chasse ou d’une licence sportive, ce qui est conditionné à une évaluation psychologique, et si le permis est accordé, il faut le renouveler tous les cinq ans. Par ailleurs, les ventes d’armes sont fortement réglementées et sont soumises à des vérifications d’antécédents officielles.

Aucun doute que ces contrôles plus strictes donnent des résultats : La France a sensiblement moins de civils armés et moins de décès par balle par habitant que les États-Unis.

En 2013, par exemple, il y avait environ 10 millions d’armes à feu, légales et illégales, en France, dont la population à l’époque était de 66 millions. Cette année-là, 1 750 personnes ont été tuées par balle, ce qui représente 2,65 décès pour 100 000 personnes.

En revanche, les États-Unis, dont la population était de 316,2 millions en 2013, avaient environ 357 millions d’armes à feu en circulation, ou plus d'une arme par personne, et il y a eu 33 636 décès par balle, ou 10,64 décès pour 100 000 personnes, quatre fois le taux de la France.

2. Les Français sont en meilleure santé.

Le système de soins hybride public-privé de la France est uniformément considéré comme étant parmi les meilleurs au monde. L'année dernière, la France tenait le 18e rang dans la catégorie santé de l'indice de prospérité annuel de l'Institut Legatum, qui classe 149 pays selon leurs résultats en matière de santé, de performance économique, de qualité de l’éducation et six autres catégories. Le système de soins de santé des États-Unis était classé 30e.

Comme toutes les nations industrialisées, toutes sauf les États-Unis, la France a une couverture de santé universelle. Tous les citoyens français sont couverts par l'Assurance Maladie publique, et la plupart ont également une assurance privée complémentaire par leur emploi ou dans le marché privé. Le gouvernement fixe les prix des consultations et des procédures et les rembourse à 70 %. Ça ressemble au Medicare et Medicaid américains, mais comme le système couvre la totalité de la population, le gouvernement français dispose de plus de leviers pour maintenir des prix bas.

Les États-Unis dépensent plus de deux fois par habitant sur la santé que la France, mais les bébés français ont de meilleures chances de rester en vie et de vivre plus longtemps que les nouveau-nés américains. Le taux de mortalité infantile de la France, selon les données 2015 de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), est de 3,2 décès pour 1 000 naissances vivantes. À 5,7 décès pour 1 000 naissances, la mortalité infantile des États-Unis est plus importante que dans toute démocratie industrialisée comparable. Et à propos de la fin de vie, la France revendique une espérance de vie, hommes et femmes compris, de 82,4 ans, la plaçant au 9e rang dans une étude OMS de 2015. Quant aux États-Unis, ils sont classés à la 31e place, avec une espérance de vie générale de 79,3 ans.

3. Les Français mangent mieux.

Le taux d’obésité en France est de 15,3 %, légèrement mieux que les 15,9 % de l’ensemble de l’Union européenne. En revanche, presque 38 % des adultes américains sont obèses (y compris le Président Trump, qui aurait triché sur sa taille pour éviter d'être classé obèse).

Les statistiques françaises et américaines sur la nourriture et l'agriculture racontent une histoire similaire sur les disparités entre les deux pays. En 2017, la France était classée 1ère pour la deuxième année consécutive dans l'Indice de durabilité des systèmes alimentaires, qui évalue 34 pays du monde selon trois catégories : perte et gaspillage alimentaires, défis nutritionnels et agriculture durable. La France a surclassé tous les autres pays dans la réduction du gaspillage alimentaire et est arrivée 4e  dans la nutrition grâce à ses programmes favorisant des régimes sains. Dans la catégorie de l’agriculture durable, elle a été classée 3e, en grande partie grâce à un programme national d'agroécologie qui, entre autres, encourage les agriculteurs à réduire de moitié leur utilisation de pesticides à l’horizon 2025 et à pratiquer la rotation des cultures pour augmenter la fertilité des sols.

