Le Problème de François Bégaudeau, mise en scène d'Arnaud Meunier au Rond-Point

Comment faire du théâtre avec rien? Une petite histoire de couple qui se sépare, traitée façon classique, unité de lieu (la pièce à vivre d'un apart bobo), de temps (une soirée), d'action (elle, la femme et la mère se casse).

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Comment faire du théâtre avec rien? Une petite histoire de couple qui se sépare, traitée façon classique, unité de lieu (la pièce à vivre d'un apart bobo), de temps (une soirée), d'action (elle, la femme et la mère se casse).

Ils sont mariés depuis 23 ans, elle a laissé une lettre pour annoncer son départ et elle revient pour en parler. Face à elle, le mari, désemparé, un peu loser même dans son métier d'écrivain et donc habitué aux tuiles, le fils, brillant étudiant, qui se rebiffe, la fille année du bac qui a autre chose à penser mais soutient loyalement sa mère.

 

 

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De cette banalité, ce qui ressort , c'est l'absence de scène de ménage, de drame, on voit bien qu'en fait, tous ont accepté même si quelques répliques douces amères (le cliché de l'infirmière qui va vivre avec son patron) fusent encore. Pas d'assiettes brisées, pas de verres qui volent, pas de portes qui claquent, on est cool. Les voisins n'entendront rien.

 

On sourit parfois, on s'ennuie aussi un peu, mais pas trop. Les quadras sont modernes et savent que les séparations font partie du couple quand au-delà de l'usure de l'amour au quotidien, vient le catalyseur, l'autre, celui qui réveille la passion enfouie depuis des années sous la routine.

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Le père voit s'effriter ce qu'il considérait comme acquis et ça fait mal, mais qu'y faire.Le fils n'aime pas les bouleversements de son quotidien bien réglé même si normalement il devrait bientôt rouler de ses propres ailes (sic), la fille sans doute entourée d'enfants de divorcés, ne voit pas trop ce que ça peut changer et soutient le désir d'indépendance de sa mère, presque machinalement, elle est fille et plaide pour elle-même, tout en préparant une salade (comme si ce rôle nourissier lui revenait de droit ou de tradition). Et ça parle comme vous et moi avec ces gros mots du langage parlé qui n'en sont plus.

 

 

Il fallait une mise en scène fine et légère pour que cela sonne juste, c'est le rôle du metteur en scène, Arnaud Meunier. Sa passion pour le Japon et la travail qu'il a effectué avec le metteur en scène et dramaturge japonais Orisha Hirata, se ressent en particulier dans la scènographie (voir les photos), les lignes courbes et harmonieuses qui figurent les murs du décor, la composition géométrique et sobre des plans, du plus loin, le mur derrière le bar, au plus près, la table basse devant le canapé. Et un blanc beige qui absorbe les lumières de la fin de la journée au soir qui tombe, dorées puis froides. C'est cette harmonie qui est brisée par la parole. Les comédiens restent dans la lenteur, même en pédalant sur le vélo d'appartement, un peu à l'écart, un peu incongru, la fêlure qui brise l'ordre établi.

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Intéressant pour les uns, décevant peut-être pour d'autres, c'est un peu une parenthèse dans une actualité théâtrale souvent violente ou glauque.

 

 

Du quatuor de comédiens, on retiendra Jacques Bonnafé impeccable dans sa loudeur désabusée et surtout la jeune Anaîs Demoustier, une comédienne de plus à ajouter à la liste des jeunes femmes que l'on découvre un peu partout (plus que les garçons). Alexandre Lecroc convainc moins et Emmanuelle Devos aussi (tant pis pour ceux qui ne venaient que pour elle).

 

 

Toutes les infos en cliquant sur le titre. A noter, le passage "du public au privé" puisque la pièce sera reprise, presque en face, au théâtre Marigny;

 

Photos: Giovani Cittadini Cesi

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