Le social entre annonces et réalité

Une semaine après le premier cri «l'Aide sociale à l'Enfance implose», faisons ensemble un point sur la situation. À quand un engagement aussi fort, un respect proportionnel de la part des politiques ?

Nous sommes le lundi 30 mars 2020, vous êtes bien sur la planète Terre, et plus précisément, en France. Je préfère prévenir, car on pourrait en douter.

Il y a tout juste une semaine, je publiais un texte suite au témoignage d’un collègue travailleur social quant à la situation à l’Aide Sociale à l’Enfance.

Cher.e.s collègues travailleur.se. sociaux.ales, vous demandiez des moyens, de la protection, une vigilance accrue envers les publics que nous accueillons généralement ? Vous avez été servi.e.s :

Lundi 23 mars, le Président Macron se rendait, en catastrophe, dans une structure d’accueil pour personnes sans abri. La veille encore, personne ne parlait des travailleurs sociaux. La communication de panique a cela de très intéressant qu’on la reconnait de loin. Mal ficelée, de bric et de broc, vague, elle laisse toujours passer des maladresses. L’illustration parfaite, s’il devait y en avoir une, c’est peut-être cette phrase-pépite prononcée par le Président « C’était émouvant de voir l’engagement des travailleurs sociaux ici », juste avant de quitter la structure, sous les applaudissements.

Le même jour, le secrétaire d’Etat chargé de la Protection de l’enfance faisait rédiger un communiqué de presse dans lequel il acceptait, enfin, que les enfants des personnels sociaux soient pris en charge comme ceux des personnels soignants. C’était là l’un des six points principaux. D’autres concernaient la continuité de service du 119 pour signaler les situations d’enfants en danger, ou encore la mobilisation des étudiants en travail social. Oui, ceux-là mêmes qui ont vu leurs stages suspendus du fait du coronavirus et à qui on demande maintenant d’aller renforcer les structures en difficulté…

Bref, c’était une journée intéressante pour un début de reconnaissance pour celles et ceux qui s’occupent de toute cette frange de population à laquelle personne n’a envie de penser, dans le confort de son quotidien. De ces travailleur.se.s de l’ombre, au sens le plus concret du terme, qui n’ont de reconnaissance ni sociale, ni politique, ni financière. De celles et ceux à qui ont dit « c’est courageux ce que vous faites, moi je ne pourrais pas », mais de qui on ne parle en général dans les médias que pour évoquer un système de travail défaillant, les abus d’une minorité qui donne le ton pour la majorité. On en a vu fleurir des émissions à ce propos, et encore tout dernièrement. Lorsqu’on parle du social, généralement, tout le monde pense « placements abusifs » en protection de l’enfance, et « maltraitance » dans tous les champs confondus.

L’espace d’un instant, certain.e.s ont voulu y croire. D’autres, désabusé.e.s, confiné.e.s au fond de leurs structures avec des usager.e.s en grande difficulté, ont regardé d’un œil distrait, se demandant ce qu’il faudrait encore payer après ce minuscule soubresaut.

Le principe de réalité a rapidement frappé : le même Secrétaire d’état à la Protection de l’enfance a pu dire à la radio le 26 mars « Sophie Cluzel [Secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées] a demandé à toutes les Agences Régionales de Santé de nous faire remonter tous les endroits, tous les problèmes rencontrés là où la continuité de l’accompagnement n’est pas assurée, contrairement à ce qui normalement devait être fait. Nous allons actionner un certain nombre de leviers pour y remédier et notamment des sanctions financières à l’attention de ces établissements qui n’assurent plus les activités qu’ils sont sensés assurer pour nos enfants ».

30% des enfants pris en charge par l’ASE présentent un handicap. Ça ne semble pas le choquer. Il ne parle à aucun moment de l’embolisation du champ de la protection de l’enfance du fait des manques de place dans le champ du handicap. Il ne parle pas du danger pour celles et ceux qui travaillent dans ces structures.

L’intégralité de l’interview (et notamment la suite, tout aussi croustillante) sont écoutables en podcast sur le site de la radio VivreFM. On peut aussi la trouver facilement sur les réseaux sociaux, partout où se trouvent des travailleurs sociaux. Car ceux-ci écoutent attentivement le peu de fois où les politiques parlent d’eux. On a vu fleurir des articles les concernant, depuis dix jours. Certain.e.s ont eu le courage de parler. Et, comme pour tous les sujets sensibles ces derniers mois, d’autres ont eu le courage d’écouter.

Car il faut être deux pour dénoncer une situation, lorsque celui qui a les moyens de parler n’a pas ceux de diffuser sa réalité.