Les États-Unis, en revanche, sont classé 21e globalement, principalement en raison de ses politiques qui entretiennent de mauvaises habitudes alimentaires et de ses pratiques agricoles industrielles destructrices. La très forte consommation dans le pays de viande, de gras saturé et de sucre a placé les États-Unis au 24e rang dans la catégorie de la nutrition. Seuls les Australiens mangent plus de viande que les Américains, mais pas beaucoup plus, et la consommation de sucre aux États-Unis est la plus importante de tous les pays de l’étude. Résultat ? Plus de 40 % des enfants américains sont en surpoids, le taux le plus fort de tous les pays analysés.

Au rang de 31e sur 34, le classement des États-Unis pour l'agriculture durable est bien plus inquiétant. Seuls l'Inde, la Tunisie et les Émirats Arabes Unis sont moins bien classés. Le mauvais score des États-Unis tient à plusieurs facteurs, y compris l’élevage industriel, qui grève les ressources en eau et émet du méthane, et au fait qu'une fraction minuscule des terres agricoles est consacrée à l'agriculture biologique tandis que presque un quart de celles-ci sert à produire du bio-carburant et de l’alimentation animale.

4. Les Français rendent l'enseignement plus accessible.

La France fait commencer l'enseignement de ses enfants par un programme préscolaire gratuit dans les écoles maternelles. Avec un taux d’inscription préscolaire de 100 % pour les 3 à 5 ans, le pays est le leader des pays développés en 2014 selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), une association internationale.

Les États-Unis, où quelques États offrent des programmes préscolaires dès l'âge de 4 ans mais où la plupart n'offrent rien du tout, sont classés 36e sur 40 nations étudiées par l’OCDE. Selon le centre de statistiques sur l’éducation, le National Center for Education Statistics, en 2015, seul environ un tiers des enfants américains de 3 ans et 60 % de ceux de 4 ans étaient inscrits dans des programmes préscolaires.

Par ailleurs, la plupart des universités et grandes écoles en France sont subventionnées par l’État, ce qui permet de garder les frais de scolarité à des niveaux relativement faibles, même selon les normes européennes.

En 2007, les frais d’inscription des universités publiques en France s’élevaient en moyenne à 234 dollars par an (189 euros) pour une licence, 321 dollars [206 euros] pour une maîtrise, 487 dollars [395 euros] pour un doctorat, et 757 dollars [614 euros] pour un diplôme en ingénierie. Une licence s’obtient en trois à quatre ans en moyenne, ce qui fait que les étudiants dépensent entre 702 et 936 dollars [569 à 759 euros] pour toute leur préparation de licence. Il y a des options plus chères, mais comparé au coût de l’enseignement supérieur aux États-Unis, il s’agit toujours d’une bonne affaire.

Les États-Unis abritent les universités les plus prestigieuses du monde, mais elles sont également parmi les plus chères. Selon le College Board, le coût moyen des frais de scolarité et autres droits pour l’année scolaire 2017/18 était de 34 740 dollars [28 182 euros] pour les universités privées, et pour les universités publiques de 9 970 dollars [8 088 euros] pour les résidents de l’État et 25 620 dollars [20 784 euros] pour les non-résidents.

Ce coût élevé d'un diplôme universitaire charge les diplômés américains d’une dette qui peut les suivre une grande partie de leur vie d’adulte. Actuellement il y a plus de 44 millions d'emprunteurs avec plus de 1 400 milliards de dette en prêt étudiant, ce qui après les crédit immobiliers est la catégorie de dette de crédit à la consommation la plus élevée aux États-Unis. Pour la promotion de 2016, l’endettement moyen des étudiants s’élevait à 37 172 dollars [30 181 euros].

5. Les Français traitent mieux les travailleurs.

Le salaire minimum en France est de 9,88 euros de l’heure, l'équivalent de 12,25 dollars aux États-Unis. Aux États-Unis le salaire minimum est de 7,25 dollars [5,89 euros] de l’heure, certains États et municipalités exigeant maintenant pas moins de 15 dollars [12 euros].

