La Nuit où le jour s'est levé au Théâtre de la Ville (Abbesses) mes Olivier Letellier

Le jeune public est exigeant et sans fards, olivier Letellier le prend au sérieux une nouvelle fois

C'est toujours bien d'aller voir du théâtre jeune public avec un jeune public. Cela peut sembler une évidence mais un public d'adultes n'a pas les mêmes réactions, la même spontanéité, la même franchise.

 

Olivier Letellier fait partie de ces metteurs en scène qui font de ce public, des spectateurs à prendre au sérieux et à témoins. Témoins de leur temps, témoins des débats qui peuvent agiter le monde autour d'eux. Témoins aussi de la vie qui mène sa vie.

 

La Nuit où le jour s'est levé, c'est d'abord, bien sûr, une histoire. 

Une histoire due à trois auteurs et à un travail de plateau,  Sylvain Levey, Magali Mougel et Catherine Verlaguet.

 L’histoire de Suzanne qui ayant touché un peu d'argent à la mort de sa grand-mère décide d'en profiter pour faire un voyage au Brésil tandis que son frère Gino, préfère lui s'acheter une belle voiture. 

 

 

nuit%2Broue.jpg

 

Nous sommes dans les années 1980, on parle encore en francs, les portables n'existent pas, les voyages sont plus onéreux et compliqués qu'aujourd'hui et le Brésil est une dictature. Gino est inquiet mais Suzanne n'en a que faire et la voilà partie. On pourrait croire donc à une aventure de globe trotteuse, à des rencontres dangereuses, à des découvertes spectaculaires. Mais pas du tout. Même si elle se trouve lâchée par un car dans un endroit désertique, elle trouve bientôt asile dans un monastère.

 

nuit%2Baccouchement.jpgEt c'est là que la véritable aventure à laquelle on ne s'attendait pas, commence. Car pendant le nuit, une femme vient accoucher là, en secret.

 

Bien malgré elle, Suzanne participe à la naissance de l'enfant, un petit garçon nommé Tiago et elle éprouve immédiatement un sentiment très fort pour cet enfant.

 

 Et quand elle apprend que la mère est repartie , abandonnant son bébé aux bons soins des sœurs, elle est décidée à faire de  Tiago son enfant  et à le ramener avec elle en France. La voilà l'aventure de Suzanne....

 

Car bien des épreuves l'attendent, bureaucratiques surtout, donc des discussions sans fin avec la police, des gens bizarres,  des heures et des jours d’attente, de discussions, de complications, de mensonges, la fatigue physique et morale, la peur, le désespoir, l'espoir....

 

 

 

 

 

nuit%2Broue2.jpg

Ce sont trois jeunes comédiens qui racontent cette histoire, ensemble ou tour à tour, bondissants, courants, tombants. Les lumières éclairent habilement le plateau et un décor réduit au minimum, un monticule à transformation.

 

Si le texte a ses propres ressorts dramatiques, l'attention des spectateurs est tenue en permanence par d'autres péripéties, jeux de lumière, de musique et la roue de Cyr d'un des comédiens qui s'en joue, danse avec elle, virevolte, tourne et tourne. 

 

 

nuit%2Broue%2B3.jpg

Mais il y a aussi de l'humour, des pauses qui coupent un peu l'intensité dramatique pour mieux s'y replonger et là c'est surtout Gino, le frère laissé en France qui joue le rôle du comique, inquiet, sidéré, ahuri par ce que lui raconte Suzanne mais prêt à l'aider comme il le pourra.

 

Et cela marche!Car même si on e peut s'empêcher de chuchoter, de s'agiter, on suit. La tension est palpable et le spectacle se termine sur une vraie salve d’applaudissements .

 

 Certains enseignants auront même du mal à rassembler leurs troupes qui auraient bien voulu participer à la discussion qui s'engage ensuite.

 

Photos: Christophe Raynaud de Lage

 

Toutes les infos ici et ici 

 

Spectacle vu au Théâtre de la Ville (Abbesses) dans le cadre de la résidence d'Olivier Letellier au Théâtre de Chaillot (spectacle donc Hors les murs). Jusqu'au 10 novembre. Puis les 20 et 21 novembre à Argenteuil (Le Figuier), du 30 novembre au 2 décembre à Lille (Le Grand Bleu), les 8 et 9 décembre à Inzinzac Lochrist (le Trio) , le 13 décembre à Quimper (Très Tôt Théâtre), le 15 décembre au Théâtre du pays de Morlaix. Tournée qui se poursuit jusqu'en avril 2017.

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.