Aussi, parce que personne ne peut mieux parler de sa réalité que celle.celui qui la vit, il me semblait nécessaire de continuer à donner la parole aux travailleurs sociaux, aux encadrants. A celles et ceux qui incarnent le social, qui mettent en pratique au quotidien des politiques pas toujours très sociales en y mettant, souvent tant bien que mal, une dimension humaine. Parce que ceux qui sont sensés en être les bénéficiaires, sont eux aussi maltraités par les médias, la politique et les privilégiés : usager.e.s comme professionnel.le.s de ces structures du social dans le même bateau de la stigmatisation. Le mauvais pauvre, le parent démissionnaire, l’addict vil, le travailleur social qui s’engraisse sur le dos de tout ce petit monde.

Cette fois, il fallait revenir sur la Protection de l’Enfance bien sûr, mais aussi se rendre auprès d’autres champs. Et parce que « le social » ce n’est pas que des travailleur.se.s sociaux.ales, j’ai aussi échangé avec des cadres, des directeur.rice.s.

L’idée, c’est de proposer un instantané de réalité, une semaine après le premier article, de ce qu’elles et ils vivent au sein de leurs structures. Et sans vouloir spoiler la fin de l’épisode, on est loin de ce qui est décrit par la classe politique.

Mais avant tout, petit détour en service d’Aide Sociale à l’Enfance. Cyrielle*, référente ASE, actualise les infos dont je disposais la semaine dernière : « Nous rendons compte régulièrement des situations depuis le confinement. Les travailleur.se.s sociaux.ales de permanences effectuent leur journée de travail sur le service, avec un.e cadre différent par jour, un.e gestionnaire administratif.ve et un.e secrétaire ».

Au quotidien, elle décrit l’organisation : « on travaille par téléphone, depuis chez nous lorsqu’on n’est pas de permanence. Nous avons reçu un mail dernièrement nous disant qu’il va y avoir des masques à disposition. On nous indique qu’on est prioritaire pour demander des dépistages du Covid si on doit se déplacer au domicile de personnes infectées. Dans la réalité, une collègue a cousu des masques pour son équipe dans l’attente».

Elle déplore que l’information circule mal, y compris dans les structures où les enfants sont accueillis. De façon générale, il y a eu plusieurs appels à volontariat, par divers canaux de communication, mais les collègues sont déjà très exposés dans le cadre de placements. Certain.e.s cependant ont accepté de se rendre dans des structures d’accueil et des foyers en renforts des équipes du quotidien.

Marc, lui, est directeur de plusieurs foyers, justement, de Protection de l’Enfance. Il a été le seul à décrire une situation, certes complexe, mais dans laquelle la fondation dont il dépend a pris à bras le corps le problème actuel, donnant à ce professionnel les moyens d’accompagner son équipe, les enfants, dans une sécurité relative mais avec une réflexion, des protocoles et des moyens réels et adaptés à la situation. Comme tou.te.s les pros avec lesquel.les j’ai pu échanger, Marc a tenu ce discours simple et clair : « Je ne le vois pas comme un métier mais comme mon engagement fondamental. Être auprès des enfants c’est une façon de se ressourcer. Je ne crois pas qu’on doive le faire pour se soigner, en revanche j’aime me sentir utile à la société, et c’est à cette place que je me sens utile. Les collègues viennent au travail tous les jours, prennent des risques pour eux-mêmes et leurs familles. Ils le font en toute conscience. Moi-même, je ne me suis pas posé de question, ça m’a semblé naturel d’être là. Mes enfants connaissent mon engagement, et la première question de ma femme ça a été ‘qu’est-ce qui va arriver à ces enfants’ ? »

Les professionnel.le.s de façon générale sont inquiets pour eux-mêmes, mais leur préoccupation principale, ce sont les personnes qu’ils et elles accompagnent. Marc l’a bien résumé : « ce confinement va avoir des effets chez les enfants et les adultes. Je pense beaucoup notamment aux violences sur des enfants dont on ignore tout actuellement. L’école joue un rôle précieux pour les identifier en temps normal, et en ce moment il n’y a plus de tiers ».

Martin, lui, est chef de service dans un service de prévention en protection de l’enfance. Sa situation est différente, alors même qu’il évolue dans le même champ ! Il raconte « On a été confrontés vite au Covid car il y a eu un cluster dans un département proche, où nous intervenons aussi. Il n’y avait pas directives particulières mais on était sensibles à la question. Nos équipes sont confrontées à des problématiques d’hygiène de façon régulière dans les prises en charge, donc on a déjà un ensemble de protocoles existants pour protéger nos personnels. Au début, on s’est inspiré de ça ». Mais, rapidement, un.e membre de l’équipe a été diagnostiqué.e Covid. Dans le même temps, son équipe n’a plus eu de gel hydroalcoolique et manquait de réponses : « Nous avons dû solliciter à de nombreuses reprises pour avoir des informations, et au départ, on nous a souvent renvoyé les mêmes directives à faire suivre aux équipes, c’est-à-dire les gestes barrière mais rien de plus ». À l’heure actuelle, ils ne disposent toujours pas des éléments de protection de base. Dans le quotidien, il leur a été demandé de « limiter les rencontres à domicile, de se concentrer dans la prise en charge pour les situations les plus lourdes, et de privilégier le lien téléphonique ».