La semaine de travail officielle en France est de 35 heures ; ainsi un employé français payé au salaire minimum gagne l'équivalent de 22 297 dollars [18 082 euros] par an et a droit à l'assurance maladie, un minimum de cinq semaines de congés payés et 11 jours fériés, jusqu’à 90 jours d’absence rémunérée, et un maximum de trois ans de congé pour raison médicale rémunéré, couvert par le système de sécurité sociale de l’État. Le congé de maternité, qui est d’au moins six semaines avant l'accouchement et de dix semaines après, est rémunéré.

La plupart des employés touchant le salaire minimum aux États-Unis travaillant 40 heures par semaine gagnent 15 080 dollars [12 237 euros] par an. Les employeurs ayant plus de 50 employés sont obligés d’offrir des prestations de soins de santé ou bien de payer une pénalité, et la plupart ne donnent que deux semaines de congés payés en plus de dix jours fériés fédéraux. Les employeurs ayant au moins 50 employés doivent aussi accorder jusqu’à douze semaines de congé de maternité (ou d’adoption) ou de congé maladie « famille ».

À l'autre extrémité de l'échelle de salaires, les PDG américains gagnent bien plus que leurs homologues dans d’autres pays industrialisés par rapport à ce que les ouvriers gagnent en moyenne. En 2014, le rapport de salaire moyen entre un PDG et un ouvrier aux États-Unis était de 354 à 1, c’est-à-dire que pour chaque dollar payé à un employé, le dirigeant est payé 354 dollars, dépassant de loin le rapport de 148 à 1 en Suisse, le pays avec le deuxième écart salarial le plus élevé. En France, le rapport était de 104 à 1.

6. Les Français minimisent le rôle des armes nucléaires.

La France, qui a toujours maintenu une force nucléaire bien plus modeste que celle des États-Unis, a en tout 300 ogives déployées sur des sous-marins et des bombardiers. Dans les années 90, elle a éliminé ses missiles terrestres et signé puis ratifié le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICEN).

Les États-Unis, en revanche, ont quelque 1 590 ogives nucléaires stratégiques déployées sur des sous-marins, des bombardiers et des missiles balistiques intercontinentaux terrestres, ainsi que 2 390 ogives redéployables, actuellement stockées dans une réserve « de couverture », environ 500 ogives tactiques (de terrain) plus petites déployées et stockées, et environ 2 300 ogives dont le démantèlement est prévu. Les États-Unis ont signé le TICEN en même temps que la France, mais 22 ans plus tard, le sénat américain ne l'a toujours pas ratifié.

Les missiles balistiques intercontinentaux posent un grand problème. Les États-Unis les gardent en état d’alerte immédiate, ce qui augmente considérablement la possibilité d'un lancement accidentel, erroné ou non autorisé en réponse à une fausse alarme, un scénario bien plus probable qu’une agression effective. Plusieurs généraux à la retraite et d'anciens hauts fonctionnaires appellent à retirer ces missiles de leur statut d’alerte immédiate et d’autres demandent leur élimination totale. Sous Trump, un tel retrait est très peu probable, et en outre, la « revue de posture nucléaire » récemment publiée par le Pentagone baisse le seuil pour l'usage nucléaire.

7. Les Français protègent mieux l'environnement.

Deux études récentes ont classé la France bien devant les États-Unis en matière de protection de l'environnement. Dans l’indice de prospérité de l'Institut Legatum, la France est classée 4e sur 149 États étudiés. Les États-Unis étaient 34e. La deuxième étude, publiée annuellement par le programme d'indicateurs de gouvernance durable de la fondation Bertelsmann, a classé les États-Unis 39e sur 41 pays pour ses politiques environnementales, principalement en raison du refus du gouvernement américain de lutter sérieusement contre le changement climatique. Quant à la France, elle est classée 12e, en grande partie en raison de son leadership en diplomatie climatique internationale.

Le leadership français s’incarne dans son engagement contraignant, en tant que signataire de l’Accord de Paris sur le climat, à réduire les émissions du pays par au moins 40 % en-dessous des niveaux de 1990 à l’horizon 2030. En revanche, le gouvernement Trump a annoncé son retrait de l’Accord (impossible officiellement avant le 5 novembre 2020, le lendemain de la prochaine élection présidentielle américaine) et indiqué clairement qu’il n'a aucune intention d'honorer l’engagement des États-Unis.

Dans le cadre de son plan pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, le gouvernement français a annoncé en juillet dernier qu'il interdira la vente de véhicules essence et diesel d’ici 2040, et les constructeurs d'automobiles français sont déjà à l’œuvre. Peugeot, Citroën et Renault sont classés 1er, 2e et 4e dans une liste de 2017 de grands fabricants de voitures ayant les émissions de carbone les plus faibles, et Renault a commencé à vendre des voitures électriques en 2011.

Le gouvernement Trump, en revanche, veut affaiblir les normes d'économies de carburants. La commission de sécurité routière National Highway Traffic Safety Commission envisage maintenant de permettre à l’ensemble du parc de véhicules un niveau moyen de 6,4 litres aux 100 kilomètres d'ici 2026, bien plus que la condition de 5,04 imposée par le gouvernement Obama avec le consentement de l'industrie automobile. Selon une analyse de l’agence de protection de l'environnement, la Environmental Protection Agency, cela signifie que les voitures et les camions légers émettraient au moins un demi-milliard de tonnes supplémentaires de pollution par gaz carbonique et consommeraient 189 milliards de litres supplémentaires de carburant au cours de leur durée de vie.

8. Les élections françaises sont plus propres.

À la différence du système américain de corruption légalisée, la législation française sur le financement électoral interdit aux groupes d’intérêt l’accès à la politique. Les citoyens français peuvent faire don de jusqu’à 5 750 dollars (4 600 euros) à un ou plusieurs candidats pour une élection particulière, mais les entreprises, les syndicats et les groupes de pression ne sont pas autorisés à faire des dons aux campagnes ou aux partis politiques. En outre, le gouvernement a placé des limites sur les dépenses électorales selon le niveau de la fonction. Les campagnes électorales sont relativement courtes, et les chaînes de télévision et de radio nationales diffusent gratuitement les publicités de campagne de tous les candidats au cours des trois mois précédant une élection. Pendant cette période, toute publicité payée est interdite. Les citoyens sont automatiquement inscrits aux listes électorales le jour de leur 18e anniversaire et les élections se déroulent le dimanche pour faciliter le vote de tous.

Cette protection de l’influence de la finance et des grosses sociétés sur les élections est l’une des raisons clefs pour lesquelles la France surpasse les États-Unis dans plusieurs des catégories citées ci-dessus. Tandis que les intérêts particuliers, allant du lobby des armes à Wall Street en passant par les pollueurs industriels, gardent les États-Unis serrés de près, les élus français sont plus libres pour représenter les intérêts de leurs électeurs et non les intérêts étroits, comme aux États-Unis, de ceux aux portefeuilles bien garnis qui ont financé leur campagne et des « super PAC » [des « comités d’action politique » qui peuvent lever des fonds et dépenser sans compter en faveur d’un candidat sans financer directement sa campagne] non réglementés .

Alors, Monsieur le Président, au lieu de dépenser 50 millions de dollars pour un défilé fait pour montrer du matériel militaire hors de prix, que diriez-vous d’essayer de faire mieux que certains de ces réalisations françaises bien plus significatives ? L'Amérique a montré à maintes reprises qu'elle peut surpasser le reste du monde, mais l'histoire a également montré qu’il faut un vrai leadership pour le faire.

Dave Cooke, Marcia DeLonge, Joshua Goldman, Chanelle Kacy-Dunlap, Rachel Licker et David Wright ont aidé aux recherches pour cet essai.

Elliott Negin est rédacteur principal au groupe de scientifiques indépendants Union of Concerned Scientists. Il a publié dans de nombreuses publications, dont les revues Atlantic Monthly, Columbia Journalism Revie et The Hill.

Article d’origine en anglais

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