La Volupté de l'Honneur de Pirandello mes de Marie-José Malis à La Commune d'Aubervilliers

Marie-José Malis, la directrice du Théâtre de La Commune (re)met en scène La Volupté de l'Honneur de Luigi Pirandello, pièce assez peu connue, assez peu jouée, qu'elle avait créée en 2012, à La Comédie de Genève.

 

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 La situation de départ tient du théâtre bourgeois, du théâtre de divertissement: une jeune femme, Agata, est enceinte de son amant, marié, le comte Fabio. Pour sauver sa réputation, le comte et sa mère, la signora Maddalena, ne voient qu'une solution, la marier à un autre. Encore faut-il trouver le pigeon adéquat. L'ami du comte, Maurizzio, joue les entremetteurs et propose un ami d'enfance, Angelo Baldavino, joueur déclassé, ruiné, ayant tout perdu même ou  "fors l'honneur"?

 D'emblée, Baldovino joue cartes sur table. Il accepte le marché mais se comportera en tyran. Si l'on veut sauver les apparences, encore faut-il en  envisager  les conséquences. Ce que le comte accepte sans trop y réfléchir.

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Et Baldovino tient parole. Maître de la maisonnée, il fait aussi fructifier avec succès une entreprise commerciale. Il veille à tout, enferme tout le monde dans une honnêteté rigoureuse et glaçante à commencer par lui-même. L'honneur est sauf mais à quel prix?  Ce qu'il a promis, il le tient. La femme a besoin d'un époux honnête, l'enfant d'un père irréprochable? Il les incarne. Est-il sincère? Un Tartuffe à l'envers?

 C'est tout l'enjeu, le paradoxe: il joue, il porte le masque de la probité, il agit et parle en homme d'honneur et il y prend ce plaisir voluptueux.

Mais peut-on souffrir de ne pas être vraiment celui que l'on prétend être? Peut-on tomber les masques ou s'y enferrer comme dans une prison?

 

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La mise en scène joue sur une lenteur peu habituelle mais qui grâce à l'excellence et l'énergie des comédiens devient vite totalement naturelle et surtout porte une vraie tension.

On est happés, fascinés, on n'en perd pas une nuance, un sourire, une grimace, un cri, un murmure. Le jeu est souvent frontal, prenant le public à témoin (la salle reste allumée pendant presque tout le temps de la représentation) quitte à ce que les personnages dialoguent en se tournant le dos.

Puis, ils reprennent un jeu plus classique en s'adressant vraiment les uns aux autres. Cette alternance troublante, cette exigence demandée aux acteurs est formidable.

 La scénographie est revêtue de probité candide, tout en blanc. En contrepoint, la laideur des éléments de décor (chaises moches, table moche, un  rideau de scène rouge à l'ancienne qui semble rescapé d'une salle des fêtes abandonnée. ..)   et surtout des costumes (une envolée de tissus à carreaux déclinés en thème et variations dans la deuxième partie) donne un aspect grotesque, voire clownesque, qui provoque le rire, vite étouffé.

 Car la comédie bourgeoise s'est transformée sinon en tragédie , du moins en drame humain.

 

Photos: Victor Tonelli (en haut) et Willy Vainqueur

 

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