Ça ira (1) Fin de Louis de et mes de Joël Pommerat aux Amandiers (Nanterre)

On constate souvent que notre bonne vieille démocratie est justement cela, vieille, ringarde, croulante, à bout de souffle, au point d'être menacée dans une certaine indifférence.Le spectacle de Joël Pommerat a pour première  vertu de nous ramener aux sources, aux craintes et tremblements, au bruit et à la fureur des débuts. Mesdames et Messieurs, voici donc la Révolution Française . 

 

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Mais c'est une révolution française au théâtre, sans oripeaux et sans carton pâte, sans décor, juste un minimum de mobilier évocateur, des députés, des ministres, un archevêque  ou même un roi en costumes cravate, quelques fumigènes, des bruits de voix , de fusil ou de canonnade, des lumières qui éclairent la scène, la salle ou les deux.

Une vision de la révolution, une évocation. Une pièce de théâtre. Un texte. Contemporain.

 Le dispositif est traditionnel, frontal. Les comédiens comme toujours chez Pommerat gardent une distance même s'ils sont leurs personnages. D'ailleurs, la plupart incarnent des personnages différents, passant d'un camp à l'autre. On passe aussi d'un lieu à un autre, de l'Assemblée aux appartements royaux, chez les pauvres comme chez les riches.

Mais on y est, au centre des débats, nous les spectateurs, le public. On ne nous prend jamais à parti, on ne nous demande pas d'intervenir, mais nous sommes au milieu d'eux, des grands discuteurs, "disputeurs" et tribuns. Figurants et comédiens (près d'une trentaine) conspuent, interpellent, depuis les rangs de la salle  ceux qui sont sur scène, présidents de séance et élus du peuple. Dans toute cette fièvre et ce tumulte, on rit souvent. Le rire a sa place dans les tragédies des hommes qu'elles soient d'hier ou d'aujourd'hui.

 

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Au commencement était le Verbe. C'est donc  aussi une révolution de la Parole.

 Tout se joue au cours de discussions, intimes chez le roi, policée avec les représentants de l'Église et de la Noblesse, plus abrupte au Tiers-État puis à l'Assemblée nationale, ou lors des comités de quartier.

 La parole est à La Révolution. Alors La Révolution parle. La Révolution inquiète, désarçonne, la Révolution s'échauffe, s'engueule.

 

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Sans jamais les nommer, Joël Pommerat fait surgir ceux qui étaient alors inconnus comme Robespierre ou plus célèbres, Necker, La Fayette. Seul le roi Louis XVI est clairement nommé. Les citations restent discrètes, les érudits en reconnaîtront certaines, ceux qui ont moins de mémoire reconnaîtront ce qui est évoqué, les autres découvriront.

 Même chose pour les événements historiques, on ne nomme ni la prise de la Bastille, ni l'abolition des privilèges. Ce n'est pas une reconstitution, on l'aura compris. C'est l'Histoire en marche. Au présent. Au passé sans doute composé. Une histoire...dans toute sa confusion et ses péripéties.

 

Photos Elisabeth Careccio

 

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