Chronique d'une lesbophobie décomplexée

A propos de l'affaire Christophe Girard et de l'antiféminisme des défenseurs de la pédocriminalité. #JeSoutiensAliceCoffin. Je soutiens toutes les militantes qui ont pour but l’émancipation collective et la fin des crimes impunis. Je me bats à vos côtés, et je reste en colère.

Alice Coffin, journaliste, co-fondatrice de l'Association des Journalistes LGBT (AJL) et récemment élue au Conseil de Paris sur une liste Europe-Ecologie Les Verts, est notamment connue ces derniers jours pour avoir grandement participé au mouvement qui a poussé Christophe Girard à la démission de son poste d'adjoint à la culture de la mairie de Paris.

Lors du Conseil du 24 juillet 2020, alors que le préfet de police Didier Lallement apporte son soutien à l’ancien adjoint et est largement applaudi, Alice Coffin scande en pleine séance : « La honte ! La honte ! », avant que le son ne soit coupé. La scène a pas mal tourné sur les réseaux, l'on y pouvait voir en effet la totale impunité dont bénéficie les pédocriminels et leurs soutiens au vu de la standing ovation apparente au sein de ce Conseil, appelée par un préfet de police. (où là encore on voit à quel point ce ne sera pas la police qui nous aidera à mettre fin à la pédocriminalité). 

La colère était vive, là où nous avions cru reconnaître une petite victoire, nous sommes forcées de constater que rien n'est vraiment gagné au vu des réactions provoquées par la démission de Mr Girard. Même le groupe communiste de Paris s'est fendue de sa petite attaque contre les militantes féministes, traitant leur action de "vindicte", et infantilisant les militantes dont on dénonce le fait qu'elles auraient voulues se faire justice elles-même [1].

La colère était vive et l'indignation est grande. Car non seulement le mépris du pouvoir (à droite comme à gauche) montre bien que les pédocriminels, les violeurs, peuvent encore dormir sur les deux oreilles, mais en plus de cela, comme si un tel mépris ne suffisait pas, nous, militantes féministes, sommes attaquées en retour par l'homme de pouvoir comme par le tout-venant pour ne pas avoir voulu se laisser faire et pour rendre justice à toutes les victimes de pédocriminalité que le pouvoir insulte en permanence.

Et tous les moyens sont bons pour nous discréditer. C'est en cela qu'une ancienne vidéo où l'on voit Alice Coffin intervenir sur RT France est ressortie tout récemment des archives. L'extrait de 20 secondes, visionné plus d'un million de fois sur Twitter, est percutant. On l'entend dire : "Ne pas avoir un mari, ça m'expose plutôt à ne pas être violée, ne pas être tuée, ne pas être tabassée, et ça évite que mes enfants le soient aussi"[2].

Et là, tout le monde s'offusque : comment ose-t-elle ainsi haïr les hommes ? Depuis plusieurs jours, c’est une vague de lesbophobie complètement décomplexée que subit la journaliste et élue écologiste.

Mais plus largement, c’est une lesbophobie qui touche toutes les femmes, toutes les lesbiennes.

Il n’est plus question de parler de la mairie de Paris et de son soutien à des pédocriminels, il n’est seulement question que des méchantes féministes (vous savez ? Celles qui, selon Valeurs Actuelles, « cassent l’ambiance en soirée » ?). Les féministes piétinent la justice, les lesbiennes sont anti-hommes (androphobe même, ai-je pu lire…), etc.

Des poncifs habituels, mais qui reviennent violemment et de plus en plus régulièrement. L’heure est à l’impunité pour les violeurs, nous le savons, le dernier remaniement ministériel en date nous le prouve, et les statistiques nous le rappellent chaque jour.

Mais il est effarant de constater à quel point, nous, féministes lesbiennes, subissons de plein fouet une double violence quotidienne à chaque pas que nous faisons. Au-delà de nos actes, c’est notre lesbianisme qui est attaqué. Parce que nous sortons de l’hétérosexualité, nous sommes considérées comme des criminelles.

Voilà la lesbophobie décomplexée, elle sert à discréditer toute parole, toute action, elle est une arme puissante contre l’action féministe. Si puissante que si les hommes sont les premiers à faire preuve de lesbophobie, nombre de femmes hétérosexuelles n’hésitent également pas à en être.

J’aurais aimé qu’il me soit inutile de le rappeler mais, oui, les hommes sont violents. Et en particulier, les hommes mariés. Nous dénombrons chaque semaine, chaque jour, des violences conjugales causées par le mari qui vont malheureusement, souvent, jusqu’à la mort de la femme victime de ces violences.

Mais encore aujourd’hui, alors qu’aucune preuve tangible ne peut être avancée si ce n’est une haine béate et crasse, nous sommes continuellement la cible de ces pseudos-défenseurs de la « justice ».

Et nous le sommes deux fois, en tant que féministes, et en tant que lesbiennes.

Encore une fois, nous ne parlons du véritable sujet qui aurait dû être mis sur la table : la pédocriminalité.

Devons-nous rappeler encore que même au sein de la justice légale-rationnelle bourgeoise, le viol, la « pédophilie », est un crime ? Que ce n’est seulement par la force de la structure patriarcale comme institution et comme pratique de pouvoir que les viols en tout genre restent impunis, et que ceux qui les commettent ne sont jamais jugés ?

Alors, oui, le combat contre le patriarcat est un combat nécessaire et avec lui, la critique de l’hétérosexualité. La lesbophobie décomplexée dont peuvent faire preuve certaines n’est que l’exemple parfait de leur déchéance. Nous, lesbiennes, saurons rendre le dernier coup.

En tant que femme féministe, en tant que victime de viol pédocriminel, en tant que lesbienne, je soutiens Alice Coffin, et je soutiens toutes ces militantes qui ont pour but l’émancipation collective et la fin des crimes impunis. Je me bats à vos côtés, et je reste en colère.

 

[1] : https://twitter.com/EluesPCFParis/status/1286686985906802690

[2] : https://twitter.com/archazh/status/1045016022372286468

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