Théâtre: petites formes en grande forme

On pourrait voir cela comme un concept, aller au théâtre voir un spectacle court (pas "petit") en fin de journée, après le bureau, et rentrer chez soi ou aller dîner entre amis ensuite (ce qui donne un sujet de conversation...).

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On pourrait voir cela comme un concept, aller au théâtre voir un spectacle court (pas "petit") en fin de journée, après le bureau, et rentrer chez soi ou aller dîner entre amis ensuite (ce qui donne un sujet de conversation...). Cela existe depuis longtemps mais en ces temps de vacances scolaires et donc de désert dans les grands théâtres publics, on en profite.


Première possibilité: dans le cadre de Des-Illusions au Théâtre de la Cité Internationale, L'Autre de Claudio Stellato, à 19h30. Un spectacle qui fait rire certains et inquiète un peu les autres. Plongée dans une semi-obscurité, la scène devient le cadre d'un univers étrange, vaguement oppressant, où un personnage probablement humain est face à des boîtes qui se prennent pour une commode, une table de nuit, un cercueil, une armoire, on ne sait trop, chacun y verra ce qu'il imaginera.

 

 

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Ce Robinson Crusoé, ce Grégoire Samsa, est à la fois un enfant curieux qui utilise ces jouets étranges pour affronter l'apesanteur, un adulte explorateur qui découvre et cherche sinon à comprendre du moins à percevoir ce qu'il peut faire de cet environnement mi-hostile, mi-cocasse, un transformiste, un acrobate, un comédien, un illusionniste.

 

Les perceptions se déforment, tanguent, ça bouge, ça bascule, avec la précision d'une horloge folle. Des bruits font sursauter, d'autres crissent, une mélodie s'échappe....Bref, à ne pas rater!

 

Photographies Martin Firket.

 

 

Pour en (sa)voir plus, voir la vidéo sur le site (ici).

Jusqu'au 16 avril.Toutes les infos ici

 

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On peut aussi rester pour découvrir un autre spectacle , Influences, court aussi mais plus tardif (20h30). Le propos est tout autre. Thierry Collet, prestidigitateur de profession, mais aussi excellent comédien va mettre les spectateurs sous influence, la sienne. On le sait dès le départ, mais il est impossible de lui résister. nous sommes entre adultes consentants. Il s'adresse à chacun en le tutoyant de façon professorale ou quasiment militaire, le ton n’admettant aucune réplique, aucune échappatoire .

 

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Il propose des choix mais y a-t-il vraiment choix? L'amusement est toujours présent au sein du public, lui sourie peu, sans jamais ridiculiser les impétrants malgré eux. De toutes façons, on se laisse prendre, sans hésiter. Et les expériences se succèdent à bon rythme, pas trop le temps de réfléchir, ce sera pour après. Il se livre aussi à quelque conférence magistrale, livre quelques données, manipule sans aucun doute mais bien sûr on n'y voit que du bleu (en l’occurrence du jaune).

A ne pas rater, non plus (et on n'emmène pas les moins de 15 ans).

Photos: La phalène.

 

On en saura plus en lisant le dossier "artistique", ici et en visitant son site, ici.

Jusqu'au 16 avril. Toutes les infos ici

 

 

 

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Changement de cadre, changement de décor, La Maison d'après La Vie matérielle (Gallimard, "Folio") de Marguerite Duras, au Lucernaire, à 18h30.

La Vie matérielle est un petit recueil de ce que Marguerite Duras a pu dire à Jérôme Beaujour qui leur a fait passer le temps, il y a quelques années, du début de l'automne à la fin de l'hiver).

 

Certains amateurs de théâtre ne sont pas trop friands de ces lectures théâtralisées, ils préfèrent lire par eux-mêmes, d'autres comme moi sont ravis de découvrir ce que le théâtre et ses acteurs peut faire avec un texte qui n'était pas prévu pour cela.

Et ce que fait Tania Torrens est un régal. Meilleur que l'étrange soupe qu'elle prépare pour la mise en scène.Elle ne cherche pas à ressembler à son auteur, non, juste le texte.

On est d'emblée fort loin de l'alcool par exemple (autre chapitre du livre) mais on est très proche des femmes, les femmes et les hommes, les femmes et les enfants, les femmes et les amis, les gens, les femmes et l'ordre ou le désordre, le travail des femmes dans la maison, "cette continuité silencieuse". On sourit quand elle parle des hommes ou quand elle fait fait ses listes des 25 produits indispensables, ceux qu'il faut avoir toujours et d'avance, mais on sent aussi pointer la nostalgie, la tristesse, la solitude. Elle parle aussi de sa mère, de Saïgon, des livres, de l'écriture. Tout cela en un rien de temps, avec ce style somptueux (elle a tout réécrit, Duras, de ces entretiens, bien sûr, et elle le dit en préface), ses fulgurances, ses phrases qu'on a envie de retenir tant elles sont à la fois simples et ouvrent de perspectives. Bon, c'est Duras, quoi! Dans sa maison...

Jusqu'au 21 mai. Toutes les infos ici

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