Les Nègres de Jean Genet, mise en scène de Robert Wilson, à L'Odéon

La perfection. Perfection des décors, construits par les Ateliers de L'Odéon, légers, aériens, délimitant l'espace. Perfection des lumières, des jeux de couleurs, construisant d'autres espaces dans l'espace. Perfection des costumes, entre drôlerie (le clown blanc du Missionnaire), cabaret, folklore. Perfection des coiffures et des maquillages. 

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La perfection. Perfection des décors, construits par les Ateliers de L'Odéon, légers, aériens, délimitant l'espace. Perfection des lumières, des jeux de couleurs, construisant d'autres espaces dans l'espace. Perfection des costumes, entre drôlerie (le clown blanc du Missionnaire), cabaret, folklore. Perfection des coiffures et des maquillages. 

Perfection bien sûr de la mise en scène et de la direction d' acteurs. Rien n'est laissé au hasard, pas un mouvement, pas un déplacement, pas même un geste de la tête ou des mains, un sourire, un clin d'oeil, 

Et perfection encore pour le jazz  au saxo d'Ornette Coleman, enregistré (Dickie Landry, l'un des membres du Philip Glass Ensemble que l'on a pu entendre lors de la création de   l'opéra Einstein on the Beach ou pour 1433 Le Grand Voyage, ) ou joué sur scène (Logan Corea Richardon).

 

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Aurais je oublié quelque chose? Bien sûr, le texte! C'est la seule réserve, le texte. On ne l'entend pas toujours ou du moins pas aussi bien qu'on aurait pu le souhaiter, soit parce qu'il est couvert par la musique, soit parce que _ et qu'y faire?_ certains accents plus prononcés le rendent plus difficile à entendre. Car même s'il s'agit d'une commande que Genet a failli refuser, c'est tout son génie de la langue qui fuse, crie, vocifère, sa rage et sa colère.

 

Et  quelle pépinière de comédiens! Que l'on demande à voir et à revoir, tant ils sont magnifiques, drôles, intelligents, bourrés de talents. Et Robert Wilson a su dénoter chez chacun sa propre inventivité tout en l'encadrant...à la perfection. Parce que l'image de groupe est trompeuse, chacun chante ou danse ou parle à sa manière.

 

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Y a t-il encore  la place au milieu de tant de perfection pour  l'émotion? Diffuse d'abord puis  de plus en plus prégnante , l'inquiétude. L'inquiétude née de tant d'étrangeté. 

 

L'inquiétude de cette situation, l'homme noir qui a tué la Blanche. L'inquiétude de Village qui se vante de son crime au milieu des siens .L'inquiétude des cérémonies expiatoires et de l'exaltation religieuse et rebelle.

 

 L'inquiétude de l'homme noir devant cette cour de Blancs si noirs et masqués de mort. L'inquiétude des bruits, des sons, des danses, des chants. L'inquiétude du piège inimaginable et qui pourtant se referme. 

 

 Une lumière bleutée tombe sur le visage de Village, l'assassin tandis que que Vertu, la prostituée, transfigurée en déesse païenne, mystérieuse , insaisissable, s'éloigne. Et ne restent plus que la Reine et Diouf le vicaire dans son costume de femme blanche et un loup blanc, surgi de nulle part qui hurle à la mort, sans un bruit.

 

photos: Lucie Jansch

 

 

Les Nègres | Robert Wilson - Jean Genet | 3 octobre-21 novembre | Odéon-Théâtre de l'Europe © Odéon-Théâtre de l'Europe

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