Attac-Finance Watch : la démocratie doit reprendre le contrôle de la finance

A quoi s’engagent les candidats aux européennes ? Alors que la campagne européenne commence, plusieurs ONG (Attac, Finance Watch, le Secours catholique, Ccfd - Terre solidaire, l’institut Verblen) ont souhaité réunir mardi 6 mai plusieurs candidats aux européennes pour les interroger sur les propositions et les combats qu’ils seraient prêts à mener, s’ils étaient élus au parlement européen.

A quoi s’engagent les candidats aux européennes ? Alors que la campagne européenne commence, plusieurs ONG (Attac, Finance Watch, le Secours catholique, Ccfd - Terre solidaire, l’institut Verblen) ont souhaité réunir mardi 6 mai plusieurs candidats aux européennes pour les interroger sur les propositions et les combats qu’ils seraient prêts à mener, s’ils étaient élus au parlement européen.

La question de la finance sera au cœur des débats. Six ans après le début de la crise financière, le sujet reste toujours aussi brûlant. En dépit des déclarations des différents gouvernements promettant de reprendre le pouvoir sur la finance, peu de choses ont avancé. La finance a repris la main  et a réussi à éviter toute mesure contraignante. En prologue au débat, Aline Fares, membre de Finance Watch, revient sur la question essentielle de la démocratie face à la finance.

 

Six ans ont passé depuis le début de la crise financière. Six années de perdu, a-t-on envie de dire, tant les avancées ont été minces. L’histoire aurait-elle pu s’écrire autrement ? 

Au début de la crise, les banques et les financiers étaient clairement en position de faiblesse. Ils étaient au bord de la faillite. Les Etats étaient obligés de payer pour les sauver. La faute a été que les sauvetages ont été inconditionnels. Mais à ce moment-là, les financiers ont bien cru que c’était la fin, qu’ils allaient définitivement perdre leur pouvoir. Les politiques avaient perdu le contrôle de la finance depuis des années. Il y avait à ce moment-là une volonté politique de se réapproprier ces sujets, de remettre de l’ordre. Les gouvernements ont fait des annonces pour imposer de nouvelles régulations à la finance. Mais les propositions ont mis du temps à s’élaborer. Les solutions n’étaient pas évidentes à mettre au point.  On a laissé un espace vide aux banques qu’elles ont su mettre à profit pour  reprendre la main. Elles ont commencé à avancer leurs contre-propositions et à vider les textes de leur substance.

Entre-temps les conséquences de la crise financière ont atteint l’économie réelle. La crise est devenue celle de l’euro, des finances publiques, du chômage. On a changé de discours et de préoccupation, pour se concentrer sur la croissance et l’emploi. La question de la finance est passée au second plan. 

 

Cette occultation de la question de la finance derrière les autres sujets était-elle évitable ?

Peut-être. Mais à un moment, il est très difficile d’attirer l’attention de l’opinion publique, des politiques sur des problèmes de réglementation. Ce sont des sujets très techniques et complexes. C’est une complexité voulue afin de dissuader les opinions d’y aller voir de plus près.

Le lobbying bancaire a, de plus, été d’une vivacité incroyable. Quand la question de la séparation des activités bancaires a été abordée, le discours des banques a été d’agiter la crainte de la fin du financement de l’économie. C’est une vaste blague. Un tiers du bilan des grosses banques européennes seulement est investi dans le financement de l’économie et des entreprises. Mais il y a les deux tiers restants qui servent à tout autre chose, aux activités de marché, de spéculation. Pourquoi la séparation des activités bancaires ou même un renforcement de la régulation toucherait-il seulement le financement de l’économie ? Et pourquoi pas les deux tiers restants ?

A force de répéter l’argument, c’est devenu une vérité. Et la majorité des gouvernements a acheté ce discours.

 

L’Europe a, malgré tout, produit une série de réglementations sur l’union bancaire, sur les paradis fiscaux, sur les transactions financières. En quoi ne sont-elles pas satisfaisantes ?

Il est vrai que les commissaires et le parlement européen ont fait un travail législatif. Ils ont dépensé beaucoup d’énergie à comprendre, à se réapproprier les questions de finance, de réglementation. Les rapports qu'ils ont faits, comme le rapport Liikanen sur les banques, ont représenté des avancées considérables pour la compréhension. Ces analyses ont été essentielles.

Puis ils se sont perdus dans la complexité. Les réglementations sont trop complexes, se focalisent parfois sur des détails. L’union bancaire, par exemple, présentée comme une avancée majeure, n’est pas en état de fonctionner. Les mécanismes et les moyens sont insuffisants si, un jour, une grande banque systémique est en faillite ou en grande difficulté. Plus généralement, ce texte ne résout pas le problème des grandes banques systémiques, qui forme le cœur su système bancaire européen. On en revient au problème de la séparation des activités bancaires. Ces organisations trop grandes, très opaques sont impossibles à contrôler et à superviser. Il est impossible de comprendre ce qui s’y passe.

 

Comment la démocratie peut-elle reprendre le contrôle du système financier ?

C’est un enjeu vital. La crise financière nous a coûté très cher. On ne peut attendre une nouvelle crise et ses effets délétères pour reposer la question du contrôle démocratique. L’information, la bonne compréhension de ces sujets sont primordiaux. Une pédagogie s’impose. Il faut arriver à montrer l’importance de la banque et de la finance, de la nécessité de maîtriser cet outil pour la démocratie, pour l’intérêt général.

Un travail de fond doit être mené sur ces sujets afin de définir les cadres, les besoins. Le parlement européen doit avoir un rôle majeur sur ces questions. Il faut créer l’espace pour ces débats.

 

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Intervenant dans cette soirée de débat, j’ai choisi de publier cet entretien sur mon blog afin d’éviter toute confusion des genres.

La réunion se tient de mardi 6 mai de 18 à 21 heures, à l’espace ESCP Europe, 79, avenue de la République. Paris 75011. Métro :  rue Saint-Maur.

 

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