Il fait le constat lui aussi d’une équipe soudée dans ce moment complexe, et plus que jamais engagée « l’équipe, consciente du nombre de situations ‘sur le fil’ au plan de protection de l’enfance, a tenu à continuer le travail. Rapidement, des urgences ont émergé, il a fallu tout de même se déplacer en domicile. Mon équipe a su s’adapter à la réalité du moment, très vite ».

Son agacement provient de la différence entre ce qui est affiché, annoncé, et la réalité sur le terrain. Concernant la garde d’enfants par exemple : « Nous avons été largement oubliés, Monsieurr Taquet est venu avec son guide de bonnes pratiques mais peu opérationnel dans la réalité. Le site du Conseil Départemental renvoie vers un lien sur celui la CAF et nous n’avons pas eu de retour à l’heure actuelle. Donc, il y a manifestement une possibilité de faire garder ses enfants mais nous, nous n’en savons pas plus. De mon côté, je n’ai pas connaissance dans mon réseau de pros du social, de collègues ayant bénéficié de ce « service » pour l’instant ! ».

Martin déplore d’ailleurs que le pouvoir central ait beaucoup renvoyé vers les Conseils Départementaux, au titre qu’ils sont gestionnaires et responsables des questions de Protection de l’Enfance. Mais pour lui, dans un temps aussi singulier, complexe et où les problématiques sont vitales, cela attise les différences de traitement, en fonction des moyens d’un département à l’autre, là où chacun.e devrait bénéficier d’aide de façon équitable.

Au quotidien, il décrit que « les problématiques habituelles de prévention et de protection de l’enfance sont augmentées par le Covid. On s’attend surtout à une gestion post-crise. On répond aux urgences actuellement (violences quand on les sait, alcoolisation, tiers digne de confiance en difficulté car pas du tout de tiers comme l’école). On commence à être calé.e.s sur la procédure de gestion de cette crise. Mais plus ça va durer, plus l’après-Covid sera difficile. On s’attend à faire de terribles découvertes dans le temps de l’après ».

Pierre travaille auprès de jeunes, en prévention spécialisée. Il évoque aussi une situation complexe. Son association n’a semble-t-il pas du tout pris la mesure de la crise sanitaire et il décrit aujourd’hui un quotidien qui reste complexe : « Je me suis tout de suite déclaré disponible auprès de la fondation pour laquelle je travaille. Personne n’avait anticipé, dans mon champ et dans mon territoire, l’idée même d’une pandémie. Il n’y avait pas de plan en amont, pas de réserves de matériel, pas de liste de personnel mobilisable. On a dû nous-mêmes essayer de trouver du gel hydroalcoolique en supermarché par exemple dans un premier temps ». Désormais et depuis quelques jours, il se trouve en télétravail et décrit une sensation d’« inutilité » au début du confinement.

Le lien passe habituellement par la présence, physique, sur le territoire de jeunes en grande difficulté. Rapidement, parce que c’est leur métier, ses collègues et lui ont puisé dans leur propre inventivité pour conserver le lien avec les jeunes et leurs familles. Pierre constate cependant au quotidien à quel point il est difficile pour ces jeunes d’appréhender la gravité de la situation, et donc de se confiner : « Les jeunes ne parlent pas d’eux-mêmes de l’actualité, ni de ce qu’ils peuvent ressentir. Les échanges restent encore aujourd’hui très centrés sur des besoins comme d’habitude, ils ne semblent pas prendre la mesure de la situation. La télévision est très loin de leur façon de consommer de l’information. Ils ne vont jamais chercher d’infos par eux-mêmes, leur fil d’actualité c’est Snapchat. Ils prennent tout de façon très premier degré, ils ne sont pas en capacité de prendre du recul face à ce qui leur est dit, si c’est une réalité, une fake news ». Depuis leur mise en télétravail, Pierre et ses collègues sont inquiets aussi car « les jeunes se trouvent en butte à la police. On ne peut plus faire tiers par notre présence et au téléphone, notre impact est limité. On essaye de tenir à la fois le discours de la règle, mais aussi celui de la santé, de les engager à prendre soin d’eux-mêmes et de penser à leur responsabilité envers leurs familles s’ils continuent à sortir ». Avec ce public, la sanction n’est pas forcément opérante. Quant aux familles, avec lesquelles, quand c’est possible, les travailleurs sociaux gardent le lien, Pierre explique qu’elles sont généralement « moins décalées de la gravité de la situation. Elles sont confinées et font le maximum pour que les jeunes sortent le moins possible. Ces parents sont défaitistes, certains vont être gravement impactés au plan économique. Mais ils sont lucides et font ce qu’ils peuvent avec les moyens du bord ».

Selim travaille quant à lui auprès d’un public de sans-abris consommateur.rice.s de drogues. Lui aussi est agacé : « nos décisionnaires ont plutôt suivi le fil de décision et la réactivité du gouvernement. Pour nous, c’était un peu tard. Il y a eu une prise de conscience presque au moment du confinement. Les médecins de l’asso eux-mêmes ne semblaient pas tout à fait prendre la mesure de la situation. C’est l’annonce générale du confinement qui a précipité la prise de conscience générale ». Avec ses collègues, il.elle.s ont participé autant que possible à la protection des usager.e.s de la structure d’accueil, en prenant en compte leur réalité déjà très difficile au quotidien.

Selim est inquiet lorsqu’il va travailler mais reste très engagé. La structure a par ailleurs aménagé le parcours d’accueil des usagers, et les salarié.e.s disposent de masques et de quoi se laver les mains. Il.elle.s ont aussi un rôle de dépistage auprès des usagers, et des chambres d’hôtel ont été mises à disposition pour les personnes les plus fragiles, auprès desquelles les travailleurs sociaux se rendent quotidiennement pour leur apporter du matériel de première nécessité ainsi que pour conserver le lien et leur permettre de rester confinés autant que possible.

Selim et ses collègues ont peur pour eux-mêmes bien sûr, mais plus encore pour « leurs » usagers : « On est tou.te.s inquiet.e.s ! On a peur pour les personnes qu’on accompagne car certaines ont d’importants ennuis de santé. Elles comprennent en général les mesures prises, et cela témoigne pour eux de la gravité de la situation. Leur situation personnelle est déjà extrêmement complexe habituellement mais la réalité du moment les met à genoux. A titre d’exemple, beaucoup survivent grâce à la mendicité, là, avec le confinement ça les fragilise encore plus jusque dans leurs besoins primaires comme manger et boire ».

Pas sûr, au vu de toutes ces situations, qui sont des illustrations de réalité, que la réserve d’action proposé par les étudiants suffise. Karine en est d’ailleurs consciente. Etudiante en première année de formation en psychomotricité, elle se dit à la fois « motivée, prête, et en attente d’être mobilisée », tout en expliquant qu’étant en première année elle n’est pas sûre d’être efficiente à l’hôpital et espère qu’on lui proposera un renfort adapté à ses connaissances actuelles.

J’ai choisi d’interviewer une future professionnelle du paramédical car j’ai lu cette semaine une tribune écrite par une étudiante en travail social, qui résume parfaitement la situation. Le paramédical quant à lui semble à cheval entre médical pur et social, et s’adresse régulièrement aux usager.e.s du social. Karine m’explique que les étudiant.e.ss psychomotricien.ne.s, comme les ergothérapeutes, les kinésithérapeutes, les aides-soignant.e.s et les infirmier.e.s sont considéré.e.s comme des personnels soignants par les Agences Régionales de Santé. Il.elle.s peuvent donc être réquisitionné.e.s en cas de Plan blanc (comme c’est le cas actuellement) pour travailler en hôpitaux. Lorsque je lui demande si elle se sent prête, elle répond « on nous a transmis des vidéos concernant le Covid19 que l’on doit obligatoirement regarder, pour nous préparer si on est appelé.e.s. Les 2e et 3e année étaient déjà en stage donc sont réaffectés en priorité.  J’ai la sensation que je ne saurais pas quoi faire dans un hôpital, je débute ma formation. Mais je le prends personnellement comme une expérience si je dois être réquisitionnée, et j’ai envie d’être utile ».

Voilà pour celles et ceux qui ont accepté de témoigner, mais aussi pour celles et ceux pour ont maintenu leurs témoignages. D’autres m’ont expliqué que la consigne du silence leur avait été clairement passée, menaces de sanctions à l’appui. Nous avons des choses à dire et à décrire, mais nous tenons à notre travail, ont-ils pu dire. D’autres ont témoigné, puis sont revenus sur leurs propres mots, pour les mêmes raisons.

C’est un moment intéressant donc, que nous vivons dans le social. Un moment durant lequel il semblerait que les notes de service invitant au silence et les menaces de sanctions soient bien délivrées, tandis que les moyens de façon générale ainsi que ceux pour se protéger (et protéger les usagers), tout de suite beaucoup moins.

Ce qui reste de ces témoignages, au-delà du décalage fort entre annonces et réalité, c’est l’engagement profond des professionnel.le.s du travail social, à tous les niveaux opérationnels.

À quand un engagement aussi fort, un respect proportionnel de la part des politiques ?